Trente dollars par passager, soit près de 17 000 FCFA, pour une redevance que l’IATA classe «parmi les plus élevées au monde». Dans une lettre adressée le 6 août au ministre des Transports, l’organisation internationale demande au Gabon de suspendre le prélèvement destiné au système API/PNR. Elle pointe une mesure instaurée sans consultation préalable des compagnies, dont elle conteste les conditions de financement alors même que le dispositif n’est pas encore opérationnel.

À Libreville, chaque passager pourrait supporter une redevance API/PNR de plus de 17000 F.CFA, un montant que l’IATA juge «parmi les plus élevés au monde» et dont elle demande la suspension. © Marco Gerelli / GabonReview (montage)

 

Trente dollars (environ 17 000 francs CFA) par passager, avant même que le système censé justifier leur perception ne soit pleinement opérationnel. Pour l’Association du transport aérien international (IATA), la nouvelle redevance API/PNR instaurée au Gabon pose suffisamment de problèmes pour en demander la suspension. Dans une lettre adressée le 6 août au ministre des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, l’organisation estime que son montant compte «parmi les plus élevés au monde» et s’inquiète de ses conséquences sur le transport aérien.

30 dollars, et plusieurs objections

L’IATA hausse donc le ton sur la nouvelle redevance aéroportuaire API/PNR. Instituée par un arrêté du 10 juin 2026, elle doit s’appliquer aux aéroports internationaux de Libreville, Port-Gentil et Franceville et financer le dispositif de collecte et de traitement des renseignements préalables concernant les voyageurs (API) et des dossiers passagers (PNR).

Pour explication, API (Advance Passenger Information) concerne les informations d’identité du voyageur que la compagnie aérienne transmet aux autorités, par exemple le nom, la date de naissance, la nationalité et les données du passeport. Tandis que PNR (Passenger Name Record) c’est le dossier de réservation du passager détenu par la compagnie aérienne. Il contient les informations liées à son voyage et à sa réservation.

Sur le principe, pas de désaccord. L’organisation affirme soutenir pleinement ces systèmes, considérés comme essentiels à la sûreté des frontières, à la facilitation des déplacements et à la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. C’est leur financement au Gabon qui fait grincer des dents.

Selon l’IATA, la redevance aurait été introduite «sans consultation préalable des compagnies aériennes ni communication transparente de sa justification économique». Une démarche qui, estime-t-elle, semble s’écarter des principes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) en matière de consultation, de transparence, de lien avec les coûts et de non-discrimination.

«Parmi les plus élevées au monde»

En tout cas, le montant cristallise surtout les critiques : 30 dollars par passager, soit environ 16 700 FCFA. L’IATA considère cette redevance comme «parmi les plus élevées au monde». Plus problématique à ses yeux, les voyageurs pourraient être appelés à financer un système API/PNR qui n’est «pas encore opérationnel». L’organisation rappelle le principe de l’OACI selon lequel les usagers ne devraient être facturés que pour des services effectivement fournis. Elle redoute également qu’un tel prélèvement affecte la demande, la connectivité aérienne et, au-delà, les retombées économiques du secteur au Gabon.

L’IATA soulève parallèlement la question du cadre juridique entourant la collecte des données : finalités de leur utilisation, durée de conservation, contrôle des accès, transferts éventuels vers des pays tiers et limitation aux informations strictement nécessaires.

L’IATA réclame un coup d’arrêt

Ses recommandations sont sans ambiguïté : consultation formelle et transparente avec les compagnies aériennes, examen de financements alternatifs et surtout « suspension de toute nouvelle redevance relative à l’API/PNR afin d’en limiter l’impact ».

L’organisation demande également un calendrier réaliste. Les compagnies auraient généralement besoin de trois à six mois après la phase pilote et la réception du cadre réglementaire et des spécifications techniques pour adapter leurs systèmes.

L’IATA ne demande donc pas au Gabon de renoncer à l’API/PNR. Elle lui demande de revoir les conditions, le calendrier et surtout le financement de sa mise en œuvre. Avec 30 dollars par voyageur, la facture est, à ses yeux, beaucoup trop salée.

 
GR
 

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