Onze pays, quarante jeunes chercheurs et une vingtaine d’experts internationaux se retrouvent à Libreville pour une école d’été inédite. Portée par le réseau UNITWIN/Chaires UNESCO Bantuphonie et la Commission de la CEEAC, elle défend une thèse encore marginale dans les politiques de conservation : sans les langues locales, les savoirs écologiques qu’elles portent disparaissent avec elles.

Une piste forestière du bassin du Congo en page d’accueil du réseau BLSB : pour ses chercheurs, les langues qui nomment cette forêt en sont aussi une clé de préservation. © bantouphonie.org

 

Le siège de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale accueille, le 24 juillet à 18 heures, l’ouverture officielle du Campus Mbongui, école d’été internationale consacrée aux langues, aux savoirs endogènes et à l’écologie. L’événement est organisé par le réseau «Bantuphonie : langues en danger, savoirs endogènes et biodiversité» (BLSB), programme UNITWIN/Chaires UNESCO établi en 2018 à l’Université Omar Bongo, en partenariat avec la Commission de la CEEAC. Le Bureau national de l’Agence universitaire de la Francophonie au Gabon accompagne l’opération comme partenaire chargé de la communication.

Derrière l’intitulé académique se loge une proposition de rupture. Alors que les stratégies de conservation du bassin du Congo restent dominées par les approches techniques et cartographiques, le réseau BLSB place la diversité linguistique et culturelle au rang de variable écologique à part entière.

Un réseau universitaire arrivé à maturité

Le dispositif scientifique repose sur quatre universités : Omar Bongo au Gabon, Yaoundé I au Cameroun, Marien Ngouabi au Congo et Lumière Lyon 2 en France. Sa coordination internationale est assurée par le professeur Patrick Mouguiama-Daouda, directeur du laboratoire Langue, Culture et Cognition, structure pluridisciplinaire investie depuis plus d’une décennie dans les ethnosciences et la préservation des langues menacées de l’espace bantuphone.

Le calendrier du réseau plaide pour lui. En janvier dernier, la chaire a fait soutenir sa première promotion de docteurs, signe d’un ancrage doctoral désormais installé. Elle est par ailleurs partie prenante du projet UNESCO «Je parle koya. Je parle baka», consacré à deux langues autochtones du nord et du nord-est du Gabon, terrains directement concernés par les politiques d’aires protégées.

Deux semaines de terrain dans le bassin du Congo

Du 27 juillet au 8 août, quarante jeunes chercheurs issus des onze États membres de la CEEAC suivront un parcours alternant enseignements académiques et immersions en forêt, en savane et dans les milieux aquatiques du bassin du Congo. Ils seront encadrés par une vingtaine d’experts venus du Brésil, de Guyane, de Belgique, de France, du Cameroun, du Congo, du Burundi et du Gabon.

Le programme s’articule autour de trois axes : une approche bioculturelle explorant les interactions entre diversité biologique et diversité culturelle, une interface entre sciences humaines et sciences de la vie associant linguistique, anthropologie et ethnobiologie, et une mise en pratique de l’écologie traditionnelle à travers des ateliers conduits avec les communautés locales et les détenteurs de savoirs.

Une question de souveraineté scientifique

«Les savoirs endogènes ne sont pas des reliques du passé, mais des systèmes de connaissances vivants, dynamiques et holistiques. Les ignorer revient à se priver d’une clé essentielle pour comprendre les écosystèmes et préserver durablement la biodiversité», souligne Patrick Mouguiama-Daouda. Les langues locales, rappellent les organisateurs, portent des systèmes élaborés de classification du vivant : gestion de la faune, usages des plantes, cycles saisonniers, relations entre espèces.

L’argument dépasse la salle de séminaire. Au cœur du deuxième massif forestier tropical de la planète, la reconnaissance de ces savoirs engage une forme de souveraineté scientifique, à l’heure où les États de la sous-région négocient leurs engagements internationaux en matière de biodiversité. Le Gabon, qui vient précisément d’organiser l’atelier national de validation de sa Stratégie et plan d’action nationaux pour la biodiversité, y trouve un prolongement immédiat.

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Contacts presse : Dr Guy Roger Nguema Ndong, coordonnateur général adjoint de l’école d’été, et Dr Herman Junior Moussodou. Des créneaux d’interviews avec les scientifiques du réseau et les représentants de la CEEAC sont ouverts.

 
GR
 

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