Port-Gentil : le stade Michel-Essonghe pillé par ses propres gardiens en uniforme
Ils étaient là pour protéger. Ils ont plutôt dépouillé. Des militaires affectés à la garde du complexe omnisports Michel-Essonghe à Port-Gentil, auraient méthodiquement vidé le stade pièce par pièce : téléviseurs, écrans plasma, câbles, groupes électrogènes, salon présidentiel compris. Arrêtés et transférés à Libreville, ils tentent aujourd’hui de rejeter la faute sur des ferrailleurs de banlieue. Personne n’est dupe.

Le complexe omnisports Michel-Essonghe de Port-Gentil, vidé de ses équipements par ceux-là mêmes qui en assuraient la garde. © GabonReview (montage)
L’affaire remonte à l’après-CAN 2017. À l’issue du tournoi continental qui avait fait du Gabon l’un des pays hôtes, le complexe omnisports Michel-Essonghe avait été placé sous surveillance militaire permanente. Une décision qui devait garantir l’intégrité d’un équipement coûteux, vitrine sportive de la capitale économique. C’est précisément cette décision qui est aujourd’hui au cœur du scandale.
Lors d’une visite de terrain, l’ancien ministre des Sports André-Jacques Augand avait découvert un spectacle sidérant : le stade avait été intégralement vidé de sa substance. Téléviseurs, écrans plasma, mobilier des salons VIP, équipements sanitaires, groupes électrogènes, frigidaires, congélateurs, câbles en cuivre… rien, ou presque, n’avait été épargné. Des sources proches du dossier évoquent un pillage organisé, attribué à plusieurs agents militaires affectés sur place.
Une enquête relancée, des arrestations tardives
Une enquête avait été ouverte, poursuivie par une collaboratrice bien placée du ministre après son départ du gouvernement. C’est dans ce cadre qu’une délégation spéciale du B2, la Direction du renseignement militaire, partie de Libreville aurait séjourné à Port-Gentil pour élargir les investigations. La semaine dernière, plusieurs militaires ont été interpellés et acheminés vers Libreville. L’enquête, selon nos sources, suit son cours.
Interrogés, les agents mis en cause ont adopté une stratégie de défense pour le moins audacieuse : désigner des jeunes désœuvrés, revendeurs de matériaux de récupération et cuivre à recycler, près de la décharge municipale de Ntchengue, comme les véritables auteurs des vols. Une thèse que l’accusation balaie d’un argument imparable : comment de simples ferrailleurs auraient-ils pu forcer l’entrée d’un site gardé nuit et jour par des soldats en armes ?
La question qui demeure sans réponse
Téléviseurs, écrans plasma, groupes électrogènes, salon présidentiel : tout ce qui faisait de ce stade un équipement de standing a disparu. Qui en a disposé, à quel prix, et vers quelles mains ? Car derrière le pillage matériel se profile une réalité plus troublante : celle d’un trafic organisé, conduit depuis l’intérieur d’un périmètre militarisé, avec la logistique qu’implique le démontage et l’écoulement de matériels lourds.
L’enquête du B2 devra répondre à cette question que personne, dans les couloirs de la hiérarchie militaire, ne semble pressé de poser à voix haute. Comment des soldats en armes, censés incarner l’autorité de l’État sur ce site, ont-ils pu en devenir les prédateurs méthodiques ? L’affaire dépasse désormais le fait divers. Elle interroge, de manière cinglante, la capacité de l’État à protéger son propre patrimoine contre ceux à qui il en confie précisément la garde.













0 commentaire
Be the first one to leave a comment.