Le Guardian épingle Libreville : la liberté d’expression sous la loupe internationale
Le quotidien britannique The Guardian a consacré, le mercredi 13 mai, un long reportage à la situation des libertés numériques au Gabon. L’article intitulé «Blatant disregard for rights : concern grows over Gabon’s social media clampdown» (Un mépris flagrant des droits : l’inquiétude grandit face à la répression des réseaux sociaux au Gabon) dresse un tableau sombre d’un pays dont l’image internationale se dégrade au rythme de ses restrictions numériques. C’est ce que le monde lit, aujourd’hui, sur le Gabon.

Pour The Guardian, les nouvelles restrictions numériques au Gabon projettent à l’international l’image d’un pouvoir accusé de renouer avec les vieux réflexes de contrôle et de surveillance. © GabonReview / Illustration IA
Le Guardian reconstitue la séquence ouverte en février dernier, lorsque la Haute autorité de la communication a prononcé la suspension indéfinie des principales plateformes, Facebook, TikTok, Instagram, etc. Le journal britannique y ajoute un détail que peu de médias locaux ont documenté : la gendarmerie aurait procédé à des contrôles aux checkpoints de Libreville et d’autres centres urbains, confisquant les téléphones sur lesquels un VPN était installé et interpellant leurs propriétaires. L’information, impossible à diffuser sur les réseaux alors coupés, aurait néanmoins circulé.
Le média relève que les restrictions ont été temporairement levées en avril. Mais la levée s’accompagne d’une nouvelle contrainte : les utilisateurs de réseaux sociaux sont désormais tenus de fournir leurs noms vérifiés, adresses et numéros d’identification. Les plateformes non conformes s’exposent à des amendes de 50 millions de francs CFA et à des peines d’emprisonnement.
Un faisceau de mesures qui inquiète
Le Guardian ne limite pas son analyse à la question numérique. Il inscrit la suspension des réseaux sociaux dans un ensemble de textes législatifs adoptés dans la foulée : le nouveau code de la nationalité, signé en février et publié le mois dernier, est présenté comme une mesure restreignant les droits des citoyens naturalisés et facilitant la déchéance de nationalité. Le gouvernement, par la voix de son porte-parole Charles Edgard Mombo, récuse les critiques, estimant que les débats portent davantage sur la «forme» que sur le «fond» des textes, et invoque l’article 99 de la Constitution pour justifier la procédure par ordonnance.
L’arrestation en avril de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui avait déposé un recours judiciaire contre la suspension des réseaux sociaux, est également citée. Le Guardian note que ses partisans considèrent les charges retenues contre lui, pour des faits présumés remontant à 2008, comme une manœuvre d’intimidation.
La question qui traverse l’article
Le reportage convoque le témoignage de Nelly Ngabima, activiste gabonaise établie en France, ancienne agente du renseignement entre 2015 et 2019. Menacée, selon elle, par des officiels gabonais de disparaître des réseaux sociaux, elle a vu ses comptes cumulant plus de 300 000 abonnés effectivement suspendus. Son avertissement est d’ordre systémique : son expérience lui confère, dit-elle, une conscience aiguë de la capacité du régime à surveiller ceux qu’il considère comme des dissidents.
C’est sur cette toile de fond que le Guardian pose la question centrale : Brice Oligui Nguema, élu président de la République en 2025 avec plus de 90 % des voix lors d’un scrutin ouvert à la presse étrangère, reproduit-il les méthodes de ses prédécesseurs ? Ses détracteurs répondent par l’affirmative. «Rien n’a changé», tranche l’une des voix citées par le média britannique. «On ne peut pas renverser Ali Bongo en condamnant certains comportements et arriver au pouvoir pour reproduire les mêmes.»
Cette phrase, lapidaire, résonne comme un verdict. Elle dit, en creux, l’attente immense que le coup d’État d’août 2023 avait suscitée dans une frange de la population gabonaise, et la désillusion qui, pour certains, lui succède. Le Guardian ne tranche pas. Il observe, documente, et laisse les faits parler. Mais en choisissant cette voix pour clore son reportage, le journal britannique envoie un signal que Libreville ne peut ignorer : le regard du monde est posé sur le Gabon, et il attend.













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