Bilan d’étape du septennat : les limites d’une stratégie
En centrant leur propagande sur l’embellissement de la ville, les inconditionnels autoproclamés éludent les questions de fond, notamment la gouvernance et les libertés publiques. Or, «pour notre essor vers la félicité», il faut garantir les mêmes droits et opportunités à tous.

«Les inconditionnels autoproclamés ont tôt fait de centrer leur propagande sur l’embellissement de la ville, éludant les questions de fond, notamment la gouvernance et les libertés publiques.» © Nao Mukadi / AFP
Tout au long de la première année du septennat en cours, des couacs, flottements et comportements peu vertueux sont apparus. Dès après sa nomination, le vice-président du gouvernement est apparu mal à l’aise, comme étranger à sa fonction, incapable d’en définir les contours ni d’en cerner les responsabilités. Durant la mise en place des bureaux des chambres du Parlement, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) s’est montré peu coopératif avec les soutiens du président de la République, sombrant dans l’arrogance. A l’heure du premier bilan d’étape, les inconditionnels autoproclamés ont tôt fait de centrer leur propagande sur l’embellissement de la ville, éludant les questions de fond, notamment la gouvernance et les libertés publiques. C’est dire si, en leur for intérieur, ils savent si les choix opérés ont été structurants ou pas. C’est aussi dire s’ils ont conscience des limites de la stratégie actuelle.
Un fonctionnement par enclaves
Même si personne ne le rappelle, tout le monde s’en souvient : le président de la République a été élu sur la promesse de bâtir «l’édifice nouveau pour notre essor vers la félicité». Cela suppose trois finalités politiques claires : Etat de droit, croissance inclusive et raffermissement du vivre-ensemble. Cela suppose aussi de la méthode. Or, loin de toute mauvaise foi, ces prérequis n’ont jamais été au rendez-vous. Sur l’ensemble du territoire national, comme à l’intérieur des villes, aucune initiative de planification, spatiale ou stratégique, n’a été lancée. Si des infrastructures ont été construites, elles ne s’inscrivent nullement dans un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU). Du coup, on comprend mieux pour certains insistent sur le distinguo entre embellissement et aménagement. On comprend aussi pourquoi d’autres établissent un autre ordre de priorités.
Pourtant, à la veille de la campagne électorale, d’aucuns n’avaient eu de cesse de le rappeler : la gouvernance politique est au fondement de tout développement à long terme. Dès après la publication de l’offre politique du candidat Oligui Nguema, d’autres l’avaient souligné : ce document fait peu de place aux réformes politiques et institutionnelles. Comme si le développement humain ne tenait pas aussi de la qualité de la gouvernance. Durant la mise en œuvre, on l’a ressenti : comme si on avait opté pour un fonctionnement par enclaves, de nombreux chantiers ont été ouverts en dehors de toute planification, sans articulation avec d’autres. Il n’en fallait pas plus pour instiller le doute sur la pertinence de nombreux choix. «Les priorités du peuple sont pourtant connues : l’eau, l’électricité, l’emploi, la santé, l’éducation, la sécurité, la justice, la lutte contre la vie chère», a fini par lancer l’ancien Premier ministre Alain-Claude Billié-By-Nzé.
Six ans pour bien faire
Tout au long de cette première année de mandat, des contrats ont été passés. Mais personne ne peut dire si cela s’est fait dans les règles de l’art, conformément à la réglementation sur la commande publique. On a parlé d’ouverture au secteur privé. Mais rien n’a été dit sur le cadre juridique y relatif. Pourtant, de notoriété publique, l’ordonnance n° 009/PR/2016 du 11 février 2016 est lacunaire. Plus généralement, le gouvernement a été prié de se mettre à l’ouvrage. Mais nul n’a songé à organiser l’alignement du corpus juridique et réglementaire sur la Constitution du 19 décembre 2024. Peu importe les raisons évoquées, tout ceci souligne une certaine précipitation voire des manquements dans la conception initiale. Au-delà, on peut nourrir des doutes sur la légalité de nombreuses actions et leurs impacts à long terme. On pourra toujours plaider l’ampleur de la tâche ou la nécessité de parer au plus pressé. Le respect des procédures et le chantier de la gouvernance n’en deviendront pas secondaires pour autant. Bien au contraire.
En réalité, les zélateurs autoproclamés du pouvoir ont opté pour la stratégie de l’évitement. Leur discours sonne, de fait, comme une reconnaissance implicite de certaines insuffisances. En vantant la construction d’immeubles ou d’équipements collectifs, ils essaient d’étouffer le débat sur la gouvernance et les libertés publiques. Or, «pour notre essor vers la félicité», il faut certes investir dans le développement humain. Mais, il faut surtout garantir les mêmes droits et opportunités à tous, gérer les ressources de manière transparente et encourager la prise en compte des besoins du plus grand nombre. Ces exigences figuraient, du reste, dans les engagements de l’après-30 août 2023. Beaucoup y avaient cru et y avaient trouvé des raisons d’espérer. Puissent les gouvernants s’en souvenir. Il reste encore six ans pour bien faire.













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