Derrière l’apparence banale d’un commerce de quartier, les enquêteurs ont découvert un trafic aux ramifications inquiétantes : plus de mille comprimés d’un opioïde redoutable circulaient discrètement dans les rues de Port-Gentil. Entre argent liquide, filière étrangère et revente clandestine, cette affaire révèle l’ombre grandissante des médicaments détournés qui gagnent du terrain dans la capitale économique gabonaise.

Les deux présumés trafiquants avec la marchandise saisie par l’Ocad de Port-Gentil. © GabonReview

 

À Port-Gentil, les services de lutte antidrogue viennent de mettre au jour un trafic inquiétant de médicaments opioïdes détournés de leur usage thérapeutique. Deux hommes, un ressortissant ghanéen et un Gabonais, ont été placés sous mandat de dépôt à la maison d’arrêt connue sous le nom de «Château», pour leur implication présumée dans un réseau de commercialisation illicite de Tapentadol, un puissant analgésique classé parmi les opioïdes de palier 3.

Au centre de l’affaire figure Tuffe Votto Marios, commerçant de 34 ans, interpellé par les agents de l’Office central antidrogue (OCAD) en possession de plus de 1 010 comprimés de Tapentadol dosés à 25 mg, pour une valeur estimée à plus de 2,5 millions de FCFA. Pris en flagrant délit, le suspect a tenté de minimiser son implication. «Quand j’envoyais l’argent à ma connaissance au Ghana, elle a mis ça dedans en me disant qu’au Gabon certaines personnes adorent ce produit. Moi, je ne m’y connais pas là-dedans», a-t-il affirmé devant les enquêteurs.

Selon les premiers éléments de l’enquête, les fonds destinés à l’achat de vêtements pour son commerce au Grand-Village auraient servi à couvrir l’acheminement des comprimés depuis le Ghana. Une fois la marchandise réceptionnée, il aurait sollicité Patrick Sossa, un Gabonais de 30 ans, chargé d’écouler les produits sur le marché local.

L’arrestation du principal suspect, dans la nuit du 5 mai au quartier Cosmos, considéré comme l’un des foyers sensibles du trafic de stupéfiants dans la capitale économique, a permis une avancée décisive. Les enquêteurs ont découvert plusieurs plaquettes dissimulées derrière son domicile, ainsi qu’importantes sommes d’argent en espèces.

Patrick Sossa a, pour sa part, reconnu avoir participé à la revente des comprimés. «Normalement, le comprimé se vend à 1 000 FCFA. Mais à certains clients qui ne connaissaient pas les prix, je pouvais le céder à 2 000 ou 2 500 FCFA», a-t-il expliqué.

Médicament destiné au traitement des douleurs modérées à sévères, le Tapentadol peut provoquer dépendance, troubles neurologiques et détresse respiratoire en cas d’abus. «Je n’en ai jamais consommé, mais j’ai vu certains utilisateurs complètement ailleurs, comme ivres», a expliqué Patrick Sossa.

 
GR
 

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