[Tribune] Gabon : lutte contre le chômage – les vraies solutions pour prendre le taureau par les cornes
Le Gabon cumule un taux de chômage de 17,4 % et un paradoxe criant : 4 000 permis de travail accordés à des étrangers pour 120 000 diplômés sans emploi. Un an après les Assises nationales sur l’emploi, le pays reste englué dans le diagnostic, sans politique structurée ni mesures à la hauteur de l’urgence sociale. Expert en stratégies de capital humain et ancien DRH de structures privées et parapubliques, Edgard Obame Ndemezock* propose un triptyque opérationnel : maîtriser les données du marché du travail, cibler les secteurs réellement créateurs d’emplois et sortir définitivement de la logique des emplois précaires financés par l’État.

17,4 % de chômage, 35 % chez les jeunes : au Gabon, l’attente est devenue le quotidien de toute une génération. © GabonReview/Illustration IA

Edgard Obame Ndemezock, Expert en stratégies de capital humain. © D.R.
Un peu plus d’un an après les Assises nationales sur l’emploi, et un mois après la remise au ministre du Travail et de la Lutte contre le chômage de l’Enquête nationale sur l’emploi réalisée en novembre-décembre 2025 sur l’ensemble du territoire, un constat s’impose : en dehors de quelques initiatives ponctuelles, le Gabon en est encore au stade du diagnostic et de la recherche d’une structuration claire de sa politique de l’emploi.
Or, face à la bombe sociale que représente un taux de chômage de 17,4 %, dont 35 % chez les jeunes, l’urgence commande de prendre des mesures chocs et volontaristes afin de lever l’obstacle récurrent évoqué par tous : le décalage actuel entre notre système de formation et les exigences du marché du travail.
Il s’agit donc, pour favoriser l’employabilité et la montée en compétences des demandeurs d’emploi, de prendre le taureau par les cornes en mettant immédiatement en œuvre des actions concrètes sur la base d’un triptyque opérationnel clair :
1) Comprendre la situation et les évolutions du marché du travail
– Collecter des données fiables avec le travail combiné des services statistiques du ministère de la Planification et de la Prospective, du ministère du Travail, du Plein Emploi, du Dialogue social et de la Formation professionnelle, ainsi que du Pôle national pour l’emploi : les dernières dataient de 2010. Cette carence est incompréhensible. On ne gouverne pas sans chiffres à jour ni sans outils de pilotage fondés sur des indicateurs avérés.
– Identifier les déséquilibres : expliquer, par exemple, le paradoxe gabonais : 4 000 permis de travail accordés aux étrangers, selon les chiffres récents, pour 120 000 diplômés au chômage. Sans enquête sérieuse, ce dysfonctionnement reste invisible.
– Orienter les décisions publiques : réformer les programmes d’enseignement en mettant à contribution le monde universitaire et la formation professionnelle, soutenir les secteurs créateurs d’emplois, reconvertir les filières en perte de vitesse, investir massivement dans la formation professionnelle aux petits métiers.
Sans cette analyse, les mesures risquent d’être mal ciblées, inefficaces, voire contre-productives.
2) Cibler les secteurs créateurs d’emplois pour y orienter formation et investissement.
Au-delà des hydrocarbures et du secteur minier, les filières porteuses sont :
– Le bois et la transformation forestière : besoin avéré en techniciens et ouvriers qualifiés ;
– Le BTP et les infrastructures : forte demande en main-d’œuvre d’exécution et d’encadrement ;
– L’agro-industrie : levier de la politique de substitution aux importations alimentaires ;
– Les métiers de la mer : navigation, pêche, aquaculture, marine marchande, sécurité portuaire et logistique.
C’est en nous appuyant sur ce préalable indispensable que nous alignerons la formation sur les besoins réels de notre économie.
3) Sortir de la précarité pour des emplois stables et pérennes.
Nous devons concevoir des actions qui génèrent des emplois stables et l’autonomisation, non des emplois précaires ou artificiels qui disparaissent dès que l’État cesse de les financer.
Sans remettre en cause la justification de certains recrutements publics, nous devons sortir de la facilité du recrutement massif de fonctionnaires, civils et militaires, et de main-d’œuvre non permanente, car il pèse lourdement sur les finances de l’État. Or, on ne le répète jamais assez : l’État ne peut plus embaucher massivement et il est aujourd’hui en sureffectif dans plusieurs administrations. Un emploi pérenne répond à un besoin économique et sociétal réel et peut tenir sans perfusion publique.
Nous tirons la sonnette d’alarme : la lutte contre le chômage doit prendre une forme vigoureuse, avec des mesures chocs et volontaristes. Cela implique de déconstruire les modèles existants pour les reconstruire en profondeur, notamment par une réforme fondamentale de la formation professionnelle afin de créer des filières adaptées aux secteurs qui recrutent, par la régularisation de l’informel et par le soutien, via des dispositifs d’aide à l’embauche en matière bancaire, fiscale et parafiscale, par exemple les crédits d’impôts pour les PME, premiers créateurs d’emplois dans notre pays. Il faut tout aussi exercer un contrôle plus rigoureux sur le recours aux travailleurs étrangers et être fermes auprès des employeurs qui en usent et, parfois, en abusent après nous être assurés que les postes accessibles aux nationaux leur sont effectivement réservés.
L’État à lui seul ne peut gagner ce combat. Il peut néanmoins envisager un dispositif anti-chômage pour les jeunes : leur permettre de bénéficier d’une première expérience sur une durée de 2 à 3 ans, rémunérée au salaire minimum et partagée entre l’État et l’employeur. Les forces vives de la nation, notamment la Fédération des entreprises du Gabon, qu’on devrait, par des propositions, davantage entendre sur cette question, la Chambre de commerce et d’industrie, ainsi que les confédérations syndicales, doivent y être pleinement associées.
À l’instar de l’accès à l’énergie et à l’eau, de la construction de structures sanitaires sur l’ensemble du territoire, ou de l’édification d’un réseau routier et autoroutier viable, la lutte contre le chômage est un impératif. Elle exige qu’on arrête avec les demi-mesures et qu’on traduise en actes forts les préconisations des acteurs internes et externes chargés de combattre ce fléau.
Edgard OBAME NDEMEZOCK*
Expert en stratégies de capital humain.
Ancien DRH et SG de structures privées et parapubliques












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