Comilog : l’empreinte Batolo, un héritage au-delà du manganèse
Des capacités minières élargies, des accidents moins fréquents, des investissements qui débordent les frontières de l’exploitation : Léod-Paul Batolo laissera des acquis tangibles à Comilog. Contesté par les syndicats, soutenu par ses actionnaires, le dirigeant prépare une succession dont l’enjeu sera aussi de faire fructifier les transformations engagées depuis 2019.

De la mine à la cité, les années Batolo auront élargi l’empreinte de Comilog à Moanda. © D.R.
Le manganèse quitte Moanda. Les installations, les logements et les activités qu’il permet de financer y restent. C’est aussi à cette échelle que se mesure le passage de Léod-Paul Batolo à la direction de Comilog : dans ce que l’exploitation laisse derrière elle, une fois les navires chargés.
Son départ, annoncé pour le 1er janvier 2027, ouvre le temps du bilan. Selon le communiqué publié le 16 septembre 2026 par Eramet Comilog, Léod-Paul Batolo souhaite se consacrer à des projets personnels et conserve l’intégralité de ses fonctions jusqu’au 1er janvier 2027. Issempedjeno Ngaka prendra alors les commandes d’une entreprise dont l’outil industriel s’est considérablement renforcé.
D’Okouma à l’océan, une autre dimension

Déployé sous la direction de Léod-Paul Batolo, Jéroboam permet de transférer le manganèse d’Owendo vers de grands navires au large, renforçant les moyens d’exportation de Comilog. © D.R.
Pour mesurer ce que Batolo laissera à son successeur, il faut revenir à l’un des tournants de sa direction : l’ouverture, fin 2020, du plateau d’Okouma. Ce gisement de manganèse, exploité à ciel ouvert près de Moanda, permet à Comilog d’étendre son activité au-delà du plateau historique de Bangombé. Avec lui, l’entreprise se donne les moyens de produire davantage. Une ambition qui impose, dans le même mouvement, de renforcer toute la chaîne d’acheminement du minerai jusqu’à la mer.
Cette montée en puissance se poursuit en effet sur le rail, avec cinq rames supplémentaires pour acheminer le minerai vers Owendo. Au port, une innovation maritime prend le relais : Jéroboam. Ce dispositif permet de charger le minerai sur des barges à Owendo, puis de le transférer au large sur des navires de grande capacité. La transformation suit ainsi le parcours du manganèse, de la mine jusqu’à l’océan.
Selon les chiffres de l’entreprise, les volumes embarqués ont progressé de plus de 30 % sur la période 2019-2026. Cette expansion s’inscrit dans un programme de près de 575 millions d’euros d’investissements engagés entre 2018 et 2025, commencé avant sa nomination comme administrateur directeur général. Batolo en aura accompagné une part majeure de l’exécution, avec les équipes et les actionnaires.
La performance à hauteur d’homme

Sécurité au travail : sous Batolo, le TF2 de Comilog a reculé de 90 % entre 2019 et 2025. © D.R.
Une autre évolution mérite autant d’attention que les tonnages. Les chiffres de Comilog indique, notamment, que la fréquence des accidents du travail a été divisée par dix entre 2019 et 2025, passant de 3,3 à 0,33 accident par million d’heures travaillées, puis à 0,12 au dernier point disponible en septembre 2026. Ce dernier résultat restant, bien entendu, provisoire.
Baptisé TF2, cet indicateur comptabilise les accidents du travail avec ou sans arrêt, y compris mortels. Il couvre les salariés, les intérimaires et les sous-traitants. Sa baisse traduit une diminution de la fréquence des accidents rapportée au travail effectué. Dans une mine, ce progrès compte aussi dans le bilan d’une direction.
Le rapport aux salariés aura toutefois été plus heurté. En 2024, six syndicats réclament le départ de Batolo. Le dirigeant conserve pourtant des soutiens de poids : en juillet, à Moanda, Brice Clotaire Oligui Nguema défend son maintien face aux contestations ; en septembre, Christel Bories lui renouvelle sa confiance, invoquant les résultats obtenus depuis 2019. Le conflit social nécessitera encore l’intervention du président de la Transition en mars 2025, avant la signature d’un accord prévoyant notamment des revalorisations salariales. Une expansion industrielle réelle, donc, mais un dialogue social éprouvé.
Ce qui restera autour de la mine

Au-delà des outils industriels, le bilan des années Batolo se mesure aussi aux logements, infrastructures et activités soutenus autour de la mine. © Eramet Comilog
L’empreinte des années Batolo se mesure aussi aux réalisations destinées aux populations voisines de la mine. Entre 2021 et 2025, Comilog recense 88 projets dans les infrastructures, la santé, la cohésion sociale et la diversification économique. À ces réalisations s’ajoute son fonds d’amorçage, destiné à soutenir le démarrage d’activités économiques : l’entreprise a financé 339 projets en 2024-2025, pour 2,15 milliards de francs CFA. L’enjeu étant de développer d’autres sources d’activité et de revenus dans une région fortement liée au manganèse.
Cette présence au-delà de la mine se traduit également par les 417 maisons livrées à Lekolo 2 pour reloger des populations concernées par l’exploitation. Sur le terrain économique, l’ouverture de l’Hôtel Buding et la création de l’entreprise 3L des Pavés, qui fabrique des pavés pour l’aménagement des routes, contribuent pour leur part à développer des activités économiques en dehors de l’extraction minière. La richesse minière devient ainsi un levier de développement local.
Batolo laissera donc davantage qu’une succession de records. Des capacités, des équipements et des projets auront pris corps sous sa direction. Leur utilité dans la durée sera désormais la mesure la plus exigeante de son héritage : une mine plus performante, mais aussi une économie locale qui puisse grandir au-delà du minerai.
















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