Au Gabon, un fonctionnaire retraité perçoit 230.000 francs alors que son dernier salaire était de 900.000 francs ; d’autres qui touchaient 1.320.000 francs de salaire d’actif, reçoivent 378.000 francs une fois mis à la retraite… le calvaire après avoir servi l’Etat. Pourtant, en juillet 2015, le gouvernement mettait en place un nouveau système de rémunérations devant conduire à l’amélioration du niveau des pensions par l’augmentation de l’assiette de cotisation. Près de quatre années plus tard, la mise en place du nouveau système des rémunérations (NSR) croupi dans les tiroirs du gouvernement. Pour longtemps encore ?

Des retraités de catégorie A1 (la catégorie suprême) perçoivent des pensions de 230.000 francs alors que leurs derniers salaires, lorsqu’ils étaient encore actifs, s’élevaient à 900.000 francs. © Gabonreview/Shutterstock

 

La Commission d’élaboration du Nouveau système des rémunérations (CENSR), qui travaillait sous la direction du ministre de la Fonction publique d’alors, Jean-Marie Ogandaga, a-t-elle menti à l’opinion ? Celle-ci réunissait de nombreux représentants des ministères de la Fonction publique et du Budget et des Comptes publics, ainsi que d’autres experts gabonais triés sur le volet. La structure avait, en avril-mai 2015, au moment où elle préparait le soi-disant nouveau système des rémunérations (NSR) des 95.000 agents de l’Etat, annoncé que celui-ci serait immédiatement suivi par l’instauration d’un nouveau système des pensions de retraite. L’opinion appuyait cette annonce, d’autant plus que depuis plusieurs années, les organisations syndicales des agents publics demandaient une revalorisation des salaires. Et la CENSR semblait être en phase avec cette exigence.

«L’objectif du NSR était, affirmaient-ils, de permettre l’amélioration du niveau des pensions, car les fonctionnaires et autres agents publics vivaient des moments trop difficiles, une fois admis à la retraite». Ce nouveau système de rémunération était basé sur quatre piliers : l’équité (avec la justice comme valeur fondamentale de la gestion des rémunérations), la compétitivité, l’attractivité (avec la revalorisation des niveaux de rémunérations), la flexibilité (l’adaptation à la diversité des situations statutaires et fonctionnelles). Il avait pour point d’orgue fondamental la revalorisation des pensions de retraites à payer aux agents admis à la retraite.

Ogandaga et Otandault n’en voulaient pas après l’élection présidentielle

Or, qu’a-t-on constaté ? Qu’a-t-on observé ? Après la mise en place du NSR le 25 juillet 2015 – un an avant la présidentielle d’août 2016 – le gouvernement a tourné le dos à la poursuite du processus. La phase 2 a été mise sous l’éteignoir par le ministre de la Fonction publique. De plus, en compagnie de Jean-Fidèle Otandault, ministre chargé du Budget et des Comptes publics, Jean-Marie Ogandaga s’était employé, dès le début de l’année 2017, à détricoter le nouveau système des rémunérations par des déclarations, des points presse, des interviews. Qui ne se souvient que les deux membres du gouvernement annonçaient une décote des salaires des fonctionnaires à compter de janvier 2018 ? En fait, une fois l’élection présidentielle terminée, ni un nouveau système de pensions de retraite, ni le maintien du NSR ne paraissait plus utile à Ogandaga et Otandault. N’eut-été la «pression amicale» de certaines chancelleries occidentales qui craignaient un embrasement pour le Gabon qui sortait d’une élection très tumultueuse et chaotique, le gouvernement conduit alors par Issozé Ngondet aurait remis en cause ce système instauré quelques mois auparavant.

Du coup, s’il n’a pas «détruit» le NSR, le gouvernement a, par contre, mis le projet d’un nouveau système des pensions-retraite sous le boisseau. Conséquence : on a encore, au Gabon, des retraités de catégorie A1 (la catégorie suprême) qui perçoivent des pensions de 230.000 francs alors que leurs derniers salaires lorsqu’ils étaient encore actifs s’élevaient à 900.000 francs ! Il y a encore des gens qui, d’un salaire d’actif de 1.320.000 francs, sont à 378.000 francs depuis leur mise à la retraite. Pour ceux-ci, comme pour des milliers d’autres, le gouvernement semble avoir rangé (définitivement ?) la poursuite du projet dans les nombreux tiroirs de la République ; des tiroirs qui regorgent de projets utiles, mais improbables…  Le nouveau système des pensions de retraite restera donc une arlésienne. D’ailleurs, deux mois après son arrivée au boulevard Triomphal, Madeleine Berre n’a pas dit mot sur ce sujet.

 
 

3 Commentaires

  1. Jones dit :

    C’est la mort assurée.

  2. Annaëlle ANDJEMBE dit :

    Vous parlez de Madeleine Berre, elle rêvait de tout -Primature, Economie, Budget- mais pas de la Fonction publique. Elle semble ne pas être motivée par cette fonction de chef de la Fonction publique. On ne l’entend pas, on ne la voit pas, elle est complètement aphone. Les retraités peuvent toujours attendre…l’arlésienne. Dans ce gouvernement, il y a trop de libéraux, pas assez d’hommes de sensibilité de gauche. Madeleine B. est une libérale, donc elle est de sensibilité de droite.

  3. Max dit :

    Il y a eu un forum en Juillet 2017 au stade d’Akanda:
    https://www.gabonreview.com/blog/protection-sociale-lengagement-de-paul-biyoghe-mba/
    Le projet etait presque acquis…mais le mensonge etant le langage quotidien de nos gouvernants.
    Tous les gens sont appelés à finir à la retraite. Ils croient que c’est en augmentant l’age du depart à la retraite qui va resoudre les financements de la retraite, mais cet age finira par arrivé!!
    C’est simplement pathetique!

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