OIF : Roll S. Ngomat, candidat autoproclamé, le Gouvernement n’a fait que remettre les pendules à l’heure
Le candidat qui n’en était pas un : comment Roll Stéphane Ngomat a failli parler au nom du Gabon sans y être autorisé. Le communiqué final du Conseil des ministres du 30 avril 2026 n’a consacré qu’une seule phrase à l’affaire concernant la candidature du Gabon au secrétariat général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Une phrase laconique, sans nom, sans explication. Ce silence apparent n’est pas une omission : c’est une réponse. Pour comprendre sa portée exacte, il faut revenir au commencement, et poser la question que personne n’avait posée.

Un parcours panafricain réel, une candidature sans mandat : Roll Stéphane Ngomat face au petit drapeau gabonais qu’il n’était pas habilité à porter jusqu’à Phnom Penh. © GabonReview/IA
Quand le Conseil des ministres indique avoir «pris acte de la décision du Président de la République de ne présenter aucun candidat ressortissant de la République Gabonaise au poste de Secrétaire Général de l’OIF», il ne retire pas une candidature officielle. Il clôt une fiction. Car ni dans les communiqués finaux antérieurs du Conseil des ministres, ni dans aucun document de la Présidence de la République, ni nulle part dans les archives y relatives de l’appareil d’État gabonais, on ne trouve la moindre trace d’un mandat officiel confié à Roll Stéphane Ngomat pour représenter le Gabon à la tête de la Francophonie.
La candidature «officielle du Gabon», relayée en boucle par plusieurs médias, dont GabonReview, qui s’est fié à des sources apparemment solides, y compris des médias quasi étatiques comme Gabon Télévisions, n’a jamais existé en tant que telle.
Une auto-proclamation soigneusement orchestrée
Interpellé par GabonReview au lendemain de la décision gouvernementale du 30 avril et de l’article «Francophonie : le Gabon retire Roll Stéphane Ngomat des starting-blocks», Roll Stéphane Ngomat n’a pas pu produire un seul document officiel, avec en-tête, cachet, tampon, attestant d’un mandat de l’État gabonais. Sa réponse, «Je ne peux pas divulguer les documents du Gouvernement sans l’aval du patron à ce stade», est, en diplomatie, l’équivalent d’un aveu par esquive. Il a par ailleurs indiqué qu’il ferait «une déclaration pour se rallier à la décision souveraine du Chef de l’État», formulation qui, loin de clarifier, confirme qu’il se trouvait en dehors de toute habilitation officielle.
Plusieurs sources diplomatiques gabonaises dignes de foi soutiennent qu’il s’est tout simplement autoproclamé candidat, instrumentalisant la complaisance de médias peu regardants sur les pièces justificatives.
Ce qui aggrave considérablement le tableau, c’est que ce comportement n’est pas inédit. GabonReview avait déjà documenté, en juillet 2022, que Roll Stéphane Ngomat avait été suspendu indéfiniment de l’ECOSOCC de l’Union africaine pour des fautes d’une nature troublante similaire : abus d’autorité, signature illégale de protocoles d’accord au nom de l’ECOSOCC sans mandat, convocation illégale d’une Assemblée générale, utilisation abusive des en-têtes, logo et sceau de l’institution. Agir au nom d’une institution sans en détenir l’habilitation, le schéma est rigoureusement le même. Ce précédent était dans nos propres archives. GabonReview aurait dû le croiser avant de relayer sa candidature.
L’une des sources diplomatiques consultées va plus loin, soupçonnant Roll S. Ngomat d’avoir agi pour le compte d’une puissance étrangère, en perte d’influence sur la scène internationale, et désireuse de s’offrir une tribune à l’OIF.
Le silence du communiqué, enfin éclairé
Le laconisme du Conseil des ministres au sujet de la candidature du Gabon à l’OIF s’explique désormais pleinement. L’État gabonais n’avait pas à retirer ce qu’il n’avait jamais accordé. Sa phrase unique valait mise au point souveraine : en précisant qu’il ne présentera «aucun candidat ressortissant de la République Gabonaise», le Gouvernement fermait proprement une parenthèse qu’il n’avait pas ouverte, sans éclabousser publiquement Roll Stéphane Ngomat, diplomate gabonais au parcours panafricain reconnu, président de l’African Peace and Security Union, dont les motivations profondes dans cet épisode précis restent, à ce stade, à établir. L’absence de son com dans le communiqué du Gouvernement n’est donc pas un oubli : c’est un choix délibéré.
Ce dénouement invite aussi les médias gabonais, GabonReview compris, à un examen de conscience méthodologique. Relayer une candidature sans exiger un document officiel probant, c’est s’exposer à devenir le relais involontaire d’une opération de communication mal fondée. En matière de diplomatie, où les apparences sont savamment construites, la règle du document officiel n’est pas une précaution bureaucratique, c’est une exigence déontologique.













1 Commentaire
En effet, l’ère des “BLA boys” et de la “Young Team” a permis de placer à des postes stratégiques de nombreux profils douteux, sans véritable pedigree, sans expérience solide et sans compétences avérées. On se souvient notamment du cas de l’étudiante Diwekou. Il faudrait d’ailleurs mieux éclairer le peuple gabonais sur ces nominations curieuses. Faut-il attendre que des journalistes étrangers enquêtent sur ce gouvernement pour comprendre ce qui s’est réellement joué à cette époque des “BLA boys”?
Pendant ce temps, les véritables élites du Gabon — des femmes et des hommes à la tête non seulement bien pleine, mais surtout bien faite, animés par la volonté sincère de voir le pays se transformer et se relever — ont été mises sur la touche. Pire encore, beaucoup ont été précarisées, marginalisées, voire persécutées, alors qu’elles auraient dû être au cœur de la reconstruction nationale.