Liberté de la presse au Gabon : l’APIC dresse un bilan critique et tire la sonnette d’alarme
Suspensions des réseaux sociaux, nouvelles contraintes légales et arrestations de journalistes : l’Association des professionnels de l’information et de la communication du Gabon (APIC Gabon) met en garde contre un recul des libertés fondamentales au Gabon.

Des professionnels de la presse gabonaise, le 2 mai 2026. © D.R.
À l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, l’Association des professionnels de l’information et de la communication du Gabon (APIC Gabon) a réuni à Libreville journalistes, communicants et étudiants pour un diagnostic sans complaisance de l’état de la profession.
D’entrée de jeu, le président de l’association, Abel Eyeghe Ekoré, a donné le ton. «La paix durable ne peut exister sans une information libre, indépendante et responsable», a-t-il rappelé, avant de pointer deux évolutions récentes jugées préoccupantes pour la liberté d’informer.
En ligne de mire, la décision du 17 février 2026 de la Haute autorité de la communication de suspendre, sans délai ni échéancier, l’ensemble des réseaux sociaux — WhatsApp, Facebook, Instagram, TikTok et YouTube. À cela s’ajoute l’ordonnance n°0011/PR/2026, publiée en avril, qui impose l’identification obligatoire des utilisateurs, introduit la responsabilité pénale pour le simple partage de contenus et prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement.
Les dispositions actuelles pourraient porter atteinte à la liberté d’expression
Si l’APIC reconnaît la nécessité de réguler l’espace numérique, elle appelle toutefois à une révision des dispositions jugées les plus restrictives, estimant qu’elles pourraient porter atteinte à la liberté d’expression.
L’association est également revenue sur l’arrestation d’Harold Leckat, directeur de publication de Gabon Media Time, interpellé le 15 octobre 2025 à l’aéroport Léon-Mba, à son retour d’une formation financée par l’Union européenne. Il avait été placé en détention pendant dix-huit jours pour une affaire que plusieurs juristes qualifient de simple contentieux commercial. L’APIC affirme maintenir son soutien à tout journaliste confronté à des pressions ou à des poursuites.
Les échanges ont été enrichis par deux interventions importantes. Boursier Tchibinda, vice-présent de l’association, a plaidé pour un retour aux fondamentaux du métier face à la montée de la désinformation et aux défis posés par l’intelligence artificielle. De son côté, le professeur Anaclet Ndong Ngoua a défendu la mise en place de conventions collectives, afin de garantir aux journalistes des conditions de travail et de vie dignes.
Après trois heures de débats nourris, cette rencontre a mis en évidence les défis persistants du secteur, tout en réaffirmant l’urgence de préserver les principes fondamentaux de la liberté de la presse au Gabon.













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