Affaire Esther Miracle : le juge récusé à la demande des parties civiles, l’audience renvoyée au 7 avril
Saisie par les avocats des victimes du naufrage de l’Esther Miracle, la justice gabonaise a procédé, le 1er avril à Libreville, au retrait du président de céans Christian Mba Meloune. À l’origine de cette décision, une demande de récusation portée par Me Anges Kevin Nzigou, dénonçant de graves atteintes aux droits de la défense et un doute sur l’impartialité de la juridiction.

Le juge récusé, l’audience a été renvoyée au 7avril 2026. © GabonReview : Dall-E (IA)
Le tribunal correctionnel de Libreville a connu un tournant procédural majeur, mercredi 1er avril 2026, dans le dossier du naufrage de l’Esther Miracle. Le juge Christian Mba Meloume, président de céans, a été écarté après une demande formelle de récusation introduite le même jour par Me Anges Kevin Nzigou, avocat des parties civiles. Une nouvelle composition collégiale a été immédiatement mise en place, tandis que l’audience a été renvoyée au 7 avril prochain.
Dans sa requête adressée au greffier du tribunal, l’avocat, agissant pour plus d’une cinquantaine de parties civiles, fonde sa démarche sur les dispositions des articles 329 à 332 du Code de procédure pénale gabonais, qui encadrent les conditions de mise en cause de l’impartialité d’un magistrat.
Des griefs procéduraux lourds
Au cœur de cette demande, Me Nzigou dénonce d’abord un «refus persistant de communication intégrale du dossier». Malgré «plusieurs démarches formelles et informelles», incluant une demande écrite datée du 12 février 2026 et des rappels à l’audience, «aucune communication intégrale de la procédure n’a été effectuée».
Selon lui, cette situation place les parties civiles «dans une situation d’infériorité procédurale manifeste», en violation du principe du contradictoire.
L’avocat pointe également le rejet d’une demande de renvoi lors de l’audience du 26 février 2026, pourtant motivée par «l’absence de communication complète du dossier», «le nombre particulièrement élevé de parties civiles représentées» et «l’impossibilité matérielle de plaider utilement».
Ce refus, écrit-il, constitue une « atteinte caractérisée aux droits de la défense », d’autant que la juridiction a maintenu les débats sans tenir compte des contraintes procédurales invoquées.
Doute sur l’impartialité du tribunal, procédure suspendue et reconfigurée
Au-delà des irrégularités dénoncées, la défense des victimes estime que l’enchaînement des décisions du président de céans fait naître «un doute légitime sur l’impartialité objective de la juridiction».
Me Nzigou précise qu’il ne s’agit pas d’invoquer une inimitié personnelle, mais de constater que «l’apparence d’impartialité est aussi essentielle que l’impartialité elle-même», notamment dans un dossier d’une telle portée nationale.
Il rappelle que ce procès, lié à une catastrophe maritime ayant profondément marqué l’opinion publique, impose des garanties accrues de transparence et d’équité pour les victimes.
Conformément aux effets juridiques d’une demande de récusation, le magistrat visé a dû s’abstenir de connaître de l’affaire. La juridiction compétente devra statuer sur le bien-fondé de la requête, tandis qu’un autre juge pourra être désigné pour assurer la continuité des débats .
En conséquence, l’audience initialement prévue sur dix jours a été suspendue, puis renvoyée au 7 avril 2026.
Rappel des faits
L’affaire dite «Esther Miracle» fait suite au naufrage du ferry du même nom survenu le 9 mars 2023, lors d’une traversée entre Libreville et Port-Gentil. Sur les quelque 200 passagers à bord, 37 avaient perdu la vie, suscitant une vive émotion nationale et de nombreuses attentes judiciaires.
La suite de la procédure dépend désormais de la décision à intervenir sur la récusation, étape déterminante pour la poursuite du procès dans un climat apaisé et conforme aux exigences du procès équitable.












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