Le Maroc a été déclaré vainqueur sur tapis vert, deux mois après la fin de la compétition. Cette affaire ne sert ni les intérêts du football ni ceux du sport. Ni la Caf ni l’Afrique n’en sortent grandis.

La décision de la Caf ravive le souvenir de 1976, quand l’équipe du Maroc avait quitté le terrain face à la Guinée. À demi-mot, l’opinion publique africaine accuse la Caf de partialité et le Maroc de condescendance, doublée de manquement au fair-play. [Scène de la finale, le 18 janvier 2026, à Rabat, au Maroc] © Nofi

 

La Confédération africaine de football (Caf) vient de sombrer dans les abysses du déshonneur. Et la Coupe d’Afrique des nations (Can) dans les abîmes du discrédit. En date du 17 mars 2026, la commission d’appel de la Caf a déclaré le Sénégal forfait pour la finale de la 35è édition de la plus prestigieuse compétition sportive du continent. Autrement dit, le Maroc a été déclaré vainqueur… deux mois après la fin de la compétition. Si les choses en restent là, le royaume chérifien sera le premier pays à s’octroyer une victoire d’envergure sur tapis vert, après avoir été défait sur le terrain. Un précédent lourd. Très lourd de sens. Dès lors, on ne peut se satisfaire d’une simple exégèse des textes. Ce serait faire dans le juridisme, cette tendance à privilégier la règle formelle au détriment du contexte, de l’équité et du bon sens. Ce serait aussi ignorer l’onde de choc provoquée par cette décision.

Réformer la Caf, repenser la Can

Peu importent les arguties juridiques, cette affaire ne sert ni les intérêts du football ni ceux du sport.  Nonobstant les circonvolutions rhétoriques, ni la Caf ni le Maroc ni l’Afrique n’en sortent grandis. Certes, pour contester un pénalty, l’essentiel de l’équipe du Sénégal avait quitté l’aire de jeu avant d’y retourner. Certes, l’article 82 du règlement de la Can dispose : «Si, pour n’importe quelle raison, une équipe (…) quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante.» Certes encore, l’article 84 se veut plus précis : «L’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclue de la compétition. Elle perd le match 3-0.» Mais peut-on se contenter de le répéter ? Rien n’est moins sûr. Logiquement, cette décision conduit à un réexamen du déroulement du match. Et, au-delà, de l’ensemble de la compétition. Ravivant des souvenirs peu glorieux, elle jette une ombre sur le palmarès de la compétition, tout en éclairant d’un jour nouveau les relations entre le Maroc et le Caf.

Evénement sportif, la Can ne peut pas se solder par bataille juridique. Censée valoriser le talent des footballeurs, elle ne doit être prise en otage par dirigeants retors ou indifférents aux exigences éthiques. Elle ne doit pas davantage être travestie en lutte d’influence entre fédérations. Encore moins en affrontement diplomatique entre Etats.  Or, ce risque pointe à l’horizon. Au train où vont les choses, la Caf pourrait perdre toute autorité, apparaissant moins comme une instance souveraine et plus comme un relais de Fédération internationale de football association (Fifa). Quant à la Can, elle pourrait être confrontée à des boycotts, voire à des initiatives de toute autre nature. Pour prévenir une telle fragmentation, il faut engager une réflexion de fond. S’il faut réformer la Caf, il faut repenser la Can. Il faut aussi se mettre au clair sur le statut du pays-hôte, au lieu de lui accorder une prime sans avoir l’honnêteté de l’assumer.

Un avant et un après-17 mars

Ni la Fédération sénégalaise de football ni l’opinion publique africaine ne nient les événements malheureux survenus lors de la finale. Elles ne contestent pas non plus les textes. Mais elles refusent une lecture tronquée. Elles invitent à tenir compte du contexte, à introduire de la nuance. Refusant de céder au juridisme, elles plaident pour un jugement circonstancié. A demi-mot, elles accusent la Caf de partialité et le Maroc de condescendance, doublée de manquement au fair-play. Pour étayer cette position, d’aucuns rappellent les événements de 2015, quand le royaume chérifien demanda le report de la compétition en raison de l’épidémie Ebola, la Guinée équatoriale se proposant en urgence d’accueillir la compétition pour «sauver» l’honneur de la Caf. D’autres ravivent le souvenir de 1976, quand l’équipe du Maroc avait quitté le terrain face à la Guinée. Ces précédents ne légitiment rien. Mais ils interrogent. En tout cas, ils auraient dû inciter les parties à plus de retenue, à moins d’intransigeance.

La commission d’appel de la Caf a tranché. Mais l’affaire est loin d’être close. Bien au contraire. Elle commence à peine. Une bataille juridique s’annonce. Une confrontation diplomatique aussi, les Etats ne pouvant rester spectateurs. Déjà, les opinions publiques sont chauffées à blanc. Sur les réseaux sociaux, certains appellent à un retrait pur et simple du Sénégal, voire des pays subsahariens, de la Caf. D’autres suggèrent la création d’une fédération et d’une compétition propres au Maghreb. En avait-on besoin ? A qui profite ce capharnaüm ?  Peu importe la suite, il y aura fatalement un avant et un après-17 mars. Et la Caf ne pourra nier avoir trop longtemps joué avec le feu.

 
GR
 

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