La reprise accélérée des travaux du Boulevard de la Transition cacherait un dossier autrement plus sensible. Selon des informations attribuées à la Taskforce de la Présidence, l’examen technique et financier du marché initial aurait révélé de graves irrégularités, tandis qu’un opérateur étranger impliqué dans l’opération aurait quitté le Gabon sur la pointe des pieds. Le dossier est désormais entre les mains de la justice.

De 8 à 16 milliards de FCFA : derrière le chantier du Boulevard de la Transition, un marché controversé et un opérateur qui aurait pris la fuite. © D.R

 

Les bulldozers travaillent. Mais derrière la reprise du Boulevard de la Transition, c’est désormais le passé financier du chantier qui pourrait devenir le véritable sujet. Selon des informations recueillies par GabonReview auprès de sources la Taskforce pour le contrôle, l’audit et la vérification des participations et de la dette de l’État, l’examen technique et financier du marché aurait fait apparaître de sérieuses anomalies. Le marché, initialement évalué à 8 milliards de FCFA, aurait finalement atteint 16 milliards, tandis qu’environ 3 milliards de FCFA auraient été décaissés au profit d’un opérateur étranger, identifié sous le nom de Goran.

Plus troublant, l’opérateur aurait perçu quelque 3 milliards de FCFA sans avoir préalablement fourni de garantie bancaire à l’État. Sieur Goran aurait par ailleurs été entendu au B2 dans le cadre de ce dossier. Il y aurait reconnu de «graves erreurs», avant de quitter le territoire gabonais.

C’est précisément ce départ qui donnerait désormais à l’affaire une dimension supplémentaire. Des soupçons portent sur d’éventuelles complicités ayant pu faciliter sa sortie du Gabon après son audition. Le dossier a été transmis au procureur, auquel il appartient désormais d’établir les faits, de déterminer les responsabilités et de rechercher d’éventuelles infractions.

Sur le terrain, la reprise en main est déjà visible. La Taskforce pilote désormais étroitement le suivi du chantier et presse SOCO-TP d’accélérer la cadence. Dans un rapport journalier du 22 août que GabonReview a pu consulter, elle demande à l’entreprise d’approvisionner rapidement le chantier en matériaux, de renforcer son parc d’engins et de poursuivre les travaux de nuit afin d’éviter de nouveaux ralentissements.

L’urgence «vient d’en haut». Lors d’une séance de travail tenue le 20 août avec le ministère des Travaux publics et l’entreprise, il a été annoncé, «sous instruction du Chef de l’État», que la section comprise entre les PK0+240 et PK0+800 devait atteindre la phase d’imprégnation au 1er septembre 2026.

Le Boulevard de la Transition présente ainsi désormais deux chantiers : celui que les engins tentent d’achever et celui, potentiellement beaucoup plus explosif, de la traçabilité de ses milliards.

 
GR
 

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