Les résultats annoncés du recensement placent le gouvernement devant ses responsabilités : quelle politique d’immigration et quels moyens pour répondre aux besoins d’une population qui aurait presque doublé en treize ans ? Écoles, emplois, logements, contrôle des frontières : qu’a-t-il anticipé, organisé et réellement accompli ? Noël Biloghe Bi-Ndong, président d’EPG-Diaspora, réclame un bilan de l’action publique à la hauteur du bouleversement démographique annoncé. Il défend une immigration choisie, fondée sur les besoins du pays et des règles effectivement appliquées. Avec une exigence : que les étrangers ne servent pas de boucs émissaires aux défaillances de l’État.

Noël Biloghe Bi-Ndong* interpelle le gouvernement : compter la population ne dispense pas de répondre de sa politique d’immigration. (Montage) © GabonReview

 

Une population presque doublée en treize ans. Une population étrangère dont l’effectif recensé a plus que triplé. Et cette question que le gouvernement doit désormais affronter : quelle politique d’immigration pour le Gabon ?

En 2013, notre pays comptait 1 811 079 habitants. Les résultats annoncés en 2026 portent ce nombre à 3 518 621. Une augmentation d’environ 94 %. En treize ans, le Gabon aurait donc presque doublé sa population résidente.

Dans le même temps, le nombre de ressortissants étrangers résidents recensés est passé de 352 615 en 2013 à 1 200 256 en 2026, soit une augmentation de 240,4 % en treize ans. Leur part dans la population totale est ainsi passée de 19,5 % à 34,1 %. Plus d’un résident sur trois est désormais de nationalité étrangère, selon les chiffres publiés.

Que nous disent ces chiffres ? Quelles conséquences le gouvernement en tire-t-il ? Et quelles décisions prépare-t-il ?

Car un recensement engage bien davantage que la publication d’un nombre. Il doit permettre à l’État de savoir pour prévoir, de prévoir pour organiser et d’organiser pour répondre aux besoins du pays.

Où sont les écoles correspondant à cette population supplémentaire ? Où sont les structures de santé ? Dans quelles proportions les capacités de production et de distribution d’eau et d’électricité ont-elles progressé ? Qu’en est-il des logements, des transports et des emplois ?

Les capacités du pays ont-elles augmenté à la mesure du nombre de ses habitants ?

Ou demande-t-on aux populations de supporter, dans leur quotidien, les conséquences d’une évolution que les pouvoirs publics n’auraient pas suffisamment anticipée ?

Le gouvernement doit pouvoir répondre à ces questions avec la même précision qu’il annonce les résultats du recensement.

Il doit également expliquer cette évolution.

Quelle part relève du solde entre les naissances et les décès ? Quelle part tient au solde entre les entrées et les sorties du territoire ? Quelle part résulte d’un meilleur dénombrement de personnes qui vivaient déjà au Gabon ?

Cette dernière question mérite une réponse documentée, puisque la ministre de la Planification a elle-même évoqué les efforts réalisés pour mieux recenser les ressortissants étrangers, initialement réticents à participer à l’opération. Dans quelle mesure cette amélioration explique-t-elle les écarts constatés ?

Nous devons donc savoir ce que nous comparons. Une hausse des effectifs recensés ne mesure pas, à elle seule, le nombre de personnes nouvellement arrivées. Et la nationalité étrangère ne dit rien, à elle seule, de la régularité du séjour.

Cette rigueur est indispensable pour que le débat porte sur des faits établis.

Mais ces distinctions ne font pas disparaître la responsabilité politique. Elles rendent plus nécessaire encore une explication publique.

Un État doit savoir qui entre sur son territoire, pour quel motif et pour quelle durée. Il doit connaître les conditions dans lesquelles les personnes y séjournent, y travaillent et, le cas échéant, le quittent.

C’est une responsabilité élémentaire de la puissance publique.

Que révèle ce recensement de la connaissance que l’État avait de la population vivant sur son territoire ? Sur quelles bases les politiques publiques étaient-elles jusqu’ici construites ? Quels besoins avaient été sous-estimés ? Avec quelles conséquences pour les habitants ?

Et surtout : quelle maîtrise avons-nous de notre immigration ?

Qui entre au Gabon ? Pour quels motifs ? Pour quelle durée ? Selon quels critères et avec quels contrôles ?

Quels objectifs le gouvernement poursuit-il ? Entend-il agir sur les flux migratoires ? Dans quel sens, dans quels délais et avec quels résultats attendus ?

Quels moyens consacre-t-il au contrôle des frontières, à la délivrance des titres de séjour et au suivi des situations administratives ? Quel bilan peut-il présenter de leur utilisation ?

Que prévoit-il pour les personnes entrées irrégulièrement ? Quelle réponse apporte-t-il à celles qui, entrées régulièrement, se retrouvent ensuite en situation irrégulière ?

Quelles décisions sont prises en matière de séjour et d’éloignement ? Combien sont effectivement appliquées ? Qui répond des écarts entre les règles affichées et leur application ?

Et que fait l’État à l’égard des employeurs qui contournent les règles, recourent au travail dissimulé ou exploitent la précarité administrative de leurs salariés ?

Sur le terrain de l’emploi, quelles relations le gouvernement établit-il entre l’immigration, les besoins de l’économie et la situation des Gabonais qui cherchent du travail ?

Quelles compétences manquent réellement au pays ? Comment ces besoins sont-ils évalués ? Qui contrôle les conditions dans lesquelles les recrutements sont effectués ?

Lorsqu’un employeur invoque l’absence de compétences locales, qui vérifie cette affirmation ? Et que révèle cette absence, lorsqu’elle est établie, des choix de formation opérés par les pouvoirs publics ?

Quels accords encadrent les relations avec les pays d’origine ? Quelles obligations prévoient-ils ? Quel bilan le gouvernement peut-il dresser de leur application ?

Ces questions concernent l’exercice de la souveraineté et la responsabilité de ceux qui gouvernent.

L’autorité de l’État se vérifie dans sa capacité à appliquer des règles connues, avec constance, dans le respect du droit et de la dignité humaine.

Pour EPG, le Gabon doit se donner une politique d’immigration choisie.

Cela signifie identifier les besoins du pays, définir les conditions d’admission et fixer des durées de séjour adaptées aux motifs d’accueil.

Les ressortissants étrangers ne sauraient porter la responsabilité des défaillances de notre administration. C’est au gouvernement qu’il appartient de répondre de ses choix, de ses résultats et de ses insuffisances.

C’est lui qui dispose des moyens de l’État. C’est lui qui conduit la politique nationale. C’est donc à lui que les Gabonais sont fondés à demander des comptes.

Après l’annonce d’une augmentation de 94 % de la population totale et de 240,4 % du nombre d’étrangers recensés en treize ans, quelle évaluation de l’action publique nous est présentée ?

Qu’avait-on prévu ? Qu’a-t-on réalisé ? Et que peut-on aujourd’hui démontrer ?

On ne peut annoncer une transformation aussi considérable de la population et laisser sans réponse les questions qu’elle soulève sur l’avenir du pays.

Recenser, c’est compter les habitants.

Gouverner, c’est préparer les conditions dans lesquelles ils pourront vivre, travailler et construire l’avenir du pays.

Le gouvernement a présenté les chiffres du Gabon.

Quand présentera-t-il le bilan de sa politique ?

Noël BILOGHE BI-NDONG*

Président d’EPG-Diaspora

 
GR
 

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