Affaire Santullo-Webcor : le Gabon joue 128 milliards de FCFA le 7 septembre à Paris
Engluée dans un contentieux à 195 millions d’euros (environ 127,9 milliards de FCFA), la République gabonaise tente un coup de force juridique : faire tomber les deux protocoles transactionnels signés en 2024 avec Santullo-Sericom et Webcor. Une stratégie risquée que la cour d’appel de Paris a déjà sèchement recadrée, à trois mois d’une audience décisive, l’audience étant fixée au 7 septembre 2026 à Paris.

À Paris, les conseils du Gabon montent au front : Libreville cherche à faire annuler les protocoles signés avec Santullo et Webcor, avant une audience décisive le 7 septembre. © GabonReview / Illustration IA
Trancher l’interminable contentieux qui oppose le Gabon aux sociétés Santullo-Sericom, Webcor ITP et sa filiale Grand Marché de Libreville est devenu, selon Africa Intelligence, une priorité de la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema. Adossé à d’anciens marchés de gré à gré du début des années 2010, entachés de soupçons de corruption, le dossier a circulé de la Chambre de commerce internationale de Paris aux juridictions françaises, gabonaises et suisses. Au cœur de l’enjeu : empêcher la saisie, voire la vente forcée, de biens de l’État, à l’image du luxueux hôtel parisien Pozzo di Borgo.
Faire annuler des accords signés trop vite
La manœuvre, orchestrée par l’avocat parisien d’origine gabonaise Vivien Makaga-Pea (SRDB Law Firm), vise à démontrer l’invalidité des deux protocoles «jumeaux» signés le 26 janvier 2024 par l’Agence judiciaire de l’État. Libreville plaide la nullité pour «vice de consentement» et «réticence dolosive», arguant d’un engagement pris dans la période trouble ayant suivi août 2023. La République réclame 95 millions d’euros (environ 62,3 milliards de FCFA) de dommages à Santullo-Sericom et 100 millions (65,6 milliards de FCFA à Webcor.
Mais la justice française n’a guère prêté l’oreille à ces arguments. Le 30 avril 2026, rapporte Africa Intelligence, la cour d’appel de Paris a cinglé Libreville, jugeant «abusif de tenter d’échapper à l’exécution d’un engagement contractuel que l’on a signé et fait homologuer».
Ce que cachaient les clauses confidentielles
Les conseils du Gabon dénoncent ce qu’ils nomment des «anomalies structurelles». L’article 9 prévoirait une renonciation à l’immunité souveraine, que la directrice de l’AJE (Agence judiciaire de l’Etat) Diane Moussounda, belle-sœur du chef de l’État, n’aurait pu engager. Plus sensible encore, les protocoles décréteraient une amnistie fiscale, alors que la créance de Santullo-Sericom est évaluée à 300 millions d’euros (196,8 milliards de FCFA) et celle de Webcor à 173 millions (113,5 milliards de FCFA)
À ces griefs s’ajoute un soupçon de conflit d’intérêts soulevé par les avocats du Gabon eux-mêmes. L’une des juristes aujourd’hui mobilisées aux côtés de l’AJE sur les dossiers Santullo et Webcor, Alicia Lidwine Ondo, n’est autre que l’ancienne conseil de Magloire Ngambia. Cet ancien ministre de l’Économie sous Ali Bongo, incarcéré en janvier 2017 pour «corruption passive» et «détournements de fonds publics», l’avait été en lien direct avec les marchés attribués à Santullo. Comment une avocate ayant défendu un mis en cause dans cette affaire peut-elle, aujourd’hui, conseiller l’État qui plaide sur le même dossier ? La question, posée par les conseils du Gabon eux-mêmes, dérange.
Un labyrinthe aux fronts multiples
Loin de désarmer, les deux sociétés contre-attaquent. Le 27 avril 2026, l’avocate de Santullo-Sericom, Ana Atallah, a porté plainte pour «concussion» contre le directeur général des impôts du Gabon, mettant aussi en cause la directrice de l’AJE. Début avril, Santullo comme Webcor avaient par ailleurs redéposé des plaintes avec constitution de partie civile à Paris, deux ans après un premier classement sans suite, afin de démontrer, selon Africa Intelligence, que les accusations de corruption gabonaises «n’avaient aucun fondement».
Le dossier tient du labyrinthe, où les deux protocoles «jumeaux» ont connu des sorts contraires : seul celui de Santullo a été homologué en février 2025, ouvrant la voie aux saisies, tandis que celui de Webcor reste contesté. L’audience du 7 septembre ne refermera sans doute qu’un chapitre d’une bataille appelée à se prolonger.












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