" " BEAC: «Pas de dévaluation en perspective», assure Lucas Abaga Nchama | Gabonreview.com | Actualité du Gabon |
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Faisant suite aux rumeurs persistantes d’une dévaluation prochaine du franc CFA, le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Lucas Abaga Nchama, soutient, dans un communiqué, qu’il n’y a pas de dévaluation en perspective. Son optimisme se fonde sur une comparaison des indicateurs économiques des pays de la zone franc en 1994, date de l’unique dévaluation du Franc CFA depuis la création de la Beac en 1972. L’intégrale du communiqué.

Lucas Abaga Nchama, gouverneur de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC)

Depuis quelques temps, suite à un article paru dans un organe de presse ivoirien, des rumeurs persistantes font état d’une dévaluation de franc CFA. Compte tenu de l’importance de cette question et des risques que telles rumeurs font peser sur la stabilité monétaire et sue la confiance des opérateurs économiques dans le système monétaire de la CEMAC, semblé utile de faire cette communication pour éclairer l’opinion sue ce sujet.

Pourquoi a-t-on dévalué le franc CFA en Janvier 1994 ?

La dévaluation du franc CFA est intervenue en 1994 pour résorber les équilibres économiques et financiers profonds apparus dans les pays africains de la zone Franc au cours de la seconde moitié des années 80, après l’échec des tentatives d’ajustement réel.

En effet, le retournement, à partir des 1985, des cours des principales matières premières exportés par les pays africains de la zone Franc, conjugué à la dépréciation du Dollar (monnaie dans laquelle sont cotées et facturées l’essentiel de ces matières premières) a mis un terme à une longue période de croissance soutenue. Entre 1985 et 1992, les termes de l’échange se sont dégradés pour l’ensemble de ces pays à 45% environ. Les recettes à l’exportation se sont ainsi fortement contractées, provoquant une chute  des recettes budgétaires, fortement dépendantes des taxes sur le commerce extérieur. L’incapacité des Gouvernements à réduire les dépenses budgétaires, qui avaient sensiblement progressé en période de conjoncture favorable, s’est traduite par un creusement des déficits publics. De surcroît, plusieurs pays ont continué de recourir à l’endettement extérieur, afin de financer l’achèvement de projet lancés au cours des années précédentes.

En outre, à partir de 1992, le solde du compte d’opération de la BEAC auprès du Trésor Public français est devenu débiteur et le taux de couverture extérieur de la monnaie chuté en-dessous du seuil statutaire de 20%. En d’autres termes, entre 1992 et la dévaluation de 1994, la couverture en devise d’une partie des transactions extérieures de la CEMAC (importations, services de la dette, etc.) était assurée par le Trésor Public français.

Face à l’échec des mesures d’ajustement réel, les institutions de Bretton Woods ont suspendu leur aide aux pays africains de la zone Franc, et ont préconisé un ajustement monétaire.

En définitive, à fin 1993, les économies de la CEMAC étaient caractérisées par :

  • Une forte récession économique ;
  • Un déficit abyssal et structurel des budgets des Etats ;
  • Un déficit de la balance des paiements, consécutif, en particulier, à la baisse drastique des prix des matières premières exportées par les pays de la CEMAC (pétrole, café, cacao, coton, etc.)
  • Un délabrement du système bancaire, la quasi-totalité des banques étant virtuellement en faillite ;
  • Un solde débiteur du Compte d’Opérations auprès du Trésor public français ;
  • Un taux de couverture extérieur de la monnaie par les avoirs en devises étrangères inférieur à la norme minimale de 20%.

En janvier 1994, la dévaluation du Franc CFA avait donc pour principaux objectifs :

  • Le rétablissement de la compétitivité externe des économies de la zone franc et le redressement des balances commerciales ;
  • La réduction des déficits budgétaires ;
  • La reprise de la croissance ;
  • Et le renforcement de la stabilité monétaire.
Pourquoi n’y a-t-il aujourd’hui aucune raison de dévaluer le franc CFA ?

Au regard du niveau actuel des indicateurs macroéconomiques des pays de la CEMAC, rien ne peut justifier aujourd’hui une quelconque dévaluation du franc CFA. En effet, contrairement à la période qui a précédé la dévaluation de 1994, depuis quelques années, les économies de la CEMAC sont caractérisées par :

  • Une bonne tenue des cours des principaux produits d’exportation (pétrole, cacao, café, manganèse, coton) ;
  • Une croissance soutenue ;
  • Des excédents budgétaires importants ;
  • Un système bancaire solide ;
  • Une balance commerciale fortement excédentaire ;
  • Un niveau très confortable de réserves de change, couvrant plus de 5 mois d’exportations ;
  • Un taux de couverture extérieure de la monnaie autour de 100%.

S’agissant de la situation économique et monétaire qui prévaut en Europe, il convient de rappeler qu’il s’y pose un problème de stabilité de dettes publiques de certains pays de la zone Euro. Pour autant, il importe de rappeler que les dix sept pays membres de la zone euro, formant l’Union monétaire, et les dix autres pays de l’Union européenne représentent le quart du produit intérieur brut (PIB) de l’ensemble des économies de la planète, soit le premier rang sur le plan mondial. Ceci explique, parmi d’autres raisons, malgré les difficultés auxquelles certains pays européens sont confrontés, que la parité de l’euro face au dollar américain se maintienne autour de 1,30 dollar pour un euro. Au demeurant, j’ai confiance en la capacité des européens à pouvoir remettre très rapidement leurs économies sur la voie du progrès.

En conclusion, tous les fondamentaux économiques des pays de la CEMAC montrent que ni les Etats membres de la CEMAC, ni la BEAC, ni leurs partenaires extérieurs n’ont un quelconque intérêt à dévaluer le franc CFA. Par conséquent, il ne doit être le moindre crédit à ces rumeurs, qui proviennent de personnes n’ayant aucune maîtrise des questions économiques et financières.

Lucas Abaga Nchama

 
GR
 

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