On nous joue, en haut lieu, la comédie de la coopération exemplaire. Le 18 mai, le ministre Adrien Nguema Mba a sollicité Tokyo sur trois fronts : police, protection civile, décentralisation. Sauf que sur la dernière, l’Archipel nippon patine depuis trente ans, refuse jusqu’à déplacer son palais impérial et tient ses propres collectivités à la laisse budgétaire. Libreville vient donc demander à Tokyo une recette que Tokyo n’a jamais su cuisiner. Personne, en haut lieu, n’a osé le souffler au ministre. Cet article s’en charge.

Libreville, 18 mai 2026 : sous le regard présidentiel en photo au mur, le ministre Adrien Nguema Mba (à droite) reçoit l’ambassadeur du Japon Ando Yoshio. Trois leçons commandées à Tokyo, dont une que l’Archipel n’a jamais sue. © Gouvernement.ga

 

Reçu ce 18 mai à Libreville par Adrien Nguema Mba, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, l’ambassadeur du Japon, Son Excellence Ando Yoshio, est ressorti de l’audience avec une commande en trois pièces : former la police nationale, hisser la protection civile au standard nippon, et accélérer une décentralisation qui patine depuis des années. Le communiqué du gouvernement gabonais, soigneusement protocolaire, élude pourtant la question qui dérange : Tokyo est-il vraiment armé pour répondre aux trois ?

Sur le terrain policier, l’apparence joue en faveur de l’Archipel. Le koban, ce poste de quartier où l’agent connaît les habitants par leur prénom, est devenu, via la JICA, un produit d’exportation aussi prestigieux que le bonsaï. Sauf que ses imitations à l’étranger racontent une autre histoire : l’Indonésie a importé le décor, pas la confiance sociale qui le fait tenir. Greffer le koban sur des forces de police gabonaises encore convalescentes d’un long divorce avec la population suppose, en amont, un chantier de moralisation, de formation initiale et de salaires décents qu’aucune coopération bilatérale ne saurait livrer clés en main.

Catastrophes : l’expertise qui n’absout pas l’incurie

Le dossier de la protection civile semble moins disputé : le Japon a, c’est entendu, transformé sa vulnérabilité sismique en industrie de pointe : alerte sur smartphone dès 2007, drones thermiques, robots de sauvetage, applications de prévision des pluies torrentielles déjà essaimées en Thaïlande, en Turquie, au Chili, en Côte d’Ivoire. Restent deux questions impertinentes : un État qui peine à entretenir ses routes saura-t-il absorber des technologies aussi capitalistiques ? Et surtout, à quoi sert d’importer la Rolls-Royce de l’alerte précoce si les caniveaux de Libreville continuent de transformer chaque saison des pluies en désastre annoncé ?

Décentralisation : un aveugle guidant un aveugle

C’est ici que le partenariat frise l’oxymore. Sur ce front, Tokyo n’est pas un modèle mais un cas d’école inachevé : réformes lancées dans les années 1990 «très loin d’être achevées», ressources des collectivités toujours rognées par l’État central, tentatives récentes ayant tourné court, jusqu’à l’épisode tragi-comique du refus de déplacer le palais impérial.

Demander à un Japon centralisateur de souffler à un Gabon centralisateur la formule de la décentralisation, c’est inviter deux convalescents à se masser mutuellement. La méthode peut faire du bien aux deux. Elle ne guérira ni l’un ni l’autre.

Trois portes, donc, frappées d’un même coup. Derrière la première, un savoir-faire éprouvé mais culturellement incessible. Derrière la deuxième, des outils brillants à condition de les arrimer à des fondamentaux que Libreville n’a pas. Derrière la troisième, un homologue aussi empêtré que l’élève. On a connu coopérations mieux armées contre les promesses non tenues.

 
GR
 

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