Au Gabon, «la fidélité est devenue une denrée rare», selon Ali Bongo
À l’occasion de l’anniversaire d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, Ali Bongo Ondimba lui a adressé une longue lettre de félicitations dans laquelle il dépasse largement le registre des vœux personnels. L’ancien président gabonais y rend hommage à la fidélité de son ancien ministre et secrétaire général, tout en déplorant que « la fidélité est devenue une denrée rare » dans le contexte politique actuel. Une formule qui sonne comme une critique directe des responsables actuels du Parti démocratique gabonais (PDG), dont il continue de contester la légitimité.

Ali Bongo Ondimba, le 2 avril 2023, lors des cérémonies marquant le 55e anniversaire du PDG. © D.R.
Loin d’un simple message d’anniversaire, la lettre signée par Ali Bongo Ondimba revêt une portée éminemment politique. En s’adressant à Ali Akbar Onanga Y’Obegue, qu’il présente toujours comme le secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG), l’ancien chef de l’État réaffirme son autorité sur la formation qu’il estime n’avoir jamais cessé de présider.
« À l’occasion de votre anniversaire, je tiens à vous adresser mes vœux les plus sincères de santé, de bonheur et d’accomplissement », écrit-il d’abord, avant de saluer le choix de son fidèle compagnon d’être resté à ses côtés « pour [se] consacrer, corps et âme, à l’œuvre de restauration de la légalité de notre parti ».
Un hommage à la fidélité… et un message aux « traîtres »
Le passage le plus marquant de cette correspondance intervient lorsqu’Ali Bongo évoque le contexte politique actuel. Sans citer de noms, il adresse un reproche transparent à ceux qui ont pris les commandes du PDG après sa chute du pouvoir.
« Dans le contexte que traverse notre pays, la fidélité est devenue une denrée rare. Vous, Camarade, comptez parmi les rares qui soient demeurés droits dans leurs convictions, fidèles au Parti, à ses militants et à ses valeurs, fidèles surtout à l’exigence du retour à la légalité que nous portons ensemble. Cette loyauté-là, je la reconnais et je la salue », écrit-il.
Cette phrase constitue le cœur politique de la lettre. En érigeant Ali Akbar Onanga Y’Obegue en modèle de fidélité, Ali Bongo oppose implicitement ce dernier à plusieurs anciens compagnons de route qu’il considère désormais comme des transfuges.
La bataille pour le contrôle du PDG se poursuit
Depuis le congrès ayant porté Blaise Louembé à la présidence du PDG et Angélique Ngoma au secrétariat général, Ali Bongo Ondimba et Ali Akbar Onanga Y’Obegue refusent de reconnaître cette nouvelle direction. Ils soutiennent que ces désignations violent les statuts du parti et affirment que l’ancien président demeure le seul président légitime du PDG.
Les deux hommes accusent en outre les dirigeants actuels d’avoir trahi le parti en soutenant les nouvelles autorités issues de la transition puis le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Cette fracture a donné naissance à deux courants irréconciliables : d’un côté, l’aile conduite par Blaise Louembé et Angélique Ngoma ; de l’autre, le courant dit « légaliste et loyaliste » animé par Ali Akbar Onanga Y’Obegue sous l’autorité revendiquée d’Ali Bongo Ondimba.
« Restaurer la légalité » du parti
Dans sa lettre, Ali Bongo affirme d’ailleurs que les efforts engagés avec Ali Akbar Onanga Y’Obegue approchent de leur aboutissement. « Notre travail commun touche progressivement à son terme. J’ai la conviction que les efforts consentis permettront bientôt au Parti démocratique gabonais de retrouver pleinement son fonctionnement normal dans le respect de ses textes, de ses institutions et de son histoire », assure-t-il.
Une déclaration qui confirme sa volonté de poursuivre le bras de fer engagé depuis plusieurs mois pour reprendre le contrôle du PDG, malgré la direction installée à Libreville et reconnue par une autre partie des cadres du parti. Elle s’inscrit dans la continuité des démarches judiciaires et politiques entreprises par Ali Bongo contre le directoire conduit par Blaise Louembé et Angélique Ngoma, qu’il accuse d’avoir usurpé la direction de la formation politique.
À travers cette lettre d’apparence privée, l’ancien président transforme finalement un message d’anniversaire en une nouvelle déclaration politique, réaffirmant qu’il se considère toujours comme le chef de file légitime du Parti démocratique gabonais et que, à ses yeux, le combat pour la « restauration de la légalité » est loin d’être terminé.















1 Commentaire
La fidélité? De quelle fidélité parle »cette erreur de la nature »? on lui est fidèle à partir que l’on se met à genou devant lui? que l’on se prosterne?que l’on se plie à toutes ses exigences? Il aurait mieu faitt de la boucler et de se faire oublier avec tous les dégats qu’il a commis. Il espère quoi encore?