HABANA

 

En parlant de transition et pas d’intérim, en laissant les militaires se lancer dans la surenchère verbale et la répression des manifestations, la communauté internationale donne l’impression de cautionner le fait accompli.

Pourquoi laisser le schéma togolais s’appliquer au Tchad ? Depuis la mort d’Idriss Déby, son fils Mahamat Idriss Déby, à la tête du CMT, tire bénéfice de la complaisance de la communauté internationale, impose son agenda et concentre pratiquement tous les pouvoirs. © AFP

 

5 février 2005. Lomé au Togo. Gnassingbé Eyadema vient de décéder. Intérimaire constitutionnel, le président de l’Assemblée nationale se trouve hors du territoire national : Fambaré Ouattara Natchaba est dans un avion, sur le chemin du retour. Prenant prétexte de cette situation, l’armée ferme les frontières, décrétant une «vacance totale du pouvoir». Le chef d’état-major décide ensuite de confier le pouvoir à l’un des rejetons du disparu, en l’occurrence Faure Gnassingbé, alors âgé de 39 ans. Appelant au «respect de la Constitution», la France plaide pour une «transition (…) dans le strict respect de la légalité». 16 ans plus loin, la même famille règne sur le pays, le bénéficiaire du putsch s’étant paré d’un vernis de légalité grâce à des parodies d’élections. Primauté des liens de sang, recours à l’armée, intimidations, confusion sémantique, suspension de la Constitution et, pour finir, succession monarchique … En Afrique, cette recette semble être encore de saison.

Guerre civile, prétexte à la confiscation du pouvoir

Depuis deux semaines, un remake de ce vaudeville est en tournage au Tchad. Suite au décès d’Idriss Déby Itno, un conseil militaire de transition (CMT) a pris le pouvoir. Dirigée par un fils du défunt, cette instance s’est autorisée à dissoudre toutes les institutions, promettant ensuite des «élections libres et démocratiques» dans un délai de 18 mois. Si l’Union africaine (UA) affirme vouloir faire le point de la «situation politique et sécuritaire», encore faut-il ne pas ruser avec les principes. Or, à ce jour, nul n’a annoncé des sanctions à l’encontre des dirigeants du CMT. Personne n’a demandé la suspension du Tchad de l’UA. Tout le monde semble s’accommoder de la situation. En annonçant vouloir «faciliter un retour (…) à l’ordre constitutionnel», l’organisation panafricaine s’est montrée disposée à attendre 18 mois, quitte à assister ensuite à un scrutin truqué. Emboîtant le pas à la France, l’Union européenne s’est gardée de suspendre sa coopération, évoquant une «transition» là où on devrait parler d’intérim.

N’ayant pas rebondi sur la proposition de cessez-le-feu formulée par le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), la communauté internationale a implicitement accepté le développement d’une guerre civile, prétexte à la confiscation du pouvoir. L’ayant compris, le CMT ne s’est pas gêné pour en user. «On fait la guerre, c’est tout», fanfaronnait, il y a quelques jours, son porte-parole, jetant une pierre dans le jardin de l’UA : «Ni médiation ni négociation». Évidemment, cette surenchère verbale a débouché sur la systématisation du recours à la force : le 27 avril dernier, les manifestations exigeant la dissolution du CMT et la fin de l’«ingérence de la France» furent stoppées à balles réelles ; quatre jours plus tard, ces méthodes d’un autre âge étaient réutilisées pour réprimer le «concert des casseroles», initié par la société civile. C’est dire si les condamnations d’Emmanuel Macron n’ont guère eu d’effet. C’est aussi dire si les militaires se sentent investis du pouvoir de faire comme bon leur semble.

Au Tchad et au Mali, les enjeux sécuritaires sont les mêmes

Surfant sur le contexte, le CMT veut rester seul maître des horloges. Tirant bénéfice de la complaisance de la communauté internationale, il impose son agenda. Interpellant «ceux qui sont dans la rue», le Premier ministre les a invités à le rejoindre. Mettant en garde contre les «ambitions personnelles», il a épilogué sur la «transition», affirmant vouloir «préparer (…) le terrain d’une compétition saine». Si sa démarche est sincère, pourquoi n’appelle-t-il pas à ce «dialogue inclusif» réclamée par le FACT, l’opposition et la société civile ? En reprenant la rhétorique des militaires, il demande en réalité de cautionner le fait accompli. Comme la communauté internationale, Albert Pahimi Padacké tient le putsch du 20 avril dernier pour un mal nécessaire. Comme elle, il feint de ne pas lire les intentions de Mahamat Idriss Déby et ses acolytes.

Pourtant, la communauté internationale s’était montrée moins accommodante avec l’armée malienne. Condamnant le coup d’État d’août 2020, elle avait pris un train de mesures, suspendant l’aide militaire et les échanges financiers. Naïvement, l’on avait pensé à un exemple réplicable ailleurs. L’on avait cru à une évolution. L’on avait même glosé sur l’attachement aux valeurs démocratiques et à l’État de droit. Mutatis Mutandis, au Tchad et au Mali, les enjeux sécuritaires sont les mêmes. Pourquoi laisser le schéma togolais s’y appliquer ? La double exigence de stabilité et d’intégrité territoriale vaut-elle pour le Tchad et pas pour le Mali ? Au G5 Sahel et ses partenaires d’y répondre.

 
GR
 

13 Commentaires

  1. actu dit :

    Les reponses se trouvent dans vos questions:

    – D’abord le Togo c’est pas le Tchad,bcse Idriss Deby Itno est tout sauf Eyademo.
    -La communaute auto proclamee a besoin de l’armee Tchadienne ,sans elle l’armee francaise est perdue au Sahel(G5)
    -Le mali ,c’est pas le Tchad.bcse l’armee tchadienne souteint a elle seule les frontieres avec le Niger, Le Nigeria , Le Cameroun ,La Lybie , le Soudan at la RCA et elle au front au Mali…apprenez a comparer ce qui est comparable.

    • Luc Ongotho dit :

      @actu. Que signifie Mutatis Mutandis ? Apprenez a comprendre ce que vous lisez et ne repetez pas bêtement ce que vous entendez à la télé : l’armée tchadienne n’est ni structurée ni équipée. Elle est juste un vivier à chair à canon

      • Teddy dit :

        Je ne partage pas votre point de vie. Il faut que vous puissiez comprendre que le Tchad est déjà en lui-même un pays difficile à gérer. Il faut vraiment un homme de poigne pour gérer ce pays. Il y a comme ça des pays dans ce monde qui ont besoin d’un chef quasiment « dictateur », sinon c’est l’anarchie qui va s’installer.

        Voyez ce qui se passe actuellement en Afghanistan, si l’armée chinoise remplace l’armée américaine, ce sera une bonne chose pour ce pays. Si ce n’est pas le cas, attendez vous à un retour des barbus au pouvoir avec des crimes insoutenables. CQFD.

      • Ondo dit :

        @Luc Ongotho, les français ont compris la leçon avec le désordre qu’ils ont installés en Libye. Et ils savent aussi que désormais ils ne sont plus les seuls à convoiter le gâteau AFRIQUE. Alors, ils s’empressent pour protéger « leurs intérêts ». Ils ont peur d’un nouveau scénario de la Centrafrique.

        Je me demande des fois pourquoi elle s’est mise dans cette situation d’accorder à nos pays d’Afrique leur « indépendance-coopération » (des indépendances déguisées) quant il aurait simplement fallu qu’elle propose à ces pays de rester totalement dans sa sphère d’influence comme départements français tout simplement. Ça lui aurait évité ce qu’elle subit aujourd’hui. Car aucune autre puissance n’aurait accepté de « s’immiscer » dans l’un des « départements » de la France.

        Je partage aussi le point de vu de « Julien » (en dessous). Si la France ne veut pas que le désordre s’installe au Gabon, qu’elle fasse entièrement confiance à Jean Ping qui a été élu en 2016. Elle détient la clef pour dénouer la crise politique gabonaise. Ce n’est pas Jean Ping qui lui mettra les bâtons dans les roues. Mieux vaut lui que de poursuivre avec les mêmes Bongo assez vomit par le pauvre peuple gabonais.

        Jean Ping peut gérer encore ce pays pendant 7 ou 5 ans. Ce sera aussi du temps pour les gabonais de pouvoir laver leur linge sale en famille. C’est la seule solution SAGE à mon humble avis.

    • Julien dit :

      Pour une fois, je soutiens le régime militaire du Tchad. Il vaut mieux cette « dictature » que des ecerveles de djihadistes ou d’intégristes musulmans. Il faut vraiment faire attention à qui s’accapare d’un pouvoir. Laissons les militaires gérer ce pays déjà assez compliqué.

      Et pour une fois je suis du côté des français. Mieux vaut la France pour soutenir le Tchad et le reste du Sahel que je ne sais qu’elle autre « puissance » émergente qui viendrait faire n’importe quoi au Sahel. Il est vrai que la même France est responsable du chaos qui règne actuellement dans ce coin de l’Afrique. Qu’elle trouve maintenant des solutions. Mais évitons qu’elle ne parte de peur que ne s’installe un régime politique 1000 fois plus tyrannique que les tchadiens ont ou vivre avec Idriss Déby.

      Autre chose que je demande à cette même France: qu’elle fasse confiance à Mr Jean Ping qui a gagné la présidentielle de 2016. C’est un diplomate chevronné. Elle pour compter sur lui pour une alternance politique réussie au Gabon d’ici 7 ans. C’est plus SAGE de laisser Jean Ping prendre ke pouvoir qui lui a été usurpée par Ali Bongo et amener ainsi au Gabon une véritable stabilité. Les Bongo peuvent rester tranquille avec leur milliards détournés. Mais qu’elle ne s’occupe plus de gérer ce pays. C’est tout ce que nous demandons à la France.

      Avec le président élu Jean Ping, le Gabon entrera dans une ère nouvelle. C’est très important pour nous, peuple gabonais. Il est temps aussi de libérer les prisonniers politiques. Et vous avec la solution, Mr Macron, pour un changement de régime politique au Gabon. Jean Ping est la solution. Évitez nous seulement les Bongo, y compris le petit fils de Sassou Nguessou: Junior Bongo.

      Faites ça, et vous verrez LA PAIX s’installer au Gabon. C’est inutile d’attendre 2023: nous imaginons déjà la suite. Rendez à César ce qui lui revient. Rendez à Jean Ping sa victoire pour le plus grand bonheur des gabonais et… Dr vous aussi français installés au Gabon.

      Julien. P.

      Bonne nuit à vous tous.

  2. Irène dit :

    La France est surtout responsable du problème au Sahel. C’est surtout Nicolas Sarkozy qui a foutu la merde quand il était au pouvoir en tuant Kadhafi. Tout est parti de là.

    Qu’elle trouve aussi une solution au désordre écologique causé par la filiale de TOTAL (PERENCO) dans l’Ogouee Maritime. Elle voit bien que ce désordre écologique n’est pas la cause des gabonais, mais bien d’une des filiales de TOTAL, une boîte française.

    Perso, je n’ai rien contre les français. Et je suis aussi d’avis qu’elle vienne installer l’élu du peuple gabonais qu’est Jean Ping. Car c’est bien elle qui a imposée le régime des Bongo durant 50 ans. Qu’elle laisse tomber ce qu’elle veut de nouveau préparer comme mascarade électorale présidentielle e 2023 pour de nouveau nous imposer un Bongo. Les Bongo, c’est bien fini. Il faut définitivement tourner cette page sombre du Gabon. Et qu’elle fasse entièrement confiance à l’élu du Gabon qu’est Mr Jean Ping. Et tout ira bien pour le Gabon et la France.

  3. Ulys dit :

    Les français sèment le vent, mais bé veulent pas récolter la tempête. Lol.
    Je suis aussi de cet avis @Julien, ils nous ont imposé les Bongo durant plus de 50 ans, qu’ils viennent SOUTENIR la victoire de Jean Ping en 2016. Car pour beaucoup de gabonais, nous n’avons pas tourné encore cette page.

    C’est Jean Ping ou RIEN. Surtout pas un seul Bongo encore. Qu’il s’appelle Nourredine ou Junior, nous n’en voulons pas du tout. Compris ?

    • Gérard Ngwa dit :

      Ils n’ont rien à perdre avec Jean Ping. Ni les Bongo d’ailleurs. Nous voulons l’alternance politique et c’est tout. Jean Ping est le président des gabonais. Et comme c’est elle (la France) qui impose les siens, qu’elle nous installe notre élu Jean Ping. Plus personne d’autre, et surtout pas un Bongo svp.

  4. Théodore dit :

    Je suis français et partage votre point de vu. Si seulement le Quai d’ORSAY peut vous lire et remettre de l’ordre dans ce désordre qu’il a lui même occasionné. Souhaitons. Que la paix règne en Afrique et au Gabon. Bien à vous.

    NB: j’adore votre Continent. Et je suis venu déjà à plusieurs reprises au Gabon et dans d’autres pays de l’Afrique.

    • joel dit :

      Que Dieu et… le triste Quai d’Orsay puisse LIRE votre commentaire monsieur Théodore. Et merci pour l’amour que vous portez aux africains. Ce n’est pas le cas de certains comme un certains Jean Blémont qui fait ces derniers temps de ridicules posts à vomir.

      • Théodore dit :

        c’est gentil de votre part, je vais transmettre en tant que militaire au Gabon et amoureux d’une gabonaise. Merci à votre peuple et votre président élu démocratiquement : Jean Ping.

        • KABORE MICHEL dit :

          Ou es-tu Jean Blémont ? Défend-toi stp… Vous nous reprochez d’être anti-français, OUI, nous le sommes tant que va perdurer l’hypocrisie française…

          L’AFRIQUE AUX AFRICAINS… ET SI LA FRANCE VEUT PROFITER DE NOS RESSOURCES NATURELLES, ALORS, QU’ELLE RESPECTE NOS CULTURES AFRICAINES et nos choix de présidents : au Gabon : Jean Ping, ou rien d’autre…

          • jean blémont dit :

            vous étes pathétiques!!!
            vous voulez que la france que vous haïssez, change le président actuel pour en mettre un autre aussi pourri que le premier.Vous donnez à mon pays un pouvoir qu’il n’a pas.La France profites bien du fait que ali soit au pouvoir, mais c’est bien vous qui l’y avait mis, en acceptant le résultat truqué des élections.
            quand allez vous vous prendre en main ???
            c’est pareil dans tous les états d’afrique, même la ou nous ne somme pas, en égypte ou en turquie par exemple, ou au zimbabwé, afrique du sud, angola etc….
            et dans ces pays, vous ne pouvez pas accuser la france.

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