Réunis le 7 octobre à la Chambre de commerce de Libreville, les Éditions Ntsame et l’Union des écrivains du Gabon (UDEG) ont tiré la sonnette d’alarme sur la prolifération des ouvrages contrefaits. Manuels scolaires et œuvres littéraires seraient massivement reproduits et commercialisés sans l’autorisation des ayants droit. Une situation qui, selon les professionnels du secteur, menace à la fois les auteurs, les éditeurs et toute la chaîne nationale du livre.

Les auteurs et éditeurs gabonais demandent à Oligui de sauver le livre de la contrefaçon, le 7 octobre 2026. © GabonReview

 

Le livre gabonais serait-il en train de devenir la prochaine victime du piratage ? C’est le cri d’alarme lancé le 7 octobre 2026 à Libreville par les Éditions Ntsame et l’Union des écrivains du Gabon. Face à la multiplication des reproductions frauduleuses, les professionnels du livre demandent une intervention ferme des pouvoirs publics et interpellent directement le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, sur la nécessité de mieux protéger le droit d’auteur et l’industrie éditoriale nationale.

Pour Sylvie Ntsame, directrice des Éditions Ntsame, la situation ne relève plus de cas isolés. «La contrefaçon ne vole pas uniquement des pages, elle vole du travail», a-t-elle martelé, rappelant qu’un livre mobilise auteurs, éditeurs, correcteurs, illustrateurs, graphistes, imprimeurs, transporteurs et distributeurs. Selon elle, lorsque des ouvrages sont reproduits sans autorisation, c’est toute cette chaîne qui est privée de revenus et fragilisée.

L’alerte concerne particulièrement les manuels scolaires. Pour la rentrée 2025-2026, les Éditions Ntsame indiquent avoir produit 80 000 exemplaires de chacun des cinq manuels de 6e, soit 400 000 livres couvrant les mathématiques, les sciences de la vie et de la Terre, l’anglais, l’histoire et la géographie. Des enquêtes menées à la rentrée 2026-2027 auraient ensuite permis d’identifier des reproductions réalisées avec des équipements modernes. Une procédure judiciaire a été engagée après saisine du ministère de l’Éducation nationale et du B2, avec la pose de scellés sur deux librairies, selon les responsables des Éditions Ntsame.

Le phénomène dépasserait toutefois le seul cas des manuels scolaires. «Sur dix livres trouvés dans les salles de classe, deux seulement sont des originaux», affirme Sylvie Ntsame, qui estime que la proportion restante correspond à des ouvrages piratés. Des accusations que les acteurs du livre souhaitent voir examinées dans le cadre des procédures engagées.

Protéger le secteur par la loi

Photo de famille à la fin de la rencotre. © GabonReview

Du côté de l’UDEG, Éric Joël Bekalé appelle l’État à renforcer le cadre juridique. «Il revient donc au gouvernement et singulièrement au ministère dédié de prendre toutes les dispositions nécessaires et utiles en commençant par la loi», a déclaré le président de l’organisation. L’écrivain Janvier Nguema Mboumba réclame, lui aussi, des «actions fortes» pour rassurer les professionnels et préserver le secteur.

Justine Mintsa a, pour sa part, dénoncé la dégradation des ouvrages contrefaits, évoquant des livres aux pages mal ordonnées, aux couvertures délavées ou à la fabrication défectueuse. Pour les professionnels réunis à Libreville, l’enjeu dépasse donc la seule protection commerciale : il touche à la survie de la création gabonaise. Leur message aux autorités est sans ambiguïté : protéger les auteurs et les éditeurs, renforcer les contrôles contre la contrefaçon et préserver les emplois de toute la chaîne du livre.

 
GR
 

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