Sortie médiatique de Sylvia Bongo : la justice dans le box des accusés
Revenant sur les vingt mois passés en détention, l’ancienne première dame a affirmé avoir été torturée. S’il faut se pencher sur l’Etat de droit, il faut aussi surtout questionner les pratiques en vigueur.

La sortie médiatique de Sylvia Bongo Ondimba a agi comme un révélateur. En soulignant les erreurs des uns, elle a pointé les manquements des autres. Ce faisant, elle a dénudé un pays toujours prisonnier de son passé. © france24.com
Sans user d’un qualificatif facile, on peut parler de moment kafkaïen. Vendredi 6 mars, Sylvia Bongo s’est exprimée chez nos confrères de France 24. Revenant sur les vingt mois passés en détention, l’ancienne première dame a affirmé avoir été torturée aux côtés de son fils, Noureddin Bongo Valentin, ravivant des souvenirs peu glorieux. S’il faut démêler le vrai du faux dans ce récit personnel, il faut aussi se pencher sur l’Etat de droit. S’il faut s’intéresser au traitement réservé aux figures de proue du régime déchu, il faut aussi, et surtout, questionner les pratiques en vigueur. Concrètement, il ne faut pas avoir peur d’envoyer la justice dans le box des accusés. Est-elle à l’abri de toute pression ? Applique-t-elle la loi sans se laisser influencer par le statut social ? Respecte-t-elle réellement les droits de la défense ?
Trouble dans les esprits
Sans légitimer d’éventuels abus, il faut rappeler le contexte. Pendant de longues années, Sylvia Bongo et son fils ont bénéficié des errements de la justice. Durant les cinq dernières années du second mandat d’Ali Bongo, ils étaient présentés comme les marionnettistes, les véritables détenteurs de l’ensemble des pouvoirs. En août 2022, lors du procès de l’opération Scorpion, leurs noms furent abondamment cités. Jamais les juges n’eurent le courage de les inviter à comparaître ou, tout au moins, à déposer. Pourtant, on parlait alors de loi du plus fort, de règlements de comptes, de vengeance et d’affaires instruites à la tête du client. On évoquait aussi des vices de procédure, des violations de la loi et des allégeances peu conformes aux normes démocratiques. Au lendemain du 30 août 2023, les nouvelles autorités firent du «renforcement de l’indépendance de la justice» une priorité cardinale. À l’évidence, il s’agissait d’une réponse aux abus observés jusque-là.
Malheureusement, la Transition n’a pas traduit cet engagement en actes. Comme si la loi pouvait s’appliquer de manière différenciée, les condamnés de l’Opération Scorpion recouvrèrent la liberté les uns après les autres, parfois sans motivation juridique officielle. Pas du goût de tout le monde, ces décisions suscitèrent du trouble dans les esprits. De nombreux observateurs se demandèrent alors pourquoi Sylvia Bongo n’avait jamais été confrontée à ses dénonciateurs. Le face-à-face avec Brice Laccruche Alihanga ? En l’absence de Noureddin Bongo Valentin, il fut jugé anecdotique. Presque distractif. À maints égards, il fut perçu comme un acte de légitimation a posteriori, l’épouse et le fils aîné d’Ali Bongo n’ayant jamais été entendus pour l’ensemble de leurs méfaits supposés, en particulier ceux attribués à la tristement célèbre Young team. Dès lors, comment s’étonner de leur exfiltration, le 16 mai dernier, suite à une médiation de l’Union africaine (UA) ?
Attentisme et lâcheté
Depuis quelques jours, zélateurs du pouvoir en place et nostalgiques du régime déchu se livrent à une bataille des récits. Mais ils évitent soigneusement la question de fond : comment en est-on arrivé là ? Pourquoi a-t-il fallu attendre près de deux ans et l’exfiltration des accusés pour organiser un procès par contumace ? Pourquoi avoir parlé de «liberté provisoire» pour des personnes notoirement sous la protection d’une puissance étrangère ? Après tout, «nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude». Mieux encore, un Etat ne peut fonctionner correctement si ses institutions renoncent à leurs responsabilités. De ces moments d’égarement, beaucoup se sont pourtant accommodés. Certains par loyauté. D’autres par opportunisme. D’autres encore par prudence. Au final, le Gabon semble condamné à naviguer en eaux troubles dans ce micmac judiciaire. Pour tout dire, la sortie médiatique de Sylvia Bongo Ondimba a agi comme un révélateur. En soulignant les erreurs des uns, elle a pointé les manquements des autres. Ce faisant, elle a dénudé un pays toujours prisonnier de son passé.
Sauf à se laisser gouverner par l’instant, le gouvernement ne gagne rien à réagir de manière quasi-pavlovienne. Ni les dénégations du ministre de la Communication ni les menaces à l’encontre de France 24 ne feront taire Sylvia Bongo et son fils. Comme ils ont déjà eu à le dire, ils n’hésiteront jamais à se «défendre sur la place publique, preuves à l’appui». Une fois encore, il faut rappeler le contexte. Dans ce dossier, les cours et tribunaux ont brillé par leur attentisme voire leur lâcheté. Pendant près de deux ans, ils ont attendu on ne sait quoi. Du coup, la raison d’Etat et les considérations diplomatiques ont pris le pas sur l’exigence de vérité et de justice. D’où l’assurance affichée par l’ancienne première dame et son fils. Si le pouvoir veut solder les comptes, deux options s’offrent désormais à lui : la coopération judiciaire ou la mise en place d’un mécanisme de justice transitionnelle. Autrement, l’histoire pourrait bien se répéter, un jour ou l’autre.













9 Commentaires
Que les criminels corrompus, voleurs, menteurs soient jugés par le TRIBUNAL PENAL INTERNACIONAL.
Jean-Jacques pleure le sort de ses maîtres. Le coup d’État et la transition relevaient de circonstances exceptionnelles : tout le pays était privé de liberté sous le couvre-feu. Sans chercher à justifier l’injustice, je reste réaliste : on ne renverse pas un pouvoir aussi corrompu sans dommages collatéraux. Il était d’ailleurs particulièrement difficile pour les autorités de transition d’empêcher immédiatement ce type de traitement, puisqu’elles s’appuyaient sur des militaires issus d’un système qui avait érigé ces comportements en véritable culture. Or, une telle culture ne pouvait pas disparaître en quelques jours, sous la seule pression d’un changement de régime imposé par la force. Sylvai sait qu’elle n’a pas connu le niveau de torture subi par Zibi, Alihanga et ses Bla boys.
En revanche, ce qui est beaucoup moins tolérable, c’est que ces pratiques iniques se poursuivent après l’apaisement de la transition et la consolidation d’un pouvoir pourtant bien plus populaire que celui des Bongo. Privé de véritable soutien populaire, ce dernier ne survivait que par la violence, l’intimidation, le harcèlement, la torture, la corruption, le clientélisme et l’usage de la terreur.
@Gayo. Toujours aux confins du kounabelisme. Pourquoi elle et pas Ali Bongo lui-même ? Pourquoi elle et pas ses suppôts dont certains sont au gouvernement aujourd’hui ? Qui l’a laissée partir du Gabon ? Si elle a causé tant de torts, pourquoi l’avoir laissé partir… Quant à Zibi et Laccruche, vous êtes libres de croire qu’ils ont cause moins de torts qu’elle. Retenez que Zibi lui-même à affirmé qu’il se trouvait dans l’hélicoptère avec Ali Bongo le jour où Mboulou Beka fut tué… Mais le kounabelisme obstrué le cerveau
@Fiona Fiona, vous réagissez davantage avec l’émotion qu’avec une lecture lucide des réalités politiques. Votre raisonnement me semble naïf, et surtout difficile à suivre. On a du mal à comprendre si vous soutenez que, puisqu’Ali Bongo n’a pas eu à répondre de ses actes, Sylvia devrait bénéficier de la même impunité, ou si vous réclamez simplement pour eux le même traitement.
Je vais donc répondre à votre question, “Pourquoi pas Ali ?”
Tout simplement parce que ce sont Ali Bongo et son père qui ont façonné le système dont Oligui est issu. Il peut donc y avoir, de sa part, une forme de loyauté, de reconnaissance, ou au minimum des considérations politiques et familiales. D’ailleurs, vous avez certainement entendu dans la vidéo de Nourredine qu’Oligui lui-même parle d’une “histoire de famille”.
Nous ne vivons pas dans un monde idéal, mais dans le monde réel, où des dictateurs échappent parfois à la justice. Pourquoi ? Parce qu’ils bénéficient d’appuis puissants, de protections diplomatiques, et de rapports de force qui dépassent souvent le simple cadre du droit. On se souvient par exemple que le président angolais, alors à la tête de l’Union africaine, s’était opposé à ce changement de régime et avait exercé des pressions pour leur exfiltration. La France aussi a très probablement joué un rôle dans ces équilibres.
La réalité politique et la raison d’État imposent souvent des contraintes qui font que, dans la vraie vie, la loi ne s’applique pas toujours de manière égale à tous. Ce n’est pas moralement satisfaisant, mais c’est ainsi que fonctionnent bien des régimes et des transitions politiques.
J’ose espérer qu’un jour Ali Bongo devra lui aussi répondre de ses actes, peut-être lorsque la Cinquième République sera réellement consolidée et que le pouvoir appartiendra enfin au peuple.
!@Gayo. Donc c’est Oligui qui décide de qui répond de ses actes ou pas ? C’est lui qui dit qui est responsable de quoi ? C’est lui la justice… Merci pour cet aveu… Pour le reste, vous êtes libre de prendre les libertés que vous voulez…
@Fiona Fiona
Le Gabon n’est pas sur une autre planète avec la bombe nucléaire que la Corée du Nord. C’est aux Gabonais de faire leur part pour contraindre Oligui, ainsi que les alliés africains et occidentaux d’Ali Bongo, à accepter sa mise en accusation. Le plus difficile est fait: le faire partir. La réalité, c’est que cette question peut dépasser Oligui seul, mais elle peut aussi avancer rapidement si nous, Gabonais, agissons avec lucidité et détermination. Et cela ne se fera certainement pas en perdant du temps à comparer le traitement d’Ali Bongo à celui de Sylvia.
Une question, @Fiona Fiona. Que pensez-vous qu’on peut faire pour que les documents détenus par la France sur le bombardement du QG de Jean Ping en 2016 soient libérés ? On attend la justice gabonaise ou Oligui dont on connaît les limites?
@Fiona Fiona vous en etes encore à vouloir obstinément faire prospérer «la croisière s’amuse», avec à la manœuvre celle qui aura fait partager ne plus se prénommer «Sylvia », ayant notamment à ses côtés son rejeton adoptif « nourredin », la seule « pseudo 1ère dame » qui s’est illustrée dans la Voie lactée mieux lotie que celle de la 1ère puissance du monde, les États-Unis, l’hexagone dont elle est par ailleurs citoyenne comptant alors pour les clopinettes, par la jouissance par elle d’un aéronef dédié pour ses villégiatures, où apparaissent en priorité des excursions à travers la planète terre à la charge du contribuable, à l’affût des défilés de modes aux fins de s’offrir les toilettes les plus chères cotées, et sans doute selon ses critères à elle, les meilleures du lot, pendant ce temps, mes tantes qui vivent aux lieu-dits Makongonio et Meyo-kie au sud-ouest et nord-ouest du Gabon, ne peuvent bénéficier de leur statut d’indigente de la Cnamgs auprès des officines pharmaceutiques du coin pour s’approvisionner en « comprimés » au motif argué, entre autres, ainsi que l’a fait savoir Bille Alain, que « les gabonais vivent au dessus de leurs moyens ».
Je tais volontairement le destin réservé aux rejetons de ceux « qui vivent au dessus de leurs moyens », suite à la suppression des bourses, ainsi réduits à « tuer le temps » en s’enivrant de « cobolo » et autres mixtures de même nature acquis grâce aux rapines développées comme points de chute au détriment de la construction de leur avenir , pour ne pas dire l’avenir du Gabon renvoyé aux calendes grecques
@Fiona Fiona, vos précédentes rhétoriques me portaient à considérer que vous valiez largement le jeune homme Bille Alain dont les faits d’armes, en sa qualité de premier ministron d’un pouvoir usurpé, octroyé comme tout le monde le sait par un nommé Sarkozy convaincu de délinquance du côté des bords de la Seine, sont appelés pendant quelques années encore à mobiliser les moyens disponibles pour sortir le pays des abysses, au détriment du développement véritable très largement attendu
@Fiona Fiona, non non et non comme suggéré par Bille Alain, Nguema Mwane Bizima n’a aucunement besoin de « FABRIQUER » d’autres gabonaises et gabonais pour substituer celles et ceux déployés par la « croisière s’amuse » que vous voudrez voir perpétuer
Ce sont et ce seraient les mêmes compatriotes qui ont servi hier comme « préfets, gouverneurs… », formatés en revanche avec un logiciel revisité, que le Gabon va poursuivre sa marche, sereine cette fois-ci, vers le développement, avec toutes ses filles et tous ses fils qui y sont disposés.
Le logiciel comprend notamment la constitution, élaborée pour la toute première fois par les compatriotes courant 2024, en lieu et place de celui « prêt à consommer » pour servir et soutenir l’hégémonisme de « la gaule sauce Foccart », apprêté jusqu’alors par le constitutionnaliste français Guy Carcassonne décédé dans son exil au Togo.
Oui, la constitution a vocation à être revisitée comme dans toutes les démocraties, pour les besoins de développement et non pour perpétuer un pouvoir, a l’instar des funestes initiatives du très déviant Billie Alain, materné au « juridisme »pour soutenir entre autres que « la transition n’est pas une disposition constitutionnelle » ou pour se soustraire du contrôle, par une institution républicaine, des ressources mobilisées aux fins de se présenter à l’élection présidentielle qui n’est pas une « invention » ou un « acte » qu’il aurait hérité de ses géniteurs…pour en faire « à sa tête » comme un « enfant gâté…sans éducation »
@Fiona Fiona je parie fort que vous valez bien mieux que ces errements de Billie Alain, pour ne point citer celle qui ne se prénomme plus Sylvia, et dont le calamiteux règne, sur tous les plans, est appelé à mobiliser pour bien longtemps encore et ce au titre de réparation-correction, les ressources de notre pays.
@Mone fam. On ne just8fie pas une atrocité par une autre. On ne lave pas une faute par une autre. Le reste est de la lâcheté ou de l’obangame bon marche