En prenant acte, le 30 avril 2026, de la décision du Président de la République de ne présenter aucun candidat gabonais au poste de Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Conseil des ministres a entériné un retrait aussi brutal qu’inexpliqué. Un coup de théâtre diplomatique à sept mois du 20e Sommet de la Francophonie au Cambodge.

Roll Stéphane Ngomat, le candidat que le Gabon a choisi, puis retiré. © illustration IA / GabonReview

 

Il y a à peine six semaines, GabonReview consacrait un portrait élogieux à Roll Stéphane Ngomat, diplomate chevronné et président de l’Union de la paix et de la sécurité africaine, présenté comme l’atout gabonais et africain pour une Francophonie plus offensive. La télévision publique gabonaise avait également relayé sa candidature comme celle «officielle du Gabon» à la tête de l’OIF, dans le cadre du Sommet prévu au Cambodge en novembre 2026. Le dossier semblait solide, le soutien présidentiel acquis, la dynamique enclenchée.

Le 30 avril, d’une seule phrase du communiqué final du Conseil des ministres, tout s’est effondré.

Un retrait personnel, sans explication

La formulation du communiqué final est, en elle-même, un signal politique fort. Le Conseil des ministres n’a pas «décidé» ni «approuvé» : il a simplement «pris acte de la décision du Président de la République». Oligui Nguema seul a tranché. Le Gouvernement a enregistré. Et surtout, détail capital, aucune motivation n’a été avancée. Pas un mot sur les raisons de ce revirement. Ce silence assourdissant, dans un exercice de communication officielle aussi codifié qu’un communiqué de Conseil des ministres, est en soi une information de premier ordre.

Un champ de bataille que le Gabon abandonne

Le contexte dans lequel intervient ce retrait en accentue le poids. Le 20e Sommet de la Francophonie, prévu du 14 au 16 novembre 2026 à Phnom Penh, doit consacrer l’élection ou la réélection du Secrétaire général de l’OIF, un scrutin effectué par les chefs d’État et de gouvernement des pays membres. Deux forces sont déjà à l’œuvre sur cet échiquier : le Rwanda, qui mène une campagne active pour la réélection de l’actuelle Secrétaire générale Louise Mushikiwabo, et la République démocratique du Congo, qui pousse la candidature de Juliana Lumumba en multipliant les démarches bilatérales. Dans ce rapport de forces, le Gabon venait d’entrer dans la danse avec Roll Stéphane Ngomat. Il en sort sans un mot d’explication.

Calcul ou capitulation ?

Deux lectures s’affrontent. La première, optimiste, verrait dans ce retrait un calcul diplomatique : Libreville aurait estimé que la candidature Ngomat n’avait pas les soutiens suffisants pour l’emporter, et aurait préféré ménager ses relations avec Kigali, partenaire stratégique croissant en Afrique centrale, plutôt que de s’engager dans une bataille perdue d’avance. La seconde y verrait une opportunité manquée : celle d’un pays qui disposait d’un candidat sérieux, d’un projet cohérent pour l’OIF, et d’une dynamique naissante et qui y a renoncé sans explication publique. Peut-être pour un soutien a candidat d’un autres allié diplomatique.

Entre les deux, une question demeure, légitime et ouverte : dans un contexte de multilatéralisme africain en recomposition, où chaque poste de direction d’organisation internationale constitue un levier d’influence réel, le Gabon a-t-il les moyens de se permettre l’abstention ? La réponse appartient au seul Président de la République.

 
GR
 

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