Neuf permis de communiquer ont été délivrés ce jeudi 23 avril 2026 aux proches d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, selon «La presse judiciaire gabonaise», confirmée par des sources familiales. Ce, sept jours après son placement sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville. La régularisation bénéficie à son épouse, à l’un de ses enfants, à plusieurs neveux et à un beau-frère, dans un climat d’interrogations persistantes sur les conditions initiales de sa détention.

Alain-Claude Bilie-By-Nze. Entre son écrou et les premiers permis de communiquer, sept jours d’ombre persistent. © Facebook/Jeff Clio

 

Conformément au règlement intérieur de l’établissement pénitentiaire, les bénéficiaires, donc son épouse, l’un de ses enfants, six neveux et un beau-frère, ne pourront rencontrer le détenu que le dimanche, jour exclusivement dévolu aux visites familiales. Les avocats régulièrement constitués accèdent, eux, à leur client les lundis, mercredis et vendredis, selon un calendrier validé par le ministère de la Justice. Des sources proches du prévenu indiquent que l’un de ses avocats, Me Moumbembe certainement, pourrait le rencontrer ce vendredi.

Une interdiction de communiquer de facto ?

Depuis son écrou, le jeudi 16 avril 2026, l’ancien Premier ministre est demeuré hors de portée des siens. Le secrétaire général de l’EPG a publiquement dénoncé une détention «au secret», affirmant qu’aucun proche ni conseil n’avait pu accéder au détenu. Or, le droit gabonais, d’inspiration française, autorise le juge d’instruction à prescrire une interdiction de communiquer d’une durée maximale de dix jours, renouvelable une fois. Cette mesure, par principe, ne s’applique jamais aux avocats de la défense, dont l’accès relève d’un droit intangible dès la première heure. Le décalage de sept jours entre l’incarcération et la délivrance des permis pourrait ainsi correspondre à l’exécution, tacite ou formalisée, d’une telle restriction, qu’il appartiendra au magistrat instructeur d’éclairer.

L’ombre d’un «lieu inconnu»

Reste la zone d’ombre soulevée par Princesse de Souba, qui a évoqué une détention initiale dans un «lieu inconnu» assortie de sévices corporels. L’affirmation, si elle venait à être corroborée, excéderait de très loin le cadre d’une simple mesure d’isolement judiciaire. Elle renverrait à la figure, proscrite en droit, de la détention extrajudiciaire, c’est-à-dire la privation de liberté d’une personne hors de tout établissement pénitentiaire régulier et hors de tout contrôle effectif de l’autorité judiciaire. Une telle séquence, fût-elle brève, constituerait une rupture caractérisée avec les garanties posées tant par la Constitution gabonaise que par les instruments internationaux auxquels le pays est partie, au premier rang desquels la Convention contre la torture et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

La gravité de ces allégations impose qu’elles soient instruites avec la rigueur qui sied à la mémoire récente du pays et à la parole donnée par les nouvelles autorités en matière d’État de droit. Un examen médical contradictoire, la traçabilité exacte des lieux de détention depuis l’interpellation, l’identification de la chaîne de commandement ayant couvert chaque étape : autant d’éléments dont la production relève désormais d’une nécessité autant juridique que politique. La délivrance administrative de ce jeudi, pour bienvenue qu’elle soit, ne saurait tenir lieu de réponse à ces questions. Elle en fixe, au mieux, le point de départ.

 
GR
 

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