Santé au Gabon : trop peu de moyens, trop peu de soignants
Constat pour le moins préoccupant que celui dressé par la Banque mondiale du financement du secteur de la santé au Gabon, où l’on compte moins d’un médecin et moins de trois infirmiers et sages-femmes pour 1 000 habitants. Dans sa dernière Revue, l’institution estime que les ressources y relatives restent insuffisantes et surtout mal réparties pour répondre aux besoins sanitaires du pays et aux ambitions du PNCD malgré des progrès enregistrés sur certains indicateurs.

Le bâtiment des urgences du Centre hospitalier de Libreville (CHUL) . © D.R.
Dans son analyse consacrée aux secteurs sociaux, la Banque mondiale estime que « les dépenses de santé au Gabon sont insuffisantes, aussi bien en termes de niveau que de structure, pour répondre aux besoins du pays en matière de santé et aux ambitions du PNCD ». En 2024, les dépenses publiques de santé représentaient environ 1 % du PIB, contre 1,8 % en moyenne en Afrique subsaharienne et 4,3 % dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (PRITS). La santé ne captait par ailleurs qu’environ 4 % des allocations budgétaires, loin de l’objectif de 15 % de la Déclaration d’Abuja.
Cette faiblesse financière se traduit notamment par un déficit de personnels. En 2022, le Gabon comptait 0,5 médecin et 2,4 infirmiers et sages-femmes pour 1 000 habitants, contre respectivement 2,5 et 3,8 dans les PRITS. La Banque mondiale relève également une forte concentration des médecins dans l’Estuaire, qui en regroupe plus de 63 %, tandis que les provinces rurales et de l’intérieur connaissent des pénuries persistantes.
Réorienter les dépenses vers les soins primaires
Au-delà du volume des crédits, c’est leur structure que la Banque mondiale interroge. Les soins primaires et préventifs absorbent moins de 50 % des dépenses de santé, alors que les soins hospitaliers et tertiaires ainsi que les évacuations sanitaires mobilisent des ressources importantes. En 2019, ces dernières représentaient plus de 4 % des dépenses de santé. Pour l’institution, un renforcement des soins de proximité permettrait notamment de réduire les hospitalisations évitables et les coûts à long terme.
La Banque mondiale préconise ainsi d’accroître les investissements publics dans la santé, d’améliorer la gestion des finances publiques du secteur et de réorienter davantage les crédits vers les soins primaires et préventifs, notamment dans les zones rurales. Elle recommande également de renforcer la formation et l’enseignement supérieur en santé et de recruter davantage d’agents dans les régions sous-dotées.
Gratuité et ressources humaines
Sur le volet de l’accès aux soins, l’institution propose de réduire les frais d’utilisation, de généraliser la gratuité des soins de santé primaires et d’étendre le SAMU Social. Elle suggère aussi une stratégie de recrutement, de déploiement et de rétention ciblée sur les territoires les moins desservis, avec des normes de dotation et des incitations plus fortes.
Enfin, la Banque mondiale recommande de renforcer les financements et achats axés sur la performance et d’élaborer une stratégie complète de financement de la santé, fondée sur les données, afin de mieux définir les priorités et d’améliorer l’allocation des ressources. Dans son tableau de réformes, elle estime à 4 % du PIB le coût d’un financement adéquat du secteur, avec des gains attendus en matière d’efficience et d’équité.
Source : Banque mondiale, Revue des finances publiques du Gabon 2026.
















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