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Les députés se sont opposés à la mutation de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) en Agence nationale pour la préservation de la nature. C’est une remise en cause de la gouvernance sectorielle de ces 12 dernières années.

L’ANPN ne se muera pas en Agence nationale pour la préservation de la nature. Ce camouflet ne saurait être décrypté comme une défaite pour le seul Lee White. Il doit être lu comme une remise en cause de la gouvernance sectorielle de ces 12 dernières années. © theworldnews.net

 

Sans doute un ras-le-bol. Peut-être une exigence de transparence. Certainement une volonté de demander des comptes. Probablement un refus de céder au name-dropping. En s’opposant à la modification de la loi n° 003/2007 du 27 août 2007, les députés ont étalé trouble et frustration. Tout en demandant des clarifications, ils se sont prononcés pour le statu quo. Sauf audit préalable, l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) ne se muera pas en Agence nationale pour la préservation de la nature. Elle conservera ses missions actuelles, à savoir : la gestion d’un réseau de 13 parcs nationaux occupant 11,25% du territoire national.

De curieuses connivences

Venant d’une institution réputée docile, ce camouflet ne saurait être décrypté comme une défaite pour le seul Lee White. Il doit être lu comme une remise en cause de la gouvernance sectorielle de ces 12 dernières années. De la présidence de la République aux tribunaux de droit commun en passant par la gendarmerie ou le gouvernement, toutes les parties prenantes institutionnelles doivent se sentir interpellées. La même recommandation vaut pour les organisations non gouvernementales (ONG) et les bailleurs de fonds, notamment le Worldwide fund for nature (WWF), la Wildlife conservation society (WCS), le Fonds européen de développement (FED), la Banque mondiale, l’Agence française de développement (AFD) et l’administration américaine en charge de la faune (United States fish and wildlife service-USFWS). Implicitement, les députés ont mis en lumière leur complicité dans le dévoiement de l’ANPN. Pour tout dire, ce rejet doit être compris comme un naufrage collectif.

Au-delà des raisons officielles, les réserves des députés ont porté sur quatre points : le bilan de la dernière décennie ; le statut des personnels, y compris leur capacité à instrumenter ; la gestion financière, y inclus la durabilité des financements ; et les risques de conflit de compétence. Pourtant, les parties prenantes ne se sont jamais penchées sur ces thématiques. Entretenant de curieuses connivences, elles ont soutenu ou financé les caprices d’une ANPN, subitement devenue omnisciente et omnipotente. Face au refus du bénéficiaire de rendre des comptes, comment interpréter la continuité de leur financement ? Au vu du flou entretenu sur la tutelle, comment comprendre leur silence ? Eu égard à l’absence de statut juridique pour les personnels de terrain, comment analyser leur appui à la lutte anti-braconnage ? Quelle valeur donnent-ils à des procédures judiciaires engagées par des écogardes sans existence légale ? A leurs yeux, la loi s’applique-t-elle à tout le monde ou aux seuls chasseurs ?

Un audit de l’ANPN

Alertés par les grèves récurrentes, les députés ont voulu se faire leur idée de la situation. Voulant prendre le temps de l’analyse, ils ont mis en place une commission ad hoc. Cherchant à disposer du maximum d’informations techniques et de la plus large documentation, ils ont convoqué une gamme variée d’acteurs : les administrations concernées, l’ANPN, la société civile nationale, les syndicats… En s’ouvrant à tout ce monde, les parlementaires entendaient s’assurer de leur adhésion aux objectifs de la réforme. Ils espéraient aussi confronter les expériences pour mieux affiner leur analyse. S’ils avaient à cœur de comprendre si des synergies opérationnelles seraient encore possible, ils voulaient se faire une idée des mécanismes de financement ou de levée des fonds.

Au final, le projet porté par Lee White leur a paru lacunaire. Sur de nombreux points, il leur est apparu en-deçà de la loi en vigueur. En leur entendement, ni la répartition des tâches ni la sécurisation des financements ni la légalité des procédures judiciaires n’y trouvaient de solutions. A contrario, une volonté de dissimulation en transpirait. Quelle suite à ce fiasco ? Depuis bientôt 5 ans, la société civile nationale demande un audit de l’ANPN. Si la Cour des comptes s’est intéressée à la question, son rapport semble être resté confidentiel. Quant aux acteurs de la coopération internationale, ils paraissent gênés aux entournures : entre préventions diplomatiques et privauté à peine dissimulée, ses représentants n’ont pas toujours l’autorité pour hausser le ton. N’empêche, il est peut-être temps de compléter le cadre juridique et institutionnel. Autrement, les parcs nationaux resteront comme de nombreuses aires protégées du continent : des entités sur papier, sans existence réelle ni influence sur la marche du pays.

 
GR
 

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