Afrique centrale : l’alerte discrète d’Abdou Abarry sur une stabilité « en équilibre précaire »
Présentant son dernier rapport au Conseil de sécurité, l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Afrique centrale, Abdou Abarry, a dressé un bilan contrasté d’une région où la stabilité demeure apparente mais fragile. Entre transitions politiques inachevées, pressions humanitaires et menaces sécuritaires persistantes, il appelle à un engagement international renforcé pour éviter que la ligne de crête ne cède.

Présentant son dernier rapport au Conseil de sécurité, l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Afrique centrale, Abdou Abarry, a dressé un bilan contrasté d’une région où la stabilité demeure apparente mais fragile. © D.R.
Le 11 décembre 2025, le Représentant spécial et Chef de l’UNOCA, était face aux membres du Conseil de sécurité à l’occasion de la présentation du 29e rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la situation en Afrique centrale et sur les activités du bureau dont il a la charge. Devant les membres du Conseil de sécurité, Abdou Abarry a reconnu que « la stabilité demeure globalement de mise en Afrique centrale », tout en soulignant qu’elle repose sur une dynamique « de plus en plus fragile ». La fin des transitions politiques au Tchad et au Gabon n’a pas dissipé les tensions profondes, tandis que les crises au Soudan et dans le bassin du lac Tchad continuent de déborder sur les pays voisins. « Les évolutions récentes ne doivent pas masquer les vulnérabilités qui persistent », a-t-il averti.
Tchad : une transition close, un fardeau humanitaire ouvert
Au Tchad, les autorités misent sur un nouveau départ appuyé par un « ambitieux programme de développement national ». Mais le pays demeure en première ligne de la crise humanitaire soudanaise. Depuis 2023, « plus de 1,2 million de personnes ont franchi la frontière », a rappelé l’envoyé spécial de l’ONU pour l’Afrique centrale, saluant « l’hospitalité et la générosité remarquables » du peuple tchadien. La récente chute d’El Fasher a encore entraîné l’arrivée de 13 000 réfugiés supplémentaires, dans un contexte où « l’insécurité alimentaire est très préoccupante » et où le plan de réponse 2025 n’est financé qu’à 25 %.
Gabon, Cameroun, RCA : transitions, tensions et exigences démocratiques

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Au Gabon, l’élection du président de la Cour constitutionnelle et la prestation des serments des futurs membres constitutionnels, prévue fin décembre doit clore la transition ouverte après le coup d’État de 2023. « À la fin de cette année, il n’y aura plus de transition politique en cours en Afrique centrale », s’est félicité M. Abarry, tout en plaidant pour « une gouvernance plus inclusive » à Libreville. Au Cameroun, il a salué un scrutin présidentiel « calme », mais regretté les violences post-électorales et la mort en détention de l’opposant Anicet Ekane, suscitant « la vive préoccupation » du Secrétaire général. En République centrafricaine, il s’est réjoui d’un « remarquable relèvement », malgré une fragilité persistante des acquis sécuritaires.
Menaces sécuritaires persistantes dans le bassin du lac Tchad
La région reste également exposée à la menace djihadiste, notamment dans le bassin du lac Tchad où les groupes affiliés à Boko Haram « continuent de démontrer leur capacité à s’adapter ». Une réalité que M. Abarry dit avoir constatée sur le terrain : « Cette détresse humaine porte malheureusement le visage de femmes et d’enfants. » Les violences récurrentes maintiennent sous pression les communautés les plus vulnérables du Niger, du Cameroun et du Tchad, et limitent les effets des initiatives nationales de stabilisation.
L’ONU sous contrainte et un appel direct au Conseil
Abdou Abarry a par ailleurs exprimé une inquiétude plus structurelle : la réduction des capacités mêmes de l’ONU dans la région. « La réduction de 20 % de notre personnel et les restrictions de déplacement entravent sérieusement notre capacité à mener nos bons offices », a-t-il prévenu. Tout en saluant les efforts de la CEEAC, il a insisté sur les limites de l’action régionale sans soutien international accru. Et de conclure : « Le Bureau régional pour l’Afrique centrale continuera la mise en œuvre de son important mandat, pour une Afrique centrale de paix, de stabilité et de prospérité. Il appartient désormais au Conseil de nous en donner les moyens. »













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