À Libreville, on monte dans un taxi, on ne sait jamais où il nous mène
«Il ne m’a même pas demandé si cela me convenait.» Ce genre de scène se répète chaque jour dans les taxis de la capitale. Les détours imposés par certains taximen sans l’accord préalable des passagers alimentent de plus en plus les plaintes : trajets rallongés, retards, embouteillages et manque de communication compliquent le quotidien des usagers. Pour mieux comprendre cette pratique, une équipe de GabonReview s’est rendue sur le terrain, vendredi 14 août 2026.

Un taxi dans la capitale. © GabonReview
Dans plusieurs quartiers de la capitale, l’équipe de GabonReview a recueilli des témoignages qui dressent un constat similaire. Imelda, 24 ans, étudiante à l’Université Omar Bongo, en a fait l’expérience un jour de trajet ordinaire, transformé en parcours à rallonge. «Ils sont souvent comme ça. Une fois, j’avais demandé un taxi de l’Université Omar Bongo jusqu’au lycée. Arrivé au niveau d’Awendjé, le chauffeur s’est arrêté pour prendre une dame qui allait à Razel, chez les Chinois, parce qu’elle lui proposait 1 000 FCFA. Il ne m’a même pas demandé si cela me convenait», témoigne-t-elle.
Le même sentiment est partagé par d’autres usagers. «Ils exagèrent vraiment. Une fois, j’ai pris un taxi du carrefour Sobraga pour Lalala. Au lieu de passer par Glass, le chauffeur est allé vers Akébé, puis Awendjé avant de dévier par Oloumi. J’ai perdu un temps fou alors qu’il pouvait me déposer beaucoup plus rapidement», raconte une passagère.
Les embouteillages, un facteur aggravant
À ces détours s’ajoute une autre difficulté bien connue des Librevillois : les embouteillages, qui transforment parfois, aux heures de pointe, un trajet de quelques kilomètres en une interminable épreuve de patience.
Dans ce contexte, les changements d’itinéraire effectués sans concertation peuvent davantage rallonger le temps de déplacement. Un détour qui paraît anodin peut ainsi faire perdre plusieurs dizaines de minutes à un passager déjà confronté à une circulation dense.
Pour les usagers qui se rendent au travail, à l’école ou à un rendez-vous, ces retards peuvent rapidement devenir contraignants. D’autant que certains chauffeurs privilégient des axes secondaires pour prendre d’autres clients, sans toujours mesurer les conséquences sur le temps de trajet des personnes déjà embarquées.
Les taximen se défendent
Face aux critiques, certains taximen défendent leur manière de travailler. Selon un chauffeur ayant requis l’anonymat, les détours ne sont pas systématiquement motivés par la recherche d’un gain supplémentaire. «Lorsque plusieurs clients se rendent dans des quartiers situés sur le même axe, nous essayons de les prendre pour éviter que d’autres personnes attendent longtemps un taxi. En revanche, certains passagers ne précisent pas leur destination exacte. Une fois arrivés dans le quartier, ils exigent que l’on emprunte des pistes ou des voies éloignées de l’itinéraire principal. Dans ce cas, ce n’est pas de notre faute», explique-t-il.
Si les chauffeurs mettent en avant les impératifs d’organisation, de rentabilité et les difficultés liées à la circulation, les passagers dénoncent surtout le manque de communication. Pour beaucoup, un simple échange avant tout changement d’itinéraire permettrait d’éviter les incompréhensions.
Au-delà des désagréments, les détours imprévus, combinés aux embouteillages, rallongent les temps de trajet et compliquent davantage les déplacements dans une capitale où le taxi demeure un moyen de transport largement utilisé.
Dans ces conditions, le respect du trajet convenu, mais aussi une meilleure communication entre conducteurs et clients, apparaissent comme des éléments essentiels pour améliorer la qualité du service. Car si les réalités économiques et les contraintes de circulation des taximen sont bien réelles, les passagers, eux, ne demandent qu’une chose : être informés avant que leur trajet ne change de cap.
Thécia Nyomba















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