ANAC : le ciel gabonais a un gardien, et vous ne le connaissez vraiment pas
On ne la voit presque jamais. Pourtant, sans elle, aucun avion ne décollerait en toute légalité, aucun pilote ne pourrait exercer et aucun aéroport ne fonctionnerait selon les normes internationales. Chargée de veiller sur la sécurité du transport aérien, l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) connaît, ces dernières années, une profonde mutation. Aéroports, compagnies, audits, bourses d’études : plongée au cœur d’une institution discrète mais essentielle au fonctionnement du ciel gabonais.

Derrière chaque avion prêt à décoller, il y a la vigilance discrète de l’ANAC. (Photo d’illustration). © werma.com
Peu connue du grand public, l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) figure pourtant parmi les institutions les plus stratégiques du pays. Des informations recueillies auprès de quelques hauts cadres de la maison et de sources du ministère des Transports, de la Marine Marchande chargé de la Logistique, couvrant la période d’octobre 2023 à juillet 2026, permettent de lever le voile sur une agence dont l’action touche bien plus de domaines qu’on ne l’imagine, de la sûreté des vols jusqu’à la formation de la relève aéronautique gabonaise.

Les équipes de l’ANAC lors du lancement de l’atelier de validation des cartes et procédures de vol, et des études de sécurité y afférentes (septembre 2025). © anacgabon.org
Créée en 2008, l’ANAC met en œuvre la politique nationale de l’aviation civile. Concrètement, elle supervise les trois aéroports internationaux du pays, Libreville, Port-Gentil et Franceville, ainsi qu’un réseau d’aérodromes de l’arrière-pays desservant Lambaréné, Mouila, Lébamba, Tchibanga, Mayumba, Oyem, Makokou et Koulamoutou. Elle contrôle également les compagnies aériennes autorisées à opérer dans le ciel gabonais, parmi lesquelles Afrijet, National Airways Gabon et Solenta Aviation Gabon, rejointes récemment par Fly Gabon.
Un maillage territorial et humain en pleine expansion
Pour exercer cette surveillance sur un territoire aussi vaste, l’agence a considérablement renforcé ses moyens. Ses effectifs sont passés de 127 à 147 agents, et quatre délégations régionales ont été créées, couvrant chacune deux provinces : Haut-Ogooué et Ogooué-Lolo, Ogooué-Maritime et Moyen-Ogooué, Ogooué-Ivindo et Woleu-Ntem, Ngounié et Nyanga. Le 11 octobre 2024, le président du Conseil d’administration de l’ANAC, Marcel Robert Tchoreret, a présidé la remise de véhicules de fonction aux délégués régionaux, une dotation logistique destinée à garantir une supervision de proximité sur l’ensemble du pays.
Cette présence territoriale répond à un enjeu très concret pour les usagers de l’aérien de l’intérieur : sécuriser des aérodromes qui, faute de procédures de vol homologuées, exposaient jusque-là compagnies et passagers à des risques accrus lors des conditions météorologiques difficiles.
L’audit USAP-CMA, grand rendez-vous de juillet 2025
La période examinée aura été marquée par une intensification des préparatifs pour l’audit USAP-CMA (Universal Security Audit Programme, Continuous Monitoring Approach). Il s’agit du programme de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) consacré à la sûreté, effectivement réalisé en juillet 2025. Cette échéance a structuré une grande partie du travail réglementaire de l’ANAC durant ces deux dernières années : révision du Code de l’aviation civile, actualisation des règlements techniques et renforcement des capacités de contrôle.
Pour le passager ordinaire, cet audit a une portée directe même s’il reste invisible : c’est de lui que dépend, en partie, la reconnaissance internationale des compagnies gabonaises et la confiance des assureurs et partenaires étrangers envers le pavillon national.
Fly Gabon et la relève : l’ANAC au service des Gabonais
Peu de citoyens savent que l’ANAC a joué un rôle déterminant dans le lancement de Fly Gabon, la nouvelle compagnie aérienne nationale créée en 2024. Une flotte de six aéronefs a été réceptionnée à cet effet, dont trois ATR dédiés à l’exploitation commerciale et trois autres réservés aux forces de défense et de sécurité, testés et baptisés par le président de la République lui-même. Cette contribution a valu au président du Conseil d’administration, au directeur général et au directeur général adjoint de l’agence une décoration de reconnaissance des Forces armées gabonaises.
L’agence s’investit également dans la formation des futurs professionnels du secteur. Un partenariat a été signé en janvier 2024 avec l’Agence nationale des bourses du Gabon pour créer le programme «Bourses ANAC», destiné à financer les études des jeunes Gabonais souhaitant embrasser les métiers de l’aviation, pilotes, contrôleurs aériens, techniciens de maintenance ou inspecteurs de sûreté. Cette initiative s’ajoute à des accords de coopération technique noués avec des homologues étrangers, notamment l’ANAC-Centrafrique et l’École africaine et malgache de l’aviation civile à Niamey, pour renforcer les compétences du personnel gabonais.
L’ANAC appartient à cette catégorie d’institutions dont l’efficacité se mesure à leur discrétion. Trois aéroports internationaux, huit provinces couvertes par ses délégations, un audit de sûreté mené à son terme, une compagnie nationale accompagnée dans son envol et des bourses pour la relève : c’est cette somme de gestes, souvent invisibles pour le grand public, qui garantit qu’un vol décolle et atterrit dans des conditions conformes. C’est aussi le rappel qu’en matière d’aviation, la sécurité ne se décrète jamais : elle se construit, chaque jour, dans la rigueur des contrôles et la permanence de la vigilance.















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