Selon Lee White, «au Gabon, il faut danser pour se faire élire»
Alors qu’il s’active dans une nouvelle aventure politique en Écosse, l’ancien ministre des Eaux et Forêts, Pr Lee White, a fait une sortie pour le moins condescendante sur la politique gabonaise sur Facebook, le 31 octobre dernier. Ancien militant du PDG dont il a défendu les couleurs en 2023, il prétend désormais qu’«il faut danser pour se faire élire» au Gabon. Une petite leçon de démocratie qui passe mal.

Pr Lee White, alors ministre des Eaux et Forêts, dansant avec les populations d’une localité au Gabon. © D.R.
« Ma seule expérience précédente en politique a été au Gabon – où il faut danser pour se faire élire. » La phrase, glissée dans le récit de sa journée de distribution de tracts électoraux dans le Howe of Fife et le Tay Coast Ward, en Écosse, pourrait passer pour une boutade. Elle est pourtant lourde de condescendance. Car celui qui semble aujourd’hui regarder de haut les pratiques politiques gabonaises n’en a pas été un simple observateur.
Arrivé au Gabon en janvier 1989, naturalisé gabonais en 2008, Lee White a progressivement gravi les échelons de l’appareil institutionnel. Directeur de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) à partir de 2009, il est nommé en 2019 ministre des Eaux et Forêts, de la Mer et de l’Environnement sous Ali Bongo Ondimba. Il devient ainsi l’un des visages du « Gabon vert » et un proche du pouvoir déchu.
Candidat du PDG, hier ; militant écossais, aujourd’hui
L’ironie est d’autant plus saisissante qu’en juillet 2023, le Parti démocratique gabonais (PDG) lui accorde son investiture pour briguer un siège de conseiller départemental dans la Lopé, dans la province de l’Ogooué-Ivindo. Lee White entre alors pleinement dans l’arène électorale, sous les couleurs du parti au pouvoir à l’époque. Une expérience politique qu’il ne peut aujourd’hui réduire à quelques pas de danse.
Mais le coup d’État du 30 août 2023 bouleverse la trajectoire. Après avoir été entendu dans le cadre des enquêtes ouvertes sur la gestion du ministère, l’ancien ministre est assigné à résidence le 4 octobre, avec trois collaborateurs. Détournement de fonds publics, faux et usage de faux, concussion, blanchiment de capitaux, irrégularités dans l’attribution des permis forestiers et complicité d’exploitation illégale de bois figurent parmi les faits visés par les inculpations annoncées par le parquet.
Une sortie du Gabon qui laisse des questions
Le 7 octobre 2023, Lee White quitte finalement le territoire gabonais, officiellement pour des raisons médicales, avec l’accord des nouvelles autorités, selon des informations rapportées ultérieurement. Installé en Écosse avec sa famille, il n’a, à notre connaissance, pas comparu devant la justice gabonaise pour répondre au fond des accusations portées contre lui. Il a néanmoins exprimé, en février 2024, son souhait de revenir au Gabon comme scientifique.
Deux ans plus tard, le voilà engagé dans une nouvelle aventure politique britannique. Libre à lui de défendre ses ambitions électorales. Mais le respect qu’il doit au pays qui l’a accueilli, naturalisé, porté à la tête de son administration et jusque dans les rangs du parti présidentiel n’est pas une option. Le Gabon n’est pas une anecdote folklorique que l’on convoque pour amuser des électeurs écossais. Et ses citoyens méritent mieux qu’une caricature.

















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