En résolvant l’accord qui liait l’État gabonais à la société Intershipping Services LLC pour la gestion du Registre International des Navires, le Conseil des ministres du 30 avril 2026 a tranché un nœud gordien que GabonReview avait mis en lumière dès août 2024. Une décision tardive, mais potentiellement salvatrice pour la réputation maritime du pays.

Détroit d’Ormuz, avril 2026 : un tanker ‘’gabonais’’ naviguant de conserve avec la flotte iranienne. L’image que Libreville ne pouvait plus se permettre. © Illustration IA / GabonReview

 

Le dossier n’était un secret pour personne, du moins pour qui voulait bien regarder. Depuis 2018, la gestion du registre maritime gabonais avait été confiée à Intershipping Services LLC, une société domiciliée aux Émirats arabes unis, dans des conditions contractuelles jamais véritablement explicitées au grand public. Qui percevait quoi ? Quels navires étaient réellement contrôlés ? À quelles fins le pavillon national était-il instrumentalisé ? Autant de questions que GabonReview avait posées avec insistance, sans jamais obtenir de réponse officielle satisfaisante.

Un pavillon devenu refuge de la flotte fantôme

La réalité, documentée par plusieurs enquêtes maritimes internationales, était accablante. Le drapeau gabonais s’était progressivement mué en bouclier de complaisance pour une nébuleuse de pétroliers vétustes, mal assurés et mal entretenus, sillonnant les mers en contournant les sanctions internationales, la tristement célèbre «dark fleet» (flotte fantôme). L’explosion du pétrolier Pablo en 2023, l’attaque au drone contre le Marlin en mer Rouge en janvier 2024, l’arraisonnement d’un tanker gabonais au large de la Libye en février de la même année : les incidents s’étaient accumulés, chacun ternissant un peu plus l’image d’un pays qui se voulait champion mondial de la protection des océans.

Plus récemment encore, en avril 2026, un tanker battant pavillon gabonais figurait parmi les neuf navires, dont huit iraniens, ayant réussi à franchir le détroit d’Ormuz en pleine crise maritime, alors que près de 3000 unités restaient immobilisées dans la région. Le symbole est dévastateur : le drapeau national gabonais navigant de conserve avec la flotte iranienne, au cœur du corridor pétrolier le plus stratégique et le plus surveillé du monde, dans un contexte de tensions géopolitiques extrêmes. Pour un pays qui affiche ses ambitions de champion de la protection des océans, l’image ne pouvait être plus contre-productive. C’est précisément ce type d’exposition incontrôlée, rendu possible par sept années de délégation aveugle à Intershipping, qui rendait la rupture du 30 avril non seulement nécessaire, mais urgent

La rupture, enfin

Le Conseil des ministres a donc acté la résiliation de cet accord, invoquant, selon les termes officiels, «les manquements constatés, notamment le non-respect des obligations contractuelles, compromettant le bon fonctionnement du registre et portant atteinte aux intérêts de l’État Gabonais

La formulation est diplomatique. Derrière elle se dessine pourtant une réalité plus crue : le Gabon récupère un attribut de sa souveraineté qui avait été bradé, dans une opacité savamment entretenue, sous l’ancien régime.

La reprise en main directe du registre maritime est désormais une nécessité, non une option. Il en va de la crédibilité du Gabon devant la communauté maritime internationale, et de sa cohérence avec ses propres ambitions environnementales.

 
GR
 

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