Capitaine Charles N’Tchoréré : 86 ans après sa mort, le Gabon et la France honorent une figure de courage et de dignité
Quatre-vingt-six ans après sa disparition, le capitaine Charles N’Tchoréré a été honoré, le 7 juin à Libreville, lors d’une cérémonie de recueillement organisée au mausolée portant son nom. Autorités gabonaises et françaises ont salué la mémoire de cet officier gabonais tombé en 1940 pour avoir refusé toute discrimination raciale, devenu au fil des décennies un symbole de bravoure, d’engagement et de sacrifice.

Le Gabon et la France rendant hommage à Charles N’Tchoréré, le 7 juin 2026. © GabonReview
Le Gabon et la France ont rendu hommage, dimanche 7 juin à Libreville, au capitaine Charles N’Tchoréré, à l’occasion du 86e anniversaire de sa mort. La cérémonie, organisée au mausolée portant son nom, au cœur de la capitale gabonaise, était présidée par le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, le général de division Sylvain Florent Pangou Mbembo, en présence du colonel Jean-Côme Journé, attaché militaire à l’ambassade de France au Gabon.
Ponctuée par un dépôt de gerbes de fleurs et un moment de recueillement, la cérémonie a permis aux forces armées gabonaises et françaises de saluer la mémoire de cet officier devenu l’une des figures les plus emblématiques de l’histoire militaire gabonaise.
Dans son allocution, le directeur général de l’Office national des anciens combattants, le général de brigade Bruno Ewingui, a retracé le parcours de Charles N’Tchoréré, qu’il a présenté comme « une figure emblématique de bravoure et de dignité », soulignant qu’il « incarnait le courage des soldats africains dans les conflits mondiaux ».
Selon lui, le capitaine N’Tchoréré est aujourd’hui « devenu le symbole de l’engagement et du sacrifice des troupes africaines au service de la France », ce qui explique les hommages régulièrement organisés aussi bien au Gabon qu’en France.
Cette reconnaissance s’est notamment traduite par plusieurs distinctions attribuées à titre posthume, parmi lesquelles l’Ordre de la Légion d’honneur, l’Ordre du Corps de l’Armée ainsi que la Croix de guerre avec étoile de vermeil. Son nom a également été donné à la promotion 1957-1959 de l’École de formation des officiers des ressortissants d’Outre-mer.
Né le 15 décembre 1896 à Libreville sous le nom de Charles Borromée Messani Yi N’Tchoréré, l’officier s’engage dans l’armée française et participe à la Première Guerre mondiale aux côtés des tirailleurs sénégalais. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il reprend les armes et combat notamment au Maroc avant de prendre part aux affrontements d’Airaines, dans la Somme, les 5, 6 et 7 juin 1940.
Tué pour avoir refusé une discrimination raciale

Le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, le général de division Sylvain Florent Pangou Mbembo et le colonel attaché militaire à l’ambassade de France au Gabon, Jean-Côme Journé. © GabonReview
Le 7 juin 1940, Charles N’Tchoréré est exécuté par des soldats allemands après avoir refusé d’être séparé de ses compagnons d’armes européens. Les forces allemandes avaient alors décidé de distinguer les prisonniers africains des prisonniers européens, en violation de la Convention de Genève du 27 juillet 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre. Refusant d’être traité comme un citoyen de seconde zone, l’officier gabonais est abattu.
Évoquant l’héritage laissé par cet homme qui a consacré sa vie au service des valeurs de liberté et de dignité humaine, le général Bruno Ewingui a lancé un appel à la réflexion sur la notion d’engagement.
« Servir avec abnégation, que l’on soit civil ou militaire, implique un dévouement total à sa mission, sans réserve ni hésitation », a-t-il déclaré, avant d’interpeller les générations actuelles : « Est-ce que nous servons avec engagement ou tout simplement pour porter l’uniforme et prendre le salaire à la fin du mois ? Est-ce que nous servons la patrie avec l’esprit de sans recul ? Est-ce que nous sommes prêts demain à défendre les intérêts du Gabon où qu’il soit menacé au prix de notre sang ? »
Pour l’officier général, l’exemple du capitaine N’Tchoréré demeure une référence pour tous ceux qui ont choisi de servir leur pays.
Présent à cette cérémonie commémorative, le colonel Jean-Côme Journé a, au nom de la France, rappelé l’importance du devoir de mémoire envers cet officier gabonais. « C’est un devoir de mémoire que la France commémore ce héros, qui a eu des actes héroïques, avec un esprit particulièrement remarquable », a-t-il affirmé.
Quatre-vingt-six ans après sa disparition, la figure du capitaine Charles N’Tchoréré continue ainsi d’incarner, des deux côtés de la Méditerranée, les valeurs de courage, de fidélité à l’engagement et de résistance face à l’injustice.













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