[Paru sur le Gabon] Oligui Nguema face à la grogne : le tableau sans concession de Jeune Afrique
Dans une longue enquête publiée le 28 mai, le journal panafricain Jeune Afrique brosse du président Brice Clotaire Oligui Nguema un portrait à double entrée : celui d’un chef d’État qui consolide méthodiquement son assise diplomatique, mais qui se retrouve, sur le front intérieur, rattrapé par une grogne multiforme qu’il n’avait sans doute pas anticipée. Le tableau est précis, documenté, et par endroits franchement saisissant.

Grèves, réseaux suspendus, opposant incarcéré : Jeune Afrique documente la face sombre du bilan. © GabonReview
Ce qui frappe d’emblée dans la radiographie que livre Jeune Afrique, c’est la brutalité du diagnostic formulé, non par l’opposition, mais par l’entourage même du président. «Oligui commence à réaliser qu’il est impopulaire», confie à la rédaction du média panafricain l’un de ses conseillers, ajoutant que le camouflet «est d’autant plus brutal qu’il vient de tous les côtés». Donc de la même population qui l’avait acclamé général-libérateur, élu à 94,85 % des voix, porté au pinacle avec une ferveur quasi messianique.
Une contestation en cascade
La chronologie de la contestation que reconstitue Jeune Afrique est éloquente. Dès novembre 2025, le personnel d’un centre hospitalier de Port-Gentil déclenche une grève illimitée pour réclamer, selon le journal, «un an d’arriérés de primes et la modernisation des services». En décembre, le secteur pétrolier dépose un préavis. L’éducation nationale entre dans la danse avec des syndicats exigeant la régularisation de carrières «gelées depuis des années par les gouvernements précédents». La réouverture des écoles en janvier est compromise. Deux figures syndicales, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, sont emprisonnées pour «obstruction à l’accès au service public» avant d’être remises en liberté provisoire. La contagion gagne Gabon Première, Radio Gabon, les magistrats, les greffiers, l’enseignement supérieur, puis l’ensemble de la Fonction publique.
Réseaux suspendus, opposant incarcéré
À cette agitation sociale s’ajoutent des décisions qui cristallisent les critiques. La suspension de WhatsApp, YouTube, Instagram et TikTok, en vigueur depuis mi-février, «continue de susciter l’incompréhension», note le journal. Et l’incarcération, depuis le 15 avril, d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, principal adversaire d’Oligui à la présidentielle de 2025, poursuivi pour «escroquerie» et «abus de confiance», a transformé l’opposition en braise vive. Des voix, dont celle de la cyberactiviste Princesse de Souba, dénoncent un «otage d’État». La présidence rétorque, lapidaire : «Le chef de l’État n’a rien à voir là-dedans, c’est une affaire de justice.»
Face à ce front multiple, les proches du président avancent un argument classique mais réel. «Les Gabonais s’impatientent, évidemment, mais il nous faut rappeler qu’on ne construit pas une centrale hydroélectrique en deux jours. Nous faisons des investissements lourds sur la durée», indique à Jeanne Le Bihan, journaliste de Jeune Afrique auteur de l’article, un interlocuteur du Palais du bord de mer. Sur les 163 000 emplois annoncés pour 2025, 10 000 auraient déjà été créés.
Jeune Afrique livre en creux un portrait psychologique intéressant : un président qui «ne supporterait pas d’être impopulaire», qui écoute, consulte, reçoit tout le monde, mais dont le management reste taillé pour l’efficacité plus que pour la séduction. «Le seul baromètre, ce sont les résultats. C’est du management militaire : si vous ne faites plus le job, vous partez», résume l’un de ses proches. Une boussole claire, pourvu que le job en question soit à la hauteur des attentes d’un pays qui, lui, n’attend plus.
Source : Jeune Afrique, «Gabon : Brice Clotaire Oligui Nguema face à la grogne», 28 mai 2026.












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