Assises nationales sur la santé mentale au travail : les employeurs face à leurs responsabilités
À Port-Gentil, la première édition des Assises nationales sur la santé mentale au travail, ouverte le 5 novembre à la Maison de la jeunesse et de la culture de l’Ogooué-Maritime, entend sensibiliser les employeurs et les pouvoirs publics à la nécessité de mieux prévenir et prendre en charge la souffrance psychologique en milieu professionnel.

Le Pr Tessa Moundjiegout lors de la conférence inaugurale consacrée aux enjeux de la santé mentale au travail. © GabonReview
Le monde professionnel gabonais est-il prêt à reconnaître la souffrance psychologique de ses travailleurs et à y apporter des réponses adaptées ? C’est l’une des principales interrogations au cœur de cette rencontre qui réunit, jusqu’au 7 novembre, experts en psychologie, employeurs, représentants syndicaux, professionnels de santé et spécialistes de la sécurité au travail.
Placées sous le thème «De la prévention à l’accompagnement : la santé mentale au travail, un enjeu stratégique de sécurité, de performance du capital humain et de développement durable des organisations», ces assises visent à faire évoluer les pratiques managériales.
Représentant le maire de Port-Gentil, le troisième adjoint, Tonny Mboumi, a salué une initiative qui invite les dirigeants à ne plus dissocier performance économique et bien-être psychologique. «La santé mentale au travail ne se limite pas à la santé physique. (…) Le stress, la pression professionnelle, l’épuisement et les difficultés constituent aujourd’hui des défis auxquels nos administrations et nos entreprises doivent apporter des réponses pratiques. Nous devons garder à l’esprit qu’un travailleur épanoui est un acteur essentiel de la performance de son organisation», a-t-il déclaré.
Un cadre juridique encore insuffisant

Une vue de l’assistance. © GabonReview
Lors de la conférence inaugurale, le Pr Tessa Moundjiegout, enseignant-chercheur au département de psychologie de l’Université Omar-Bongo (UOB), a abordé les enjeux humains, sociaux et économiques de cette problématique. Dans sa communication intitulée «Santé mentale au travail : enjeux humains, sociaux et économiques pour les entreprises», l’universitaire a notamment pointé les insuffisances du dispositif gabonais en matière de protection de la santé psychologique des travailleurs.
Selon lui, «il faut dire que la dimension psychologique de tout travailleur a longtemps été négligée, même si le Code du travail gabonais essaye d’esquisser quelques lignes sur la santé du travailleur, mais la santé mentale n’est pas prise en compte», a-t-il expliqué.
Une situation qui appelle, selon le conférencier, un renforcement des mécanismes institutionnels de prévention et de protection. Il estime que les réalités actuelles du pays rendent indispensable l’intégration de cette dimension dans les politiques de gestion des organisations, qu’elles relèvent du secteur public ou privé.
Vers une feuille de route nationale
Au-delà des communications scientifiques, les organisateurs ambitionnent de faire émerger des propositions concrètes, notamment à travers l’élaboration d’une feuille de route nationale consacrée à la santé mentale dans les administrations publiques et les entreprises privées. Ces professionnels sont donc invités à réfléchir aux mécanismes permettant d’identifier les premiers signes de détresse psychologique, d’anticiper les situations à risque et de proposer un accompagnement adapté.
Les échanges ont aussi exploré des approches complémentaires de prévention, notamment les thérapies douces et la pratique du yoga pour mieux maîtriser les troubles liés à la santé mentale.
Parmi les participantes, la médiatrice professionnelle engagée dans la promotion de la médiation anticipative en entreprise, Annie-Flore Batchiellilys, a insisté sur la qualité des relations professionnelles et le bien-être psychologique qui, selon elle, constituent des dimensions indissociables.
Ainsi, ces premières Assises nationales posent une question fondamentale : peut-on durablement exiger des performances élevées sans se préoccuper de l’équilibre psychologique de ceux qui les produisent ? Une interrogation qui permettra de dégager des recommandations pertinentes, mais leur portée dépendra surtout de leur traduction en mesures concrètes.


















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