Une délégation multisectorielle a récemment lancé une mission de terrain à Mayumba afin de poser les jalons d’un futur sanctuaire dédié aux nurseries de requins. Entre impératifs écologiques et survie économique des communautés locales, ce projet porté par l’ANPN et ses partenaires vise à concilier la préservation d’espèces menacées avec une gestion durable des ressources halieutiques.

Le projet de sanctuaire s’inscrit dans une vision économique à long terme. En protégeant les nurseries, l’État gabonais assure la régénération des stocks halieutiques, garantissant ainsi la pérennité de la ressource. © D.R.

 

Le Gabon réaffirme son ambition de leader de la conservation marine en Afrique Centrale. Sous l’égide de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) et avec l’appui de l’ONG Sea Shepherd et de WCS, une mission de terrain s’est déployée dans les eaux de la province de la Nyanga en janvier 2026. Cette initiative repose sur des données scientifiques récoltées sur plusieurs années, confirmant que les eaux de cette localité constituent une zone de nurserie vitale pour le développement de jeunes élasmobranches.

L’enjeu est de taille : il s’agit de protéger le Requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini) et le Requin bordé (Carcharhinus limbatus). Ces deux espèces, classées comme menacées à l’échelle mondiale, trouvent dans les eaux gabonaises un refuge essentiel pour leur reproduction. Bien que la législation gabonaise protège déjà les raies et les requins, la création d’un sanctuaire spécifique permettrait d’encadrer plus strictement les activités anthropiques dans ces zones critiques.

Une approche concertée pour la gestion de l’espace

Contrairement aux modèles de conservation restrictifs, cette mission privilégie la co-construction avec les acteurs locaux. La délégation conduite par Inès Bike intègre des représentants des ministères des Eaux et Forêts ainsi que de la Mer et de la Pêche pour garantir une approche transversale. Le groupe de travail s’attèle actuellement à la délimitation physique de la zone concernée tout en échangeant sur les contours juridiques du futur texte de classement.

L’un des piliers de cette intervention repose sur la consultation systématique de l’ensemble des parties prenantes, allant des chefs coutumiers aux commerçants, afin de s’assurer que les restrictions éventuelles soient comprises et acceptées. Les techniciens de l’ANPN et leurs partenaires s’efforcent de formuler des propositions qui concilient la protection stricte des juvéniles avec le maintien des usages locaux. Cette démarche de pédagogie est jugée indispensable pour transformer la contrainte environnementale en un levier de durabilité pour la pêche artisanale.

Vers un modèle de développement durable

Le projet de sanctuaire s’inscrit dans une vision économique à long terme. En protégeant les nurseries, l’État gabonais assure la régénération des stocks halieutiques, garantissant ainsi la pérennité de la ressource pour les générations futures de pêcheurs. La mission a débuté par des réunions techniques pour harmoniser les messages de sensibilisation avant d’entamer les visites de civilité auprès des autorités administratives et judiciaires de la localité.

La prochaine étape de ce déploiement consistera à valider avec les communautés des solutions réalistes qui permettront d’officialiser le site par décret gouvernemental. En réussissant ce pari du dialogue, le Gabon pourrait transformer Mayumba en une vitrine mondiale de la gestion concertée des ressources marines. Une question subsiste toutefois : comment l’État accompagnera-t-il les pêcheurs locaux durant la phase de transition vers ce nouveau cadre de gestion ?

 
GR
 

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