Avoirs criminels : à Libreville, la riposte judiciaire se muscle
Pendant 48 heures, magistrats, experts financiers et partenaires internationaux planchent à Libreville sur le recouvrement des avoirs criminels. Objectif : frapper les délinquants au portefeuille et renforcer l’efficacité de la justice face à la criminalité économique.

Le ministre Augustin Emane (au centre) lors de l’ouverture de la 2e conférence des parquetiers, le 3 avril 2026 à Libreville. © GabonReview
À Libreville, la lutte contre la criminalité économique et financière change de dimension. Du 3 au 4 avril 2026, le parquet général près la Cour d’appel judiciaire, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’ambassade de France, organise la deuxième conférence des parquetiers autour du thème du recouvrement des avoirs criminels.
Durant ces travaux, les participants examinent les mécanismes juridiques de détection, de gel, de saisie et de confiscation des biens issus d’activités illicites. Une approche à la fois doctrinale et opérationnelle, pensée pour répondre aux nouvelles formes de criminalité financière, de plus en plus sophistiquées.
Pour le Dr Eddy Minang, procureur général près la Cour d’appel de Libreville, l’enjeu est clair : aller au bout de l’action pénale. «Le recouvrement des avoirs criminels s’impose aujourd’hui comme une exigence cardinale de l’action du ministère public. Il ne suffit plus de poursuivre, ni de requérir la condamnation, mais il nous appartient désormais de conduire l’action pénale jusqu’à son terme, afin que le crime ne paye plus», a-t-il déclaré.
Au-delà des sanctions pénales, c’est donc la dimension patrimoniale de la justice qui est désormais au cœur des stratégies. «C’est à cette condition que la justice pénale retrouvera toute sa portée en atteignant les ressorts économiques de l’activité illicite», a-t-il ajouté, rappelant que cette rencontre s’inscrit dans la continuité du procès dit de la «Young Team» de novembre 2025.
Le recouvrement des avoirs criminels constitue un levier puissant de justice

Une vue des participants et la photo de famille à l’issue de la cérémonie protocolaire. © GabonReview
Même constat du côté du PNUD. Pour son représentant de la représentante au Gabon, Alain Ayadokoun, la lutte contre la criminalité ne peut se limiter à la répression des infractions. «Le recouvrement des avoirs criminels constitue un levier puissant de justice, de dissuasion et de développement», a-t-il indiqué, soulignant la complexité croissante des circuits financiers illicites, entre sociétés écrans et montages transnationaux.
Au-delà de l’enjeu judiciaire, la portée est également sociale et économique. Chaque bien récupéré représente une ressource potentielle pour financer les services publics essentiels. D’où l’appel à renforcer la coopération, tant au niveau national qu’international, afin de mieux traquer et rapatrier les fonds détournés.
Cette orientation s’inscrit dans la volonté politique affichée au sommet de l’État. Dans son discours du 31 décembre 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait qualifié la lutte contre la corruption de «champ de bataille», appelant à une mobilisation accrue des institutions. Dans cette dynamique, la France a réaffirmé son engagement à accompagner le Gabon, notamment à travers la formation de magistrats spécialisés.
Amélioreront durablement l’efficacité du dispositif pénal
Pour le ministre de la Justice, Augustin Emane, cette conférence doit déboucher sur des résultats concrets. «Il est attendu de renforcer la maîtrise des mécanismes, d’harmoniser les pratiques entre les parquets et de consolider la coopération», a-t-il souligné, convaincu que ces échanges amélioreront durablement l’efficacité du dispositif pénal.
Réunissant magistrats, avocats, notaires, experts de l’ANIF, professionnels de la finance, universitaires et forces de sécurité, cette rencontre se veut résolument inclusive. Elle ambitionne surtout d’aboutir à une feuille de route stratégique capable de renforcer durablement le dispositif national de recouvrement des avoirs criminels. En ligne de mire : une justice plus efficace, mais aussi un levier supplémentaire pour le développement du Gabon, en réinjectant dans l’économie des ressources issues de la lutte contre la criminalité.













1 Commentaire
https://www.gabonreview.com/permis-illegaux-comptes-paralleles-fuite-medicale-lee-white-se-la-coule-royalement-douce/