PDG : sortir du clair-obscur
Sans autonomie financière, sans clarification juridique et sans véritable débat démocratique, aucune renaissance ne sera possible.

Au directoire du PDG de prendre la mesure du défi : sans autonomie financière, sans clarification juridique et sans véritable débat démocratique, aucune renaissance ne sera possible. © Photomontage GabonReview
Les dates sont désormais connues. Et la tension monte, crescendo. À moins d’un mois du prochain congrès du Parti démocratique gabonais (PDG), prévu du 27 au 29 novembre prochain, les contradictions s’aiguisent. De nombreux militants prennent ouvertement la parole, réclament davantage de transparence et appellent le directoire à plus de responsabilité. Beaucoup veulent connaître la teneur exacte de l’invitation adressée par Ali Bongo à Blaise Louembé. D’autres attendent des explications sur les causes profondes et les ressorts de la non-tenue de cette rencontre. D’autres encore s’interrogent sur le rôle éventuel de personnalités extérieures à leur parti, notamment Brice-Clotaire Oligui Nguéma et Denis Sassou Nguesso. Le président de la République aurait-il inspiré la fin de non-recevoir opposée par le directoire du PDG à son prédécesseur ? Son homologue congolais aurait-il, en coulisses, pesé sur le cours des événements ? Dans quel sens ?
Les exigences de l’autonomie
La capacité du PDG à assumer lui-même son fonctionnement et à rompre avec la culture de l’assistanat se trouvent ici mises à l’épreuve. Né au pouvoir, l’ex-parti unique s’y est maintenu grâce à des liaisons coupables avec l’appareil d’État. Même après le rétablissement du multipartisme, il a continué à vivre sur la bête, à se nourrir de prébendes et subsides versés par les dépositaires de l’autorité publique, à commencer par les présidents de la République successifs. S’il a parfois reçu des dons de la part de certains de ses cadres, c’était en contrepartie d’avantages ou privilèges octroyés du fait de leur militantisme. Jamais le financement de ce parti n’a été assuré par les cotisations de ses militants. Jamais sa base n’a pesé sur les grandes orientations stratégiques. Jamais son directoire n’a disposé d’une liberté pleine et entière. Toujours, il a fallu attendre un ordre, une injonction venue des sphères décisionnelles de l’État. C’est dire si le PDG découvre les exigences de l’autonomie.
Cette fois, le directoire devra décider par lui-même. À défaut, son positionnement deviendra encore plus illisible. Comment appliquer des instructions venues d’ailleurs sans nourrir le soupçon et la contestation interne ? Comment minimiser les sorties d’Ali Bongo sans prêter le flanc aux accusations ? Même s’il se pose en chantre de «l’inclusivité», Brice-Clotaire Oligui Nguema reste le tombeur du PDG et le président-fondateur d’une formation concurrente, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Denis Sassou Nguesso, demeure, quant à lui, un chef d’État étranger. Au regard de la législation sur les partis politiques, son immixtion dans le jeu politique national peut soulever des questions, voire exposer le PDG à des sanctions, pouvant aller jusqu’à la dissolution. Blaise Louembé et Angélique Ngoma peuvent-ils prendre un tel risque ? Leur stratégie doit nécessairement intégrer ce paramètre.
Trois lignes s’affrontent
Au PDG, c’est la bouteille à l’encre. Sur le plan juridique, les statuts et le règlement intérieur, taillés aux mensurations d’Ali Bongo, s’adaptent difficilement aux circonstances présentes, au point où personne ne peut dire où se situe la légalité. Sur le plan financier, c’est la sécheresse. Désormais privé des ressources publiques, ce parti accumule les impayés de salaires envers son pléthorique personnel. Chaque régularisation ravive les interrogations sur l’origine des fonds. Le prochain congrès n’échappe pas à cette suspicion : son financement, les identités des potentiels bailleurs et les contreparties éventuelles alimentent déjà les conversations. Sur le plan politique, trois lignes s’affrontent. Les uns préconisent un soutien renforcé et formalisé à Brice-Clotaire Oligui Nguéma. Les autres envisagent de passer à l’opposition, avec l’espoir d’un rapide retour aux affaires. Les derniers privilégient une réconciliation avec les proches d’Ali Bongo avant toute nouvelle orientation. Au-delà de ces divergences, un point fait consensus : le refus de toute fusion-absorption au sein de l’UDB.
Toute la trajectoire du PDG a été déterminée par sa singulière relation au pouvoir et à l’appareil d’État. Depuis le 30 août 2023, les repères ont bougé. Avec la naissance de l’UDB, l’ex-parti unique doit apprendre à fonctionner autrement. Pour se réinventer, il doit assumer son passé, conduire une introspection sincère, établir les responsabilités, reconstruire son fichier militant et réviser ses textes à la lumière des meilleures pratiques démocratiques. Un tel chantier exige de la clarté, du courage et des moyens financiers. Rien de solide ne peut émerger du clair-obscur actuel. Dans sa dernière adresse, Ali Bongo s’est voulu rassurant : «Le PDG ne sera pas empêché de fonctionner faute de moyens», a-t-il lancé. Ses coreligionnaires prendront-ils cet engagement au sérieux ? Lui font-ils encore confiance ? Ces questions touchent à leur avenir collectif. À leur directoire de prendre la mesure du défi : sans autonomie financière, sans clarification juridique et sans véritable débat démocratique, aucune renaissance ne sera possible.
















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