Réquisitoire contre les dernières élections puis promotion du ministre l’Intérieur au rang de vice-président du gouvernement ; maintien d’un ministre auteur d’une sextape…  Tant de décisions laissent perplexe.

À l’évidence, l’entourage du président de la République ne s’est pas toujours posé les bonnes questions. Il n’a pas non plus exploré toutes les options. Comme si le changement de Constitution était un détail, il est resté prisonnier des codes du régime semi-présidentiel. © GabonReview

 

Huit mois après l’élection de Brice-Clotaire Oligui Nguéma, le septennat semble avoir atteint son point de bascule. Jour après jour, les critiques se précisent et dressent un même constat :  dans la fabrique de la décision publique, quelque chose ne tourne pas rond. Comme l’affirme l’ancien ministre Ali Akbar Onanga Y’Obégué, le «pays s’enlise dans des décisions incohérentes, juridiquement fragiles et socialement explosives». Comme le dit l’universitaire Bonaventure Mvé Ondo, nous sommes face à un «système de protection inversé». Autrement dit, «au lieu de protéger le président contre l’erreur, le conseil l’y expose ; au lieu de filtrer les incohérences, il les accumule ; au lieu de transformer la parole présidentielle en acte cohérent, il la fragilise par des décisions contradictoires». Certes, le président de la République n’est pas mis en cause. Mais, personne n’est dupe : cette prudence relève de la rhétorique et pas d’une exonération, la «séquence destructrice du 31 décembre-1er janvier» ayant choqué tant de monde.

Signal négatif

Dans son message de vœux, le président de la République a critiqué les dernières élections. Mauvaise qualité du fichier électoral, transhumance électorale, usage abusif des procurations et insuffisances dans la lutte contre l’abstention :  son réquisitoire était sans concession. Dans la foulée, il a plaidé pour des «réformes et ajustements indispensables à la transparence et à la crédibilité» du système électoral. En toute logique, une telle charge présageait d’une sortie du ministre de l’Intérieur du gouvernement. Curieusement, quelques heures plus tard, Hemnann Immongault était promu à la fonction de vice-président du gouvernement. Pour Ali Akbar Onanga Y’Obégué, il s’agit d’une «contradiction mortelle». «Cette promotion annihile politiquement le discours du 31 décembre. Il le vide de toute portée et transforme un aveu de vérité en simple posture», assènet-il.

À cette dissonance s’est ajoutée une autre, tout aussi troublante : le maintien de Germain Biahodjow au gouvernement. Acteur d’une sextape, le nouveau ministre de la Communication a prêté serment. Or, pour des faits similaires, un citoyen lambda, connu sous le pseudonyme Mannequin potelé, se retrouve aujourd’hui sous les verrous. L’exigence morale est-elle valable pour les uns et pas pour les autres ? Est-elle modulable au gré des accointances ? Ne s’applique-t-elle pas aux responsables politiques ? Outre un sentiment de justice à géométrie variable, il s’en dégage une impression de prime à la faute. Au-delà du malaise, c’est un signal négatif. «Ce qui se fait là est toxique et mortel», alerte notre ancien confrère Télesphore Obame Ngomo. Le président de la République serait-il «mal conseillé» ou «mal entouré» ? Si on ne saurait trancher, une chose est néanmoins perceptible : de plus en plus, sa gouvernance génère des angoisses.

Rompre avec le conformisme

Depuis quelques mois, tant de décisions laissent perplexe. Outrageusement dominé par l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) à la suite d’élections controversées, le Parlement est entre les mains de deux novices, élus pour la première fois et sans engagement civique connu au 30 août 2023. Mal appréhendée, la tenue de sa séance inaugurale a donné lieu à la démission de nombreux ministres, ouvrant sur des intérims prolongés et difficilement explicables. Pourtant, il s’agissait non pas de respecter une incompatibilité, mais de se conformer à l’esprit de la Constitution. Tout aurait pu être réglé rapidement, par des décisions ciblées, sans offrir le spectacle d’une navigation à vue. Entre valse des noms, changements d’affectation et ajustements de sa nomenclature, le gouvernement semble sous pression, en proie à une instabilité chronique. Peut-on escompter des résultats dans un tel climat ? La question reste posée.

À l’évidence, l’entourage du président de la République ne s’est pas toujours posé les bonnes questions. Il n’a pas non plus exploré toutes les options. Comme si le changement de Constitution était un détail, il est resté prisonnier des codes du régime semi-présidentiel. Comme si la rupture se résumait aux visages, il a suggéré des noms, sans tenir compte des parcours ni anticiper sur les risques. Si elle advient, la recomposition du cabinet présidentiel ne devra pas être un simple réajustement. Pour ouvrir une ère nouvelle, elle devra rompre avec le conformisme, terreau de la confusion actuelle. Comme le suggère Bonaventure Mvé Ondo, elle devra «permettre de reconstruire un conseil digne de ce nom» afin de «redonner à l’Etat gabonais ce qui lui manque le plus aujourd’hui : la prévisibilité, la cohérence et la parole tenue».

 
GR
 

4 Commentaires

  1. Gabon dit :

    Les principaux conseillers d’Oligui sont les mêmes que ceux qui entouraient et guidaient Ali Bongo. Cette continuité est manifeste jusque dans le registre spirituel. Le nganga qui lui aurait transmis la supposée bénédiction des « ancêtres », au prix d’une instrumentalisation et d’une syncrétisation contestables de nos rites traditionnels, n’est autre que Junior Xavier Ndong. Ce dernier a été formé dans l’entourage de Maixent Accrombessi, lequel continue d’exercer une influence, fût-elle indirecte, à travers les personnes qu’il a façonnées et introduites dans les cercles du pouvoir.

    Or, bien qu’il soit politiquement exposé en tant qu’ancien porte-parole d’Ali Bongo au sein du PDG, Junior Xavier Ndong s’arroge aujourd’hui le titre de chef des rites et traditions du Gabon. Une prétention pour le moins discutable, au regard de l’absence totale des nganga tsogo, babongo ou apindji dans ce directoire — pourtant parmi les plus enracinés dans ces traditions, et issus de sociétés initiatiques bien plus ésotériques et discrètes que la mise en scène à laquelle on nous convie.

    Voir le président d’un État moderne faire l’objet d’une telle intronisation symbolique relève de l’aberration. C’est comme si, en Occident, la franc-maçonnerie procédait publiquement à l’intronisation du président américain ou français : une confusion des registres, et une dérive pour le moins pathétique.

  2. Kass dit :

    Oligui est dans une position qu’il a lui-même créée.
    Je suis souvent amusé de lire par ci et par là que le président est mal conseillé! On ne conseille pas un président, du moins pas un président africain et de sur quoi un militaire! Il prend lui-même ses décisions et se fiche pas mal de ce que vous pensez tant qu’il est le seul responsable des résultats.
    Donc arrêtons de penser que le PR est mal conseillé mais disons simplement qu’il prend de mauvaises décisions depuis son élection.
    Promouvoir l’ancien ministre de l’intérieur au poste de Vice-Président est simplement, et fustiger l’organisation des élections passées, est simplement la preuve que l’opinion publique ne compte pas pour Oligui. Et pire encore, cela sous-entendrait que l’ancien ministre de l’intérieur aurait pu être félicité par la même PR pour avoir mené son parti politique à la majorité des deux chambres. N’oublions pas qu’il a lu Machiavel et ceci est typiquement machiavélique.

    • Fiona Fiona dit :

      Tu l’as vu lire Machiavel ? Un militaire ne pouvait se le permettre au Gabon sous Omar des Plateaux, au risque d’être accusé de tant de choses… Et puis Machiavel est un auteur bas de gamme… As-tu déjà entendu un homme politique occidental s’en revendiquer ?

  3. Maganga Octave dit :

    La chute d’Oliugui viendra de lui-même et de ses deux principaux conseillers, qui sont des « novices » comme dit l’article : la SG/PR et le fameux Aurelien : la SG/PR et le fameux Aurelien, le nouveau Noureddin

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