Plus de 127 milliards de francs CFA perdus au fil des années : la SEEG a accumulé les déficits et l’État tarde à régler ses factures d’eau et d’électricité. Dans son rapport de 2026, la Banque mondiale souligne que ces retards privent l’entreprise d’argent nécessaire à son fonctionnement. Chargé de garantir le service public, l’État contribue ainsi à fragiliser celui dont dépendent les robinets et les lumières des Gabonais.

En tardant à payer ses factures d’eau et d’électricité, l’État aggrave les difficultés de la SEEG, souligne la Banque mondiale. (En photo, le guichet SEEG de la Direction Régionale Littoral à Port-Gentil). © Fallone Jessica MM

 

La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) perd de l’argent tout en peinant à encaisser celui qui lui est dû. Dans son rapport de 2026, la Banque mondiale décrit une entreprise prise entre des coûts croissants, des pertes techniques importantes et des recettes insuffisantes. Cette fragilité financière menace sa capacité à assurer les services essentiels attendus par les ménages et les entreprises.

Les chiffres présentés pour 2024 donnent la mesure du déséquilibre : une perte nette de 42,9 milliards de francs CFA et des capitaux propres négatifs de 90,7 milliards. Ce dernier montant signifie que, dans les comptes, les engagements de l’entreprise dépassent la valeur de ses actifs. Le rapport relève également des pertes cumulées supérieures à 127 milliards.

C’est sur cette base que la Banque mondiale estime la SEEG « effectivement insolvable ». Il s’agit d’un diagnostic financier, et non de l’annonce d’une liquidation judiciaire.

Une partie de la production perdue, des factures non encaissées

À partir d’informations fournies par la SEEG elle-même, la Banque mondiale chiffre les pertes techniques à près de 30 % pour l’électricité et à 56 % pour l’eau en 2024. Produire ne suffit donc pas : les pertes dans le système réduisent fortement l’efficacité du service.

À ces difficultés s’ajoute le faible recouvrement des factures, y compris auprès des entités publiques. L’entreprise supporte des dépenses de fonctionnement, mais n’encaisse pas toujours les recettes correspondantes. Selon le rapport, cette situation l’a contrainte à emprunter et à accumuler des impayés fiscaux.

L’État occupe ainsi une place particulière dans le problème. La Banque mondiale souligne que ses retards de paiement des factures d’eau et d’électricité affaiblissent la trésorerie de la SEEG. Les sommes non versées restent indisponibles pour régler les fournisseurs ou financer l’activité.

Réparer les comptes autant que les réseaux

Le rapport relève aussi un gel des tarifs depuis 2018, alors que les coûts ont augmenté. Il préconise des tarifs permettant de couvrir les coûts, tout en maintenant une protection tarifaire pour les ménages vulnérables. La question ne se résume donc pas à faire payer davantage les usagers : elle implique aussi de réduire les pertes et d’améliorer les encaissements.

Pour redresser la SEEG, la Banque mondiale recommande notamment de régler les dettes réciproques entre l’entreprise et l’État. Elle estime qu’un apport de capitaux serait probablement nécessaire, au-delà de la séparation envisagée des activités d’eau et d’électricité.

Ce diagnostic éclaire les limites d’une réponse uniquement fondée sur l’ajout de capacités de production. De nouveaux équipements doivent pouvoir être exploités, entretenus et financés dans la durée. Pour les usagers, l’enjeu du redressement se mesurera finalement au robinet et à l’interrupteur.

 
GR
 

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