Son retrait politique aurait été un gage attendu par les militaires pour asseoir leur pouvoir. C’est ce qu’affirme désormais Ali Bongo Ondimba, qui relie sa déclaration de septembre 2024 à sa résidence surveillée et à la détention de son épouse et de son fils. Dans une adresse aux militants du PDG, l’ancien président récuse ce renoncement et défend une ligne d’opposition.

« Tout a une limite » : Ali Bongo dénonce un retrait politique contraint et fait du PDG sa ligne rouge.© GabonReview (capture d’écran GMT)

 

«Les militaires attendaient de moi des gages pour asseoir leur maintien au pouvoir. Mon retrait de la vie politique devait en être un.» Dans une adresse, le 20 octobre, aux militants du Parti démocratique gabonais (PDG), Ali Bongo Ondimba livre sa version des circonstances qui l’ont conduit à annoncer son retrait politique en septembre 2024. Il présente cette déclaration comme une concession faite sous pression, alors que lui-même et ses proches étaient privés de liberté.

« En septembre 2024, je n’étais pas libre. J’étais en résidence surveillée. Mon épouse et mon fils étaient retenus en captivité », affirme l’ancien chef de l’État. Il invoque ensuite sa situation familiale pour expliquer sa décision : « Que peut faire un époux ? Que peut faire un père ? Ces mots, je les ai prononcés dans ces circonstances-là, c’est-à-dire sous la contrainte. »

Un renoncement qu’il récuse désormais

Ali Bongo ne décrit pas de négociation précise ni ne nomme les responsables qui auraient exigé ce retrait. Mais il établit explicitement un lien entre la pression qu’il dit avoir subie, la détention de ses proches et les gages politiques attendus par les militaires.

« Aujourd’hui je suis libre, et ma parole aussi », poursuit-il, avant de déclarer : « Je ne renonce pas à la vie politique. » Il invoque son statut d’ancien président de la République et ses responsabilités envers le pays et son parti pour justifier sa prise de parole. « Que nul ne compte sur mon silence ou sur mon retrait, pour faire ce qu’il veut de ce pays, ou disposer du parti. Mon devoir n’est pas terminé. »

Il répond également aux militants qui avaient vécu son silence comme un abandon : « Le contexte m’empêchait de parler, et je vous dirai pourquoi » Une adresse à la nation est annoncée « dans les tout prochains jours ».

Le retrait de septembre au cœur du conflit au PDG

Cette explication sert aussi sa contestation de la direction actuelle du PDG. Ali Bongo reproche aux responsables du parti d’avoir invoqué sa déclaration de septembre 2024 pour justifier des décisions remontant au mois de mars précédent.

Selon son récit, la rencontre du 7 mars 2024 à sa résidence devait permettre d’assurer la continuité du parti, sans remettre en cause sa présidence. « Je n’avais ni démissionné, ni autorisé une direction en dehors de nos règles », soutient-il.

Il affirme avoir adressé une mise en demeure aux dirigeants actuels, puis invité Blaise Louembé et deux camarades à Paris pour rechercher une sortie de crise. « Ils ne sont pas venus. Ils n’ont pas répondu à mon appel », déclare-t-il. Il revendique la conduite d’une réorganisation transitoire et appelle les militants à ne pas cautionner « un congrès unilatéral ».

L’opposition comme cap, le parti comme limite

Sur l’orientation politique, Ali Bongo défend une rupture avec le soutien au pouvoir : « Nous avons perdu le pouvoir. Notre place est donc logiquement dans l’opposition. » Il précise que le congrès décidera de l’orientation du parti, mais défend déjà une ligne d’indépendance : « Le PDG ne sera la béquille de personne. Ni alliance de façade, ni fusion, ni absorption. »

L’ancien président explique également pourquoi il n’a pas résisté au coup d’État : « Je n’ai pas voulu que le sang des Gabonais coule pour une affaire de pouvoir. » Une retenue qu’il oppose à sa détermination à défendre son parti : « Mais ma patience n’est pas de la faiblesse. Tout a une limite. Cette limite, c’est le Parti Démocratique Gabonais. »

Aux acteurs extérieurs qu’il accuse de vouloir contrôler le PDG, il adresse un avertissement : « Je n’ai pas réagi au coup d’État. Je ne laisserai personne s’emparer du PDG. Arrêtez-vous là. » Il se dit prêt à « tous les sacrifices », en précisant : « par toutes les voies que la loi et la démocratie nous ouvrent ». Son retrait récusé, Ali Bongo entend désormais faire de sa parole retrouvée un instrument de reconquête politique.

 
GR
 

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