Santé, CNAMGS, sécurité des enfants : Oligui Nguema interpellé sur le quotidien des Gabonais
La Grande Interview accordée par le président de la République à L’Union, le 4 mai 2026, n’a pas esquivé les sujets qui fâchent. Sur l’état des hôpitaux, les dysfonctionnements de la CNAMGS et l’insécurité croissante autour des enfants, Brice Clotaire Oligui Nguema a répondu avec une netteté qui tranche avec les habituelles circonvolutions du discours institutionnel.

Brice Clotaire Oligui Nguema : «Quand un hôpital ne respecte plus la convention, c’est le pacte social qui se fissure.» © L’Union
Ce sont les questions qui remontent du plus profond du quotidien gabonais, celles que l’on pose dans les files d’attente des formations sanitaires, dans les officines où l’on refuse des prises en charge, dans les écoles où circulent des substances dont la seule présence devrait alarmer la République. Le président de la République les a affrontées, l’une après l’autre, sans se réfugier derrière la technocratie des chiffres.
L’hôpital public : l’exigence du digne
Sur l’état des structures de santé, Oligui Nguema part d’un constat qui est aussi un engagement : «Aucun Gabonais ne devrait avoir peur d’aller à l’hôpital.» La formule est simple. Elle dit en creux ce que des années de délabrement ont produit : une défiance populaire profonde envers un système public censé être universel. Pour y répondre, le président annonce la construction d’hôpitaux spécialisés à l’intérieur du pays pour réduire les évacuations sanitaires (un fléau qui condamne les provinciaux à parcourir des centaines de kilomètres pour des soins élémentaires) et la rénovation des plateaux techniques de Libreville et de Port-Gentil. Il a, dit-il, «instruit le ministre de la Santé de mettre en place un dispositif de contrôle qualité dans tous les établissements publics». Des mots. Mais des mots assortis d’une injonction ministérielle datée.
La CNAMGS : le pacte social fissuré
Sur la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale, le président hausse le ton. «La CNAMGS est un acquis social majeur que nous devons protéger et améliorer», pose-t-il d’emblée. Mais derrière cette affirmation protectrice, le diagnostic est sévère : quand une pharmacie refuse une prise en charge, quand un hôpital ne respecte plus la convention, «c’est le pacte social qui se fissure». L’image est forte, et juste. Un audit complet du système de conventionnement a été ordonné, assorti d’un plan de redressement des délais de remboursement aux prestataires.
Oligui Nguema soulève également une équation arithmétique explosive : 600 000 cotisants ne peuvent structurellement pas couvrir les prestations de 1,2 million de personnes déclarées économiquement faibles. Sa réponse : « Il est temps de mettre en place le Fonds 4.» Pour information, le Fonds 4, destiné aux travailleurs indépendants, longtemps laissés hors système, est à la fois un impératif d’équité sociale et un levier de rééquilibrage financier pour une caisse sous tension chronique.
Sécurité des enfants : une exigence républicaine
C’est sans doute sur ce dernier volet qu’Oligui Nguema a été le plus personnel. Enlèvements d’enfants, drogue dans les écoles, des sujets qui traversent les familles gabonaises comme une angoisse sourde. «C’est un sujet qui me touche profondément en tant que père et en tant que Président», confie-t-il, rompant brièvement avec la posture institutionnelle. Il qualifie l’enlèvement d’enfant de «ce qu’il y a de plus abject», rappelle le drame de 2018 où un compatriote fut lynché à mort sur une accusation qui concernait son propre enfant : une mise en garde contre la justice populaire autant qu’une reconnaissance de la psychose collective.
Sur la drogue scolaire, le président de la République est catégorique : «La circulation de drogues dans les écoles, c’est une menace pour l’avenir de notre jeunesse.» Des unités spécialisées ont été déployées, des sanctions pénales renforcées. Mais il refuse la réponse purement sécuritaire : «Nous devons aussi agir en prévention : sensibilisation dans les écoles, encadrement des quartiers vulnérables, coopération avec les familles.» Avant de conclure avec une formule qui sonne comme un serment d’État : «La sécurité des enfants au Gabon est une exigence républicaine. Je ne tolérerai aucune faiblesse sur ce terrain.»
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Grande Interview accordée à L’Union, Libreville, lundi 4 mai 2026.
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