La cérémonie de l’Élysée avait tout d’une victoire gabonaise. Pourtant, à la lecture, le protocole ressemble davantage à un sursis accordé à Eramet. Le Gabon a en effet signé un texte où il s’engage à fournir l’électricité, quand Eramet ne s’engage qu’à étudier. Aucun des trois projets industriels n’est ferme, tous dépendent de décisions d’investissement futures, et l’échéance présidentielle de janvier 2029 ne survit pas au calendrier retenu.

Sosthène Nguema Nguema, ministre des Mines, et Christel Bories, PDG d’Eramet, échangent une poignée de main après la signature du protocole sur le manganèse, sous les applaudissements des présidents Oligui Nguema et Macron, le 20 juillet 2026 à l’Élysée. © Com. présidentielle Gabon

 

La lecture attentive du communiqué publié le 20 juillet par le groupe minier français invite à tempérer l’enthousiasme. À chaque scénario industriel correspond une réserve : «décision finale d’investissement formelle», «validation préalable des conditions techniques, environnementales, économiques et industrielles», «convention d’investissement distincte». Le projet phare, l’usine d’alliages de 265 000 tonnes annoncée pour 2031, est explicitement conditionné à la «sécurisation des conditions énergétiques et logistiques» avant tout engagement.

Le texte consacre par ailleurs un principe qui donne à Eramet la maîtrise du tempo : le groupe évaluera «de façon autonome» la rentabilité des projets, afin de ne mettre en œuvre que des «options industrielles rentables». Autrement dit, la feuille de route fixe des ambitions, mais la décision d’y donner corps demeure, à chaque étape, entre les mains du conseil d’administration parisien.

L’énergie, talon d’Achille de la souveraineté industrielle

C’est le point le plus sensible de l’accord. Le protocole «reconnaît l’importance fondamentale de l’accès à l’énergie compétitive en tant que prérequis à tout développement industriel» de la chaîne de valeur du manganèse. Et il est convenu que «la République gabonaise assurera le développement des solutions énergétiques nécessaires», avec le soutien de tiers autres qu’Eramet et sa filiale. Le groupe minier s’exonère ainsi de tout investissement dans la production électrique.

Or, l’état du secteur énergétique national est connu de tous. La crise de la SEEG, les délestages récurrents à Libreville comme à l’intérieur du pays, la scission encore inachevée de l’opérateur historique en deux entités distinctes : autant d’éléments qui interrogent la capacité de l’État à livrer, dans les délais impartis, les mégawatts qu’exigerait une métallurgie du manganèse à grande échelle. Une usine d’alliages est une dévoreuse d’électricité. Faute de solution énergétique crédible d’ici 2029 ou 2030, le scénario le plus ambitieux du protocole pourrait rester lettre morte, sans qu’Eramet puisse en être tenu pour responsable.

Un calendrier qui court jusqu’en 2031

Le séquençage retenu ménage également au groupe français un horizon confortable. La première réalisation tangible, l’usine d’oxyde de manganèse de Libreville, ne dépasserait pas 20 000 tonnes de minerai transformé par an dans sa phase initiale, soit une fraction infime des quelque 7 millions de tonnes extraites annuellement à Moanda. La montée en puissance vers les 700 000 tonnes affichées suppose que les trois scénarios aboutissent, ce que rien ne garantit à ce stade.

Reste le comité de suivi trimestriel, seul mécanisme de redevabilité inscrit dans le texte. Son efficacité dépendra de la capacité de la partie gabonaise à y peser, à documenter les engagements et à rendre publics les éventuels blocages. Sur ce terrain, la vigilance de la société civile et de la presse sera déterminante : un protocole d’accord n’est pas une convention d’investissement, encore moins une usine sortie de terre.

 
GR
 

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