«Dieu est au contrôle» : l’EEG sous tutelle de l’État après une élection à deux visages
Deux hommes désignés «par consensus» lors du même synode, une Église coupée en deux, et l’État contraint d’intervenir. Au Gabon, le ministère de l’Intérieur a suspendu à titre conservatoire les activités du directoire de l’Église évangélique du Gabon, sur fond de contestations liées à l’élection de son nouveau président. Une administration provisoire et collégiale devra être mise en place et organiser des consultations pour la constitution d’un directoire consensuel, dans un délai n’excédant pas trois mois.

L’EEG a trois mois pour renouveler son directoire. © D.R.
Le 9 août, à l’issue d’un synode sous tension, les délégués de l’Église évangélique du Gabon (EEG) ont cru pouvoir tourner la page de plusieurs semaines de crise. Deux hommes, pourtant, se sont levés le même jour pour revendiquer la même victoire.
Le révérend Jean-Daniel Allogo-Essimengane, responsable de la paroisse de la SNI-Owendo, a été présenté comme le nouveau président de l’EEG, désigné par consensus. Son principal rival, Moïse Ovono Menie, a immédiatement contesté cette annonce, affirmant avoir lui-même recueilli ce même consensus.
Une administration provisoire sous trois mois
Face à cette impasse, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Adrien Nguema Mba, a annoncé, à titre conservatoire, la suspension des activités du directoire actuel de l’EEG. «En conséquence, il est interdit à tout membre du directoire actuel d’organiser ou de participer à toute activité de direction ou de gestion de l’Église évangélique du Gabon», a-t-il fait savoir à travers un communiqué rendu public le 15 août.
Le ministre a exigé la mise en place, par les sages de l’EEG, d’une «administration provisoire et collégiale». Celle-ci sera chargée de conduire les affaires courantes nécessaires au bon fonctionnement de l’Église et d’organiser les consultations devant aboutir à la constitution d’un nouveau bureau, «dans un délai n’excédant pas trois mois».
Le de police qui a précipité la décision
Si Adrien Nguema Mba appelle les différentes parties à la sérénité, afin de restaurer le calme au sein de l’EEG et de préserver la quiétude des fidèles du Corps du Christ, le ministère de l’Intérieur s’est appuyé sur un rapport de la Direction de la sécurité publique des Forces de police nationale faisant état de «risques avérés de troubles à l’ordre public, eu égard aux remous qui ont émaillé ce processus électoral».
L’élément déclencheur de la décision serait le recours déposé par les révérends Isaïe Zue Moto et Moïse Ovono Menie, tous deux candidats contestant l’élection du révérend Jean-Daniel Allogo-Essimengane. Cette situation faisait craindre «des débordements, des atteintes aux biens, à l’intégrité physique des personnes ainsi qu’une perturbation plausible de la tranquillité publique».
Un synode déjà chaotique
La décision intervient après un parcours mouvementé. Un premier synode avait été reporté sine die, dans un contexte de vives controverses autour de la succession à la tête de cette confession religieuse. Les assises se sont finalement tenues dans un climat de fortes tensions internes, avant de voir leurs travaux prolongés jusqu’au 10 août.
Qualifiant la nomination de son rival de «nulle et non avenue», Moïse Ovono Menie a dénoncé des vices de forme ainsi que des violations répétées des statuts de l’EEG, avant d’appeler l’ensemble de la communauté chrétienne à participer à son culte d’installation. De son côté, à la suite de la communication du ministère de l’Intérieur, le révérend Jean-Daniel Allogo-Essimengane a invité les membres de sa communauté «au calme et à la prière», estimant que «Dieu est au contrôle».
Mais pour plusieurs observateurs et membres de l’EEG, la crise actuelle était toutefois prévisible. Au Gabon, le choix du président de cette Église a souvent été marqué par de vives tensions. Luttes d’influence, querelles de pouvoir et rivalités régionales viennent régulièrement perturber le processus de succession.
















2 Commentaires
Quelle honte. Ce à quoi nous assistons n’a plus rien d’une Église. Je ne sais pas comment on accède au ministère pastoral au sein de l’EEG, mais des personnes animées par l’orgueil, la vanité et l’esprit de confrontation, davantage préoccupées par le pouvoir et l’argent que par la paix, l’harmonie dans la maison du Seigneur et le bien-être de ses brebis, ne donnent certainement pas l’image de serviteurs de Dieu.
Comment en arrive-t-on au point où c’est le monde, à travers l’État, qui doit venir jouer les arbitres dans la maison de Dieu, alors que, traditionnellement, ce sont justement les hommes d’Église qui ont souvent été appelés à jouer les médiateurs dans les conflits du monde ?
Et malheureusement, ce n’est pas la première fois que ce genre de crise secoue cette organisation. À un moment donné, il faut en tirer les conséquences : organisez des élections. Le consensus ne peut manifestement pas fonctionner lorsque les ego et les ambitions personnelles prennent le dessus sur l’intérêt de l’Église.
Celui qui s’est empressé de se présenter devant les caméras et de faire organiser, quasiment *manu militari*, son culte d’installation, même s’il s’avérait qu’il possède réellement la légitimité des hommes, ne me paraît certainement pas digne de présider l’EEG.
Agir ainsi, sans considération pour les conséquences de cette discorde sur la vie de l’Église, son unité et la foi des fidèles, interroge profondément sur l’esprit qui anime une telle démarche. Le Christ que nous connaissons place la paix, l’humilité et le renoncement au-dessus des ambitions personnelles. C’est ce même Jésus qui enseigne de tendre l’autre joue et de ne pas faire de nos droits personnels une cause de division.
J’ai malheureusement l’impression qu’à l’EEG, la présidence est devenue beaucoup trop souvent un objet d’ambitions personnelles, alors que, dans d’autres grandes communautés ecclésiales du Gabon, cette responsabilité est davantage vécue comme un sacerdoce : une charge lourde que certains pasteurs accueillent avec crainte et humilité, parfois même en s’en estimant indignes.
Prenez, je vous prie, exemple sur l’EACMEAG.