Bilie-By-Nze : l’«ami» qui «touche beaucoup» le président Oligui mais que la justice n’arrive pas à juger
Il y a ce que le président dit, et il y a ce que la justice fait. «C’est mon ami.» En quelques mots sur France 24, Brice Clotaire Oligui Nguema a tenté de refermer le dossier Bilie-By-Nze du moins de s’en laver les mains. Pourtant, derrière cette profession de foi amicale et l’invocation d’une justice indépendante, subsistent des questions que 47 jours de détention préventive n’ont toujours pas dissipées. Entre déclarations présidentielles, procédure contestée et interrogations juridiques persistantes, retour sur une affaire qui continue d’alimenter le débat public.

Oligui Nguema sur France 24, le 2 juin 2026 : derrière la compassion affichée, la détention prolongée de son «ami» Bilie-By-Nze. © GabonReview (montage)
Le 2 juin 2026, interrogé sur France 24 par Marc Perelman, Brice Clotaire Oligui Nguema a répondu à la question Bilie-By-Nze avec une fluidité désarmante. Le journaliste rapportait sans détour que les alliés de l’opposant affirment qu’il en serait «l’instigateur». Première réaction : «Ah bon ? Et vous y croyez ?» Puis :«Je n’ai rien à voir. C’est une affaire privée. Elle ne me concerne pas.» Avant de conclure, de lui-même : «Moi, je compatis. Ça me touche beaucoup à ce qui lui arrive, surtout qu’au-delà des convictions politiques qui sont divergentes, il reste un ami. C’est mon ami, on n’a pas de problème. Et je ne suis pas mêlé.» Pas un démenti structuré : une esquive rhétorique doublée d’une compassion affichée. Puis est venue l’invocation habituelle : au Gabon comme en France, la justice est indépendante, l’exécutif ne s’y mêle pas. Sarkozy a été condamné, Le Pen aussi. Le Gabon est un État de droit.
Une procédure contestée dès le départ
La proclamation mérite pourtant d’être confrontée aux faits. Le 16 avril 2026, au lendemain de l’arrestation d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, le Procureur de la République annonçait l’ouverture d’une enquête préliminaire pour escroquerie et abus de confiance, affirmant que «l’autorité judiciaire a agi en toute indépendance». Quelques heures plus tard, l’ancien Premier ministre était conduit au tribunal sans ses avocats puis placé sous mandat de dépôt. De l’ouverture de l’enquête à la détention provisoire : une seule journée.
Sur le fond, le secrétaire général du PDG-canal Ali Bongo, universitaire et enseignant en droit, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, avait soutenu que les faits sont prescrits, qu’une dette liée à une mission de service public ne peut être imputée personnellement à un ministre. Et d’ajouter que le principal opposant du pays est poursuivi à l’issue d’une procédure initiée par la Direction générale des recherches (DGR), un service placé sous l’autorité directe du chef de l’État. La Coalition pour la Nouvelle République (CNR) avait, elle, dénoncé un «lawfare d’État». Autant d’accusations convergentes qui pointaient toutes vers le sommet de l’exécutif. Simples soupçons au regard des aveux du président Oligui sur France24 ?
Une justice lente sur un dossier pourtant très simple
C’est ici que le paradoxe apparaît. Le 19 décembre 2025, lors de la première session extraordinaire du Conseil supérieur de la magistrature de la Vème République, Oligui Nguema affirmait que «seule une justice ferme, impartiale et crédible peut restaurer pleinement la confiance du peuple gabonais».
Or, dans le dossier Bilie-By-Nze, cette justice avance lentement. Les faits sont connus, documentés par une plainte et un récit officiel. Les principaux protagonistes sont identifiés, à commencer par Paul Mba Abessole, alors ministre de la Culture, la plaignante et plusieurs responsables du RNB impliqués dans l’organisation de la Fête des cultures. Dès lors, une question demeure : comment une affaire aux contours aussi clairement établis peut-elle justifier des semaines de détention préventive sans qualification définitive des faits ?
Ce que le parallèle français ne dit pas
Le président a absolument raison sur un point : la justice gabonaise mérite le même respect que la justice française. Mais la comparaison vaut dans les deux sens. En France, les dossiers Sarkozy ou Le Pen ont été instruits sur des bases juridiques clairement établies avant toute condamnation. Au Gabon, le Procureur annonçait le 16 avril l’ouverture d’une enquête préliminaire dont la «qualification définitive» restait à déterminer. Le soir même, Bilie-By-Nze était placé sous mandat de dépôt.
Dire «je n’ai rien à voir» et affirmer «c’est mon ami» n’est pas contradictoire. Mais au fond, l’enjeu dépasse les relations personnelles et les controverses politiques. Il porte sur une question simple qui ne concerne que l’appareil judiciaire : quels sont les fondements juridiques qui justifient aujourd’hui le maintien en détention préventive d’Alain-Claude Bilie-By-Nze pour des faits remontant à 2008 ? C’est désormais à la justice, dont l’indépendance est revendiquée par tous, le Chef de l’Etat en premier, d’apporter une réponse claire et incontestable.













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