Manganèse : «Paris a préféré la voie qui humilie», tacle Ali Akbar Onanga Y’Obégué
Il y a des tribunes qui ne cherchent pas le vainqueur. Secrétaire général du Parti démocratique gabonais, ancien ministre et docteur en droit, Ali Akbar Onanga Y’Obégué prend la plume au lendemain du protocole signé à l’Élysée, qui repousse à 2031 la transformation locale du manganèse et ramène l’ambition de deux millions à 700 000 tonnes. Sa charge épargne l’ambition présidentielle, qu’il juge légitime, pour viser deux cibles simultanées : un entourage qui a laissé le chef de l’État s’enfermer dans une échéance intenable, et une diplomatie française qui, pouvant obtenir le même résultat autrement, «a préféré la voie qui humilie».

Signature du protocole manganèse à l’Élysée, le 20 juillet 2026. «Paris a préféré la voie qui humilie. C’est un choix, et c’est celui-là qu’il faut juger», écrit Ali Akbar Onanga Y’Obégué. © D.R.
Dans une tribune au vitriol, le secrétaire général du Parti démocratique gabonais décortique la séquence parisienne du 20 juillet 2026, qui a reporté à 2031 l’échéance de transformation locale du manganèse et ramené l’ambition de deux millions à 700 000 tonnes par an. Sa charge ne vise ni l’ambition présidentielle ni le report, qu’il jugeait inévitable, mais une méthode qui «n’honore ni l’une ni l’autre partie».

Une visite d’État n’est «jamais le lieu où l’on convie un partenaire pour l’amener, sous les ors de la République, à corriger publiquement une position qu’il avait pourtant défendue avec la dernière fermeté quelques semaines plus tôt», estime Ali Akbar Onanga Y’Obégué. © Montage GabonReview
«Je n’ai jamais considéré que l’objectif de transformer localement l’ensemble du manganèse gabonais dès 2029 était industriellement réaliste», écrit l’ancien ministre, qui dit n’avoir ni critiqué ni salué l’annonce, «non par complaisance envers le pouvoir, et moins encore par indifférence», mais parce qu’il distinguait «deux choses qu’il ne faut jamais confondre : l’ambition politique et la faisabilité technique».
D’où son angle. «Le débat ne devrait pas porter sur le report lui-même», tranche-t-il. «Le véritable sujet est ailleurs. Il est politique. Il est institutionnel. Il est diplomatique.»
«Une usine métallurgique ne se construit pas par décret»
Déficit énergétique, saturation du Transgabonais, délais d’ingénierie : rien de tout cela «n’était un mystère pour personne». «Une usine métallurgique ne se construit pas par décret», rappelle-t-il, avant de conclure : «Elles n’ont pas été découvertes à Paris.» Suit la question qui fonde tout le réquisitoire : «Qui, autour du Président de la République, pouvait raisonnablement soutenir que le Gabon serait capable, en moins de quatre ans, de réunir toutes les conditions nécessaires à une transformation industrielle intégrale de son manganèse ?»
Car «un Président de la République ne doit jamais être exposé inutilement. Son autorité est trop précieuse pour être engagée à la légère». La mission des conseillers «n’est pas d’applaudir le Président, encore moins de flatter son volontarisme», mais «de protéger sa parole contre les emballements de la communication». Entre «le courage politique» et «la témérité administrative», qui consiste à «transformer cette ambition en engagement catégorique sans avoir la certitude raisonnable que l’appareil d’État sera capable de la soutenir», l’entourage a, selon lui, tranché. Sentence : «Un conseiller ne mesure pas son utilité au nombre de promesses qu’il encourage ; il la mesure au nombre de difficultés qu’il évite au chef de l’État.»
«Paris a préféré la voie qui humilie»
Second volet, plus frontal encore. «La France savait que 2029 était impossible. Elle savait, par conséquent, qu’elle obtiendrait, tôt ou tard, le report qu’elle voulait. La seule question qui se posait à elle était celle de la méthode.» Or une visite d’État constitue «le plus haut degré de reconnaissance protocolaire qu’un État puisse accorder à un autre chef d’État», et n’est «jamais le lieu où l’on convie un partenaire pour l’amener, sous les ors de la République, à corriger publiquement une position qu’il avait pourtant défendue avec la dernière fermeté quelques semaines plus tôt».
L’auteur esquisse l’alternative : comité de suivi, constat contradictoire à la mi-2028, report négocié. «Le résultat industriel, le résultat juridique, auraient été rigoureusement identiques. Mais le résultat politique aurait été radicalement inversé.» Car «en diplomatie, sauver la face n’est jamais un détail cosmétique ; c’est, le plus souvent, l’essentiel même de la relation». Verdict : «Paris a préféré la voie qui humilie. C’est un choix, et c’est celui-là qu’il faut juger.»
«Les protocoles s’oublient. Les images, elles, restent»
La visite apparaîtra comme «une convocation habillée des fastes protocolaires», et l’image retenue sera d’une simplicité brutale : «un Président africain qui avait fixé une ligne rouge est venu à Paris, et cette ligne a été déplacée». Dans une Afrique où la diplomatie «est devenue un spectacle permanent soumis au jugement des peuples», et où BRICS, Chine, Turquie et Émirats offrent «de meilleures conditions que celles qui viennent d’être arrachées au Gabon», ce «passage en force» fragilise «l’un des rares pays de la zone où la France conserve encore une capacité d’action et une écoute réelles».
Nul vainqueur, au bout du compte. Le président gabonais «voit aujourd’hui sa parole fragilisée, alors même que l’objectif poursuivi demeurait légitime» ; la France obtient son protocole «mais au prix d’une image dont elle mesurera peut-être trop tard le coût politique». «Les tapis rouges ne remplacent plus les résultats. Les photographies officielles ne font plus disparaître les clauses d’un protocole.» Dernier mot : «Dans l’Afrique de 2026, les protocoles s’oublient. Les images, elles, restent.»















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