AGROPAG : gouvernance contestée, retrait du PCA, finances sous tension, le DG annonce «des explications claires»
Alors que beaucoup en son sein décrivent une entreprise confrontée à une grave crise de gouvernance, de trésorerie et de production, le directeur général de la Société agropastorale du Gabon (AGROPAG), Aubert Ndjila, a annoncé, dimanche 2 août, la tenue d’une conférence de presse au cours de cette semaine. Une prise de parole très attendue, qui intervient quelques jours après l’annonce de Raymond Ndong Sima de se retirer de ses fonctions de président du Conseil d’administration (PCA), dans un contexte de fortes tensions internes liées à de nombreux blocages, y compris venant du DG.

e directeur général de la Société agropastorale du Gabon (AGROPAG), Aubert Ndjila, a annoncé, dimanche 2 août, la tenue d’une conférence de presse au cours de cette semaine. © Photo montage/GabonReview/IA
La direction générale de l’AGROPAG tente de reprendre la main sur sa communication. Dimanche 2 août, sur sa page Facebook, le directeur général Aubert Ndjila a annoncé l’organisation d’une conférence de presse en milieu de semaine, promettant «une annonce majeure» et assurant que «certains sujets méritent des explications claires». Le visuel diffusé conclut par une promesse sans équivoque : «Le moment de faire toute la lumière.»
Cette annonce intervient alors que L’Union consacre ce lundi 3 août une enquête à la situation de l’entreprise publique créée pour relancer la production agricole nationale après la dissolution de la SAEG. L’article décrit une société confrontée à une accumulation de difficultés administratives, financières et opérationnelles, cinq mois seulement après sa mise en place.
Une entreprise en proie à une crise multiforme
Selon les informations recueillies par nos confrères, près d’une centaine d’agents répartis sur quatre sites n’auraient plus perçu leurs salaires depuis deux mois, tandis qu’un troisième mois d’impayés serait en préparation. Cette situation s’expliquerait notamment par l’absence de validation d’un budget transmis à la Direction générale dès le mois de mars.
L’enquête fait également état d’un climat social dégradé, d’un fonctionnement administratif ralenti et d’une gouvernance fragilisée. Une présentation qui devait être faite au Conseil d’administration le 2 juillet aurait notamment été annulée après que le directeur général se serait déclaré indisposé.
Sur le terrain, les difficultés seraient tout aussi importantes. L’on évoque des pertes significatives de bétail importé, des centaines d’animaux disparus, des attaques d’éléphants contre certains troupeaux, ainsi que l’annulation d’une commande de poulets faute de capacités de conservation adaptées. Autant d’éléments qui traduiraient un déficit de moyens, mais aussi des insuffisances dans le suivi technique et sanitaire des exploitations.
Les interrogations sur la gouvernance persistent
La situation actuelle serait également consécutives à la gouvernance de la société, notamment le transfert inachevé des actifs de l’ancienne SAEG vers l’AGROPAG et les difficultés juridiques ayant entouré les textes destinés à encadrer cette transition.
Autre point sensible, la gestion des financements. Le montant de sept milliards de francs CFA souvent évoqué autour du projet bovin fait toujours l’objet de controverses, certaines sources internes affirmant qu’une partie seulement de cette enveloppe aurait effectivement bénéficié à l’AGROPAG.
Plusieurs agents réclameraient désormais davantage de transparence sur les budgets exécutés, la publication des procès-verbaux des derniers conseils d’administration ainsi qu’une clarification sur les orientations futures de l’entreprise.
Une conférence de presse très attendue
C’est dans ce contexte particulièrement tendu qu’Aubert Ndjila annonce sa conférence de presse. Sans préciser le contenu de son intervention, le directeur général laisse entendre que plusieurs sujets feront l’objet d’explications détaillées.
Cette prise de parole est d’autant plus attendue qu’elle intervient après l’annonce du retrait de Raymond Ndong Sima de ses fonctions au sein de la société, une décision qui a contribué à alimenter les interrogations sur la gouvernance de l’AGROPAG et sur les difficultés rencontrées par cette entreprise stratégique, créée en février dernier pour reprendre les actifs de la SAEG et porter les ambitions gouvernementales en matière de souveraineté alimentaire.
Les prochains jours devraient ainsi permettre de savoir si la direction entend répondre point par point aux révélations publiées par L’Union, présenter un état réel des finances et des activités de l’entreprise, ou encore annoncer des mesures destinées à restaurer la confiance des salariés, des partenaires et des pouvoirs publics. Une séquence déterminante pour une société appelée, à l’origine, à incarner la relance de la production agricole nationale.















1 Commentaire
En privilégiant une nomination qui donne l’impression de répondre davantage à des considérations politiques, ethniques ou claniques qu’à des critères de compétence, on a peut-être compromis cette entreprise avant même qu’elle ait réellement commencé ses activités.
À la lecture du parcours de M. Aubert Ndjila, je ne vois pas clairement ce qui démontre une expérience particulière, une expertise reconnue ou une véritable passion pour le secteur agropastoral. Or, dans une phase aussi sensible de relance, la direction d’une entreprise stratégique comme l’AGROPAG ne devrait pas être confiée sur la seule base d’équilibres politiques. Elle exige une connaissance du terrain, une vision industrielle, des compétences en gestion agricole et la capacité de mobiliser les spécialistes du secteur.
Je doute également que les professionnels, les entrepreneurs agricoles, les éleveurs, les chercheurs et les experts gabonais qui travaillent depuis longtemps sur les questions de souveraineté alimentaire aient été suffisamment associés à la structuration de cette entreprise et à la définition de sa stratégie à moyen terme. Pourtant, leur participation aurait permis de renforcer ses chances de réussite.
La nomination de Raymond Ndong Sima comme président du conseil d’administration pouvait se comprendre par son intérêt connu pour l’agriculture et son engagement personnel dans ce domaine. Dans cette logique, le choix du directeur général aurait dû faire l’objet d’une véritable concertation avec lui, afin d’assurer une meilleure complémentarité et une gouvernance cohérente entre le conseil d’administration et la direction générale.
Malheureusement, nous continuons à politiser, à personnaliser et parfois à ethniciser les nominations, même lorsqu’il s’agit de secteurs aussi critiques que l’agriculture et la souveraineté alimentaire. Les résultats semblent aujourd’hui en montrer les conséquences : blocages administratifs, salaires impayés, pertes de bétail, difficultés opérationnelles et crise ouverte de gouvernance.
La conférence de presse annoncée devra donc apporter des réponses précises, documentées et vérifiables. Il ne suffira pas de communiquer : il faudra expliquer les choix effectués, présenter l’état réel des finances, clarifier les responsabilités et proposer un plan crédible de redressement.