Pendant que les grandes puissances se disputent l’Afrique à coups de milliards, de minerais stratégiques et d’influence diplomatique, la France tente de revenir dans le jeu avec une nouvelle promesse : moins de domination, plus de partenariat. Au cœur de cette vaste opération de reconquête baptisée Africa Forward, un pays revient discrètement mais régulièrement dans les discours officiels : le Gabon. Climat, forêts, jeunesse, investissements, souveraineté économique… Nairobi pourrait bien révéler ce que Paris prépare réellement pour sa nouvelle relation avec l’Afrique.

À Nairobi, le sommet Africa Forward veut redessiner les rapports entre la France et une Afrique désormais plus exigeante sur la souveraineté, l’investissement et les intérêts mutuels. © africaforwardsummit.go.ke

 

Neuf ans après le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, considéré comme l’acte fondateur d’une nouvelle doctrine française en Afrique, Paris tente d’ouvrir un nouveau chapitre de ses relations avec le continent. Les 11 et 12 mai 2026, le Kenya accueillera le sommet «Africa Forward», une grande rencontre politique, économique et culturelle coprésidée par la France et le Kenya, avec l’ambition assumée de refonder les partenariats entre l’Afrique et la France autour de l’investissement, de l’innovation et de la souveraineté économique.

Le choix de Nairobi n’est pas anodin. Pour la première fois, un sommet de ce type est organisé avec un pays anglophone, signe d’une volonté française de sortir des anciens schémas géopolitiques souvent limités à son pré carré francophone. Le rendez-vous réunira chefs d’État africains, dirigeants d’entreprises, institutions financières, artistes, entrepreneurs, acteurs de la tech et représentants de la jeunesse autour d’un agenda largement dominé par les questions économiques.

Dans un contexte marqué par la montée des concurrences internationales en Afrique (Chine, Turquie, Russie, pays du Golfe ou encore Inde) la France cherche clairement à repositionner son image et son influence. Le discours officiel insiste désormais sur des partenariats «équilibrés», la co-construction, la mobilisation du secteur privé et le financement de solutions concrètes dans des domaines stratégiques : santé, intelligence artificielle, agriculture durable, énergie, numérique, infrastructures ou encore économie bleue.

Le Gabon, vitrine discrète de la nouvelle stratégie française en Afrique

Le sommet accordera une place importante aux jeunes entrepreneurs africains, aux industries culturelles et créatives ainsi qu’aux diasporas, désormais considérées comme des acteurs centraux du rapprochement entre les deux espaces. Plusieurs centaines de jeunes talents africains et français participeront à des forums consacrés à l’innovation, au sport, à la création et aux nouveaux imaginaires du continent.

Le Gabon figure parmi les pays régulièrement cités comme illustration de cette nouvelle dynamique. Paris met notamment en avant la coopération engagée autour du One Forest Summit organisé à Libreville en 2023, devenu l’un des symboles de la diplomatie climatique franco-africaine. Les autorités françaises soulignent aussi leur volonté d’accompagner davantage le développement des infrastructures, de l’économie verte et de l’emploi des jeunes au Gabon.

Mais derrière les déclarations de principe, Africa Forward représente surtout un test stratégique pour la France. Après plusieurs revers diplomatiques et militaires sur le continent, Paris tente désormais de convaincre qu’elle peut encore être un partenaire économique crédible, utile et durable dans une Afrique de plus en plus exigeante sur les questions de souveraineté, de respect mutuel et de retombées concrètes pour les populations.

 
GR
 

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