Voyager en Cemac : les questions que soulèvent les expulsions en Guinée équatoriale
Franchir une frontière sans visa : la promesse communautaire suffit-elle à sécuriser un séjour ? Une vague d’expulsions, rapportée par Jeune Afrique, en Guinée équatoriale remet cette question au premier plan. Aucun cas gabonais n’est identifié, mais les difficultés décrites interrogent les garanties offertes aux ressortissants de la Cemac.

Si la frontière est indiquée, les garanties de séjour le sont moins : les expulsions en Guinée équatoriale mettent à l’épreuve la promesse de libre circulation en Cemac. Photo d’illustration. © euronews.com
Depuis le 11 septembre, les forces de sécurité équato-guinéennes mènent une campagne de contrôle des documents d’identité des étrangers, rapporte Jeune Afrique dans un article signé Yves Plumey Bobo, publié le 2 octobre. Selon une source diplomatique interrogée par le journal, les opérations concernent aussi bien la partie continentale que la partie insulaire du pays. Des personnes interpellées sont détenues à Bata et à Malabo dans l’attente de leur expulsion. Des éloignements ont déjà été exécutés par voies terrestre, maritime et aérienne.
Les Camerounais figurent en première ligne. Selon les informations de notre confrère, certains seraient en instance d’expulsion alors que leurs papiers étaient en règle. Le média panafricain ne précise toutefois pas la nature des documents concernés ni la situation administrative détaillée des intéressés. De même, il ne mentionne aucun ressortissant gabonais parmi les personnes arrêtées ou expulsées. Cette absence ne permet ni de confirmer des cas gabonais ni de garantir qu’il n’en existe pas.
Entrer sans visa, mais justifier son séjour
Au cœur du dossier se trouve l’application de la libre circulation. Il se trouve, en effet, que la Guinée équatoriale a entériné, en 2017, la suppression des visas pour les ressortissants de la Cemac munis d’un passeport biométrique, pour des séjours ne dépassant pas trois mois. Le Gabon appartient à ce même espace communautaire.
La difficulté décrite porte sur la vérification de cette durée. Un diplomate de la Cemac cité par le journal estime que Malabo n’a pas mis en place le dispositif nécessaire pour encadrer l’attribution et le contrôle des titres de séjour. Selon lui, les expulsions viseraient prioritairement des personnes considérées comme ayant dépassé les 90 jours autorisés, sans pouvoir faire valoir leur situation.
« Cela revient à sanctionner une irrégularité que Malabo a elle-même fabriquée », dénonce la source. Une appréciation sévère, qui demeure celle du diplomate : l’article ne présente pas d’examen exhaustif de la réglementation équato-guinéenne permettant d’établir le « vide juridique » invoqué. Sollicitées par Jeune Afrique, les autorités n’ont pas souhaité réagir.
Les questions qui concernent aussi les Gabonais
Pour les voyageurs gabonais, l’enjeu mérite donc des réponses précises. Comment la date d’entrée est-elle enregistrée ? Quels documents permettent de justifier la durée du séjour ? Quelles démarches accomplir pour le prolonger ? Et comment contester une décision d’éloignement lorsque sa situation est disputée ?
Sur le plan consulaire, une autre question reste ouverte : la représentation gabonaise a-t-elle reçu des signalements liés à cette campagne ?
L’affaire dépasse ainsi le seul décompte des nationalités touchées. Elle pose une question pratique à l’espace communautaire : comment rendre les conditions de séjour suffisamment claires, accessibles et vérifiables pour les voyageurs comme pour les administrations ? La libre circulation se mesure aussi à la possibilité, une fois la frontière franchie, de faire reconnaître ses droits.
















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