Cette année 2026-2027, l’Université Omar Bongo pourrait accueillir un afflux inédit d’étudiants, dans un contexte marqué par la saturation des amphithéâtres, l’insuffisance des infrastructures et les difficultés financières. Alors que les préinscriptions ont été lancées et que les inscriptions administratives doivent débuter en septembre, le SNEC-UOB propose de porter les frais d’inscription entre 50 000 et 100 000 francs CFA afin de renforcer les ressources de l’établissement, sous réserve d’une gestion transparente et de mesures de soutien aux étudiants défavorisés.

Mathurin Ovono Ebè, le président du SNEC-UOB. © D.R.

 

À quelques semaines de la rentrée universitaire 2026-2027, à travers un communiqué signé de son président, Mathurin Ovono Ebè, le Syndicat national des enseignants-chercheurs de l’Université Omar Bongo (SNEC-UOB) lance un débat de fond sur le financement de l’établissement. Face à la hausse attendue des effectifs et à l’insuffisance des infrastructures, le syndicat propose notamment une augmentation des frais d’inscription, assortie de garanties de transparence et de mesures sociales. « L’heure n’est plus aux demi-mesures, mais à l’action d’urgence », estime le syndicat qui tire la sonnette d’alarme. Selon le SNEC-UOB, l’université qui accueille déjà 18 000 étudiants pour seulement 8 000 places assises, soit un taux d’occupation de 225%, pourrait dépasser les 30 000 inscrits.

Face au choc démographique

La situation pourrait, pour ainsi dire, devenir plus critique à la rentrée, avec l’arrivée de 15 000 nouveaux bacheliers et le retour annoncé d’une partie des étudiants gabonais inscrits en France. Le syndicat estime donc indispensable de revoir le modèle de financement de l’université. Dans ce contexte, le SNEC-UOB estime que l’UOB ne peut plus dépendre exclusivement des dotations publiques. Le syndicat propose donc un « alignement tarifaire sur le plancher CEMAC », avec des frais d’inscription compris entre 50 000 et 100 000 francs CFA. En retenant une moyenne de 70 000 francs CFA pour 30 000 étudiants, cette mesure pourrait générer environ 2,1 milliards de francs CFA de recettes.

Pour le SNEC-UOB, cette enveloppe représenterait plus de 55% du budget actuel de l’UOB et permettrait de dégager un apport supplémentaire net de plus d’un milliard de francs CFA. La réforme proposée vise à donner à l’université des ressources propres pour financer directement les besoins prioritaires : la construction et la réfection des amphithéâtres, l’équipement des laboratoires et le fonctionnement de l’établissement. Mais le syndicat assure que cette hausse ne doit pas se faire sans garanties. « Chaque franc issu des inscriptions des étudiants doit faire l’objet d’une traçabilité absolue », souligne le syndicat pour qui les fonds seraient versés dans un compte d’affectation spéciale géré par le Conseil d’administration.

Quid l’avenir de la proposition ?

Il propose que 75% des recettes soient consacrées aux infrastructures et aux laboratoires, contre 25% pour les dépenses de fonctionnement de l’institution. Cette réforme ne pourrait toutefois, selon le syndicat, s’appliquer sans protection pour les étudiants issus des familles modestes. Le SNEC-UOB propose parallèlement la mise en place de bourses fondées sur des critères sociaux pour compenser l’augmentation des frais. Le SNEC-UOB suggère également la création de filières d’excellence payantes, directement financées par de grandes entreprises. La proposition du SNEC-UOB intervient dans un contexte de forte tension sur les capacités d’accueil.

Selon le syndicat, aucun nouveau bâtiment n’a été construit sur le campus depuis 1995, tandis qu’un bloc pédagogico-administratif financé à hauteur de 3 milliards de francs CFA est à l’arrêt. Le SNEC-UOB demande un audit de ce chantier et réclame sa livraison dès septembre 2026, avec 800 places supplémentaires à la clé. Au-delà des frais d’inscription, le SNEC-UOB plaide pour une diversification des revenus : ouverture d’un compte dans une banque commerciale, mobilisation du mécénat, valorisation des espaces du campus et réalisation d’études et d’audits pour le compte de l’État.

« Le redressement de l’Université Omar Bongo ne se fera pas avec des solutions de court terme », prévient le syndicat. La question reste désormais de savoir si le gouvernement acceptera d’ouvrir un dialogue sur cette refonte du modèle économique de l’université, alors que la réforme de la Fonction publique suscite déjà des débats sur le remplacement de l’avancement automatique par une progression fondée sur le mérite.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Gayo dit :

    Depuis longtemps, l’attribution des bourses aurait dû tenir compte de critères sociaux concrets, en plus du mérite académique. L’État ne peut pas, de manière pérenne, financer de la même manière les études de tous, indépendamment des ressources des familles, surtout lorsque les besoins sont immenses dans l’ensemble du système éducatif.

    Il faut aussi reconnaître une injustice qui a longtemps existé : ceux qui ont parfois le plus bénéficié des bourses les plus coûteuses, notamment vers des destinations comme le Canada ou les États-Unis, sont précisément les enfants des familles les plus favorisées, y compris ceux de hauts responsables, alors qu’ils étaient souvent les moins dépendants de l’aide de l’État pour poursuivre leurs études.

    À l’inverse, les enfants issus de familles modestes subissent une double pénalisation. Ils ont souvent moins accès aux meilleurs établissements, au meilleur encadrement et aux conditions nécessaires pour exceller et décrocher une bourse au mérite. Et lorsqu’ils réussissent malgré tout, l’absence de moyens financiers peut encore les empêcher de poursuivre leurs études.

    Si notre pays veut désormais miser sur les meilleurs et non sur les plus chanceux, la réforme des bourses doit permettre aux enfants les plus méritants d’avoir les mêmes chances de réussir, quelle que soit leur origine sociale. À l’ère de la biométrie et de la numérisation de l’administration, il devrait être beaucoup plus facile de vérifier la situation réelle des familles et de faire en sorte que l’aide publique soit prioritairement orientée vers ceux qui en ont réellement besoin.

    La pauvreté ne devrait jamais devenir la première cause d’échec ou d’abandon scolaire au Gabon. Faute de réforme, les inégalités continueront de se creuser et l’ascenseur social fonctionnera de moins en moins, au moment même où l’État éprouve de plus en plus de difficultés à garantir une scolarité réellement gratuite pour tous, des transports scolaires accessibles et d’autres services qui permettaient autrefois de réduire les écarts entre les familles.

    Une politique de bourses juste ne consiste donc pas seulement à récompenser les meilleurs résultats : elle doit aussi veiller à ce que le talent d’un enfant pauvre ait autant de chances d’être développé que celui d’un enfant né dans une famille aisée.

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