Face à l’érosion progressive des langues maternelles, l’Association Communautaire Inongô Gôré (ACIG) a lancé à Port-Gentil une école de vacances consacrée à l’apprentissage de la langue Omyéné. Une initiative gratuite qui ambitionne de transmettre aux plus jeunes un héritage linguistique et culturel menacé.

Les enfants lors des séances d’apprentissage de la langue Omyéné, le 6 juillet 2026 à Port-Gentil. © GabonReview

 

Depuis le 6 juillet et jusqu’au 24 juillet, le Centre de Développement de la Jeunesse (CDJ) de Port-Gentil accueille une initiative peu commune : une école de vacances entièrement dédiée à l’apprentissage de la langue Omyéné. Organisée par l’Association Communautaire Inongô Gôré (ACIG), cette formation gratuite s’adresse aux enfants âgés de 3 à 12 ans. Au-delà de l’enseignement de la langue, l’objectif est de préserver un patrimoine culturel en voie de disparition et de réconcilier les jeunes générations avec leurs racines.

Du lundi au vendredi, de 8 heures à 12 heures, plus d’une soixantaine d’enfants, répartis selon leur niveau, découvrent les bases de la langue à travers une pédagogie mêlant prononciation, lecture, expression orale, supports visuels, chants traditionnels, danses et contes. Pour la responsable du social et de la solidarité de l’ACIG, Berthe Josiane Ngoket-Mpaga, cette action répond à une urgence. «Nous avons tenu à organiser ces cours de langue Omyéné parce que les enfants sont de plus en plus éloignés de leur langue maternelle. Nous avons pensé qu’à travers cette formation, ils pourraient rattraper ce retard. Les enfants ne savent plus parler leur langue, et cela concerne aussi bien les plus petits que les plus grands», explique-t-elle.

L’association souhaite ainsi redonner aux enfants la fierté de parler leur langue et d’en devenir les futurs ambassadeurs. «Nous voulons qu’ils connaissent leur langue et qu’ils s’en imprègnent. Aujourd’hui, beaucoup d’enfants ne s’expriment qu’en français. C’est une première édition et nous verrons, à son terme, les résultats obtenus. Les cours sont entièrement gratuits afin de permettre au plus grand nombre d’y participer», souligne Berthe Josiane Ngoket-Mpaga. Les premiers participants affichent déjà leur enthousiasme. «Ma mère est Omyéné et je suis ici pour apprendre la langue. Je connais déjà Mbolo, qui signifie bonjour à une seule personne, et Mboloani lorsqu’on s’adresse à plusieurs personnes. Itchango mbyambé veut dire que les nouvelles sont bonnes, tandis que Itchango vôvô signifie que les nouvelles sont moins agréables», confie avec fierté le jeune Bruno Chandrel Missinga.

À travers cette première école de vacances, l’ACIG pose un acte fort en faveur de la sauvegarde du patrimoine immatériel gabonais. À l’heure où plusieurs langues locales reculent sous l’effet de la mondialisation et de la domination du français, l’association entend rappeler que la langue demeure le premier vecteur de l’identité culturelle d’un peuple. En misant sur la jeunesse, elle espère susciter une prise de conscience au sein des familles et inspirer d’autres communautés à entreprendre des actions similaires afin de préserver la richesse linguistique du Gabon.

 
GR
 

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